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Zurich: Le premier cimetière musulman (220496)
de Suisse provoque des remous politiques
Malgré l’opposition de l’UDC, il a de bonnes chances d’être réalisé
Zurich, 21avril(APIC) Les 15’000 musulmans de la ville de Zurich ont de
bonnes chances d’enterrer leurs morts selon leur rite, le visage du défunt
tourné en direction de la Mecque. Malgré l’opposition de l’Union Démocratique du Centre (UDC) locale, des personnalités d’Eglises et des milieux
sportifs et culturels appuient le projet de l’exécutif zurichois.
Le curé Walter Signer, de la paroisse Sainte-Croix à Zurich Altstetten,
où le cimetière projeté doit trouver place à côté de l’actuel cimetière
chrétien, pense que le projet a de bonnes chances de se concrétiser.
Plusieurs pasteurs et curés de Zurich, des représentants des partis socialiste, radical, démocrate-chrétien, évangélique, des Femmes progressistes et des Verts, ainsi que différentes personnalités des milieux du
sport, de la culture ont pris vendredi une position commune en faveur du
cimetière musulman.
La décision de la Municipalité de Zurich d’autoriser un cimetière musulman Conseil d’Etat est à leurs yeux à la fois un besoin et un signe de tolérance envers d’autres croyances. La déclaration ajoute que la coexistence
pacifique et le dialogue entre les communautés religieuses les plus importantes s’en trouve renforcée. Le cimetière musulman n’est en aucun cas nuisible à la paix religieuse dans le quartier, affirme encore la déclaration
conjointe.
La demande d’un cimetière musulman est due à l’initiative de la Fédération des organisations islamiques de Zurich, a expliqué Peter Wittwer, membre du Bureau de coordination pour les questions des étrangers à Zurich.
« L’UDC attise la peur »
Hans-Peter Portmann, député et président du parti démocrate-chrétien du
quartier, déplore de son côté que l’UDC attise la peur en mêlant une question religieuse avec sa politique envers les étrangers. Dans le but d’en
engranger le capital politique. Le cimetière d’Eichbühl, dans le quartier
9, a suffisamment de terrain disponible. Par ailleurs le nombre des incinérations allant en augmentant, il y a aussi davantage de place. Le représentant du PDC comprend que des personnes aient certaines peurs devant le fait
de mettre un endroit à disposition pour une communauté d’une autre religion
et pratiquant un autre rite, à proximité du cimetière chrétien. Mais le cimetière musulman doit être délimité par des obstacles naturels comme des
haies, par exemple, le séparant bien du cimetière chrétien.
Le projet doit encore être approuvé cette année par le Conseil communal
de Zurich avant d’être réalisé, à condition que l’UDC ne réussise pas à
lancer un référendum contre le projet.
L’Eglise catholique et les autres communautés chrétiennes de Zurich appuient nettement le projet. Selon le curé Walter Signer, l’opposition se
résume à celle de l’UDC locale. Cette dernière profite de l’ignorance et de
la peur pour amener les gens à se méfier du projet.
Constitution suisse: le droit « d’être enterré décemment »
Sami Aldeeb, chrétien d’origine palestinienne, citoyen suisse et docteur
en droit, dans une étude publiée par l’Institut suisse de droit comparé,
rappelle que la Constitution du pays prévoit que toute personne a le droit
d’être « enterrée décemment » (article 53) . Les cimetières sont de la responsabilité des autorités civiles qui veillent au respect des morts et à
l’ordre au sein du cimetière notamment en ce qui concerne l’alignement des
tombes et leur désaffectation après une certaine période. Ces autorités
peuvent tolérer, de la part d’une communauté religieuse, le maintien ou la
création d’un cimetière particulier et ne s’en réserver que la surveillance. Enfin la Suisse permet l’incinération des morts selon les voeux du défunt ou de sa famille.
En ce qui concerne les pays musulmans, tout comme en Israël, déclare en
outre Sami Aldeeb, chaque communauté religieuse enterre ses morts dans son
propre cimetière. Il est interdit d’y enterrer un membre d’une autre communauté. Pour les musulmans, l’enterrement se fait selon des normes particulières, le visage du mort étant tourné vers la Mecque. La désaffectation
des tombes et des cimetières n’est faite que rarement, pour des raisons impérieuses. L’incinération des morts est prohibée. Jusqu’ici, beaucoup de
musulmans sont transférés dans leur pays d’origine pour y être enterrés selon leurs normes. Mais ceci n’est pas sans causer d’énormes complications
financières et administratives et une déchirure au sein des familles mixtes.
La ville de Genève est jusqu’à présent la seule ville de Suisse à disposer d’un cimetière musulman. La ville de Zurich compte 20 cimetières, dont
trois pour la communauté juive. Le projet actuel prévoit l’emplacement de
2’000 tombes, pour quelque 30 enterrements annuels, estime-t-on. (apic/gsba)
Encadré
Le cimetière du Petit-Saconnex, à Genève, a réservé depuis quelques années
deux carrés pour les musulmans qui habitent la ville de Genève. Le responsable du cimetière estime qu’environ 15 personnes par année sont enterrées
selon le rite musulman à cet endroit. Interrogé par APIC, Hafid Ouardiri,
porte-parole de la Grande Mosquée de Genève, estime que cette possibilité
est déjà une ouverture, bien qu’à ses yeux elle ne soit qu’une demi-mesure.
« Le but idéal, c’est d’avoir notre propre cimetière ». Il souhaite, comme
cela est prévu à Zurich, qu’on puisse ouvrir un cimetière musulman dans
chaque canton ou dans chaque grande ville pour permettre à tous les musulans d’être enterrés selon leur coutumes et leurs rites, pouir être d’ailleurs mieux intégrées dans la cité. Une facilité pour les générations qui
sont ici et qui n’ont pas à se faire enterrer ailleurs. Dans un cimetière
musulmans, selon notre conception, les morts sont chez eux pour faire « leur
voyage vers l’au-delà », ajoute encore Hafid Ouardiri. (apic/be)
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