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apic/Art sacré/ reportage

APIC – reportage

Fribourg: Exposition d’art sacré contemporain au séminaire diocésain

Le vêtement et l’objet liturgiques au centre du regard de la communauté

Maurice Page, agence APIC

Fribourg, 17avril(APIC) Après une période de relative indifférence,

l’Eglise s’intéresse à nouveau davantage aux objets liturgiques. Après le

dépouillement, voire la banalisation, la tendance est à nouveau aujourd’hui

aux beaux objets, aux vêtements colorés. L’exposition présentée au séminaire diocésain, patronnée par le Centre romand de liturgie, en apporte une

démonstration convaincante. La tradition millénaire n’empêche pas l’expression contemporaine.

«J’ai connu l’Eglise antéconciliaire: la messe en latin, dos au peuple… l’Eglise avait un côté mystérieux, dans le bon sens du terme. Il y

avait des candélabres partout et le curé, un homme d’une grande prestance,

portait des habits chamarrés. Gamin, ce sacré me touchait beaucoup». L’homme qui parle ainsi n’a rien d’un traditionnaliste nostalgique, c’est un

jeune prêtre de 40 ans, aumônier d’hôpital.

Ce propos situe bien l’évolution actuelle. Après une période de dépouillement, la liturgie revient à des formes plus expressives, en particulier à

travers des vêtements plus colorés et des objets de culte plus soignés. Audelà de leur signification symbolique, le vêtement et l’objet liturgiques

ont pour mission de soutenir et ’d’amplifier’ la célébration.

Pour les artistes invités à Villars-sur-Glâne, l’art porte en lui-même

une dimension sacrée. «L’art est toujours lié à la grande inconnue de la

vie, à l’interrogation sur Dieu», commente Pierre Lecacheux, peintre et

plasticien, créateur notamment de vêtements liturgiques. «Dans une certaine

mesure, l’objet peut avoir un caractère sacré par sa beauté et sa noblesse,

indépendamment de son usage religieux. La recherche de la beauté est une

démarche sacrée, surtout dans une société totalement industrialisée comme

la nôtre», constate de son côté le dinandier Gérard Beaucousin, un artiste

qui travaille le métal en feuilles. (du nom de la ville belge de Dinant)

«Je pars dès le début avec l’idée de vouloir dire quelque chose sur

l’alliance de Dieu avec l’homme», explique Patrick Scherrer, jeune religieux dominicain suisse, qui confectionne des tableaux à partir de coupons de

moquettes. «Ce que je fais est symbolique. Cela renvoit toujours à Dieu. Ce

sont des tableaux «théologiques». Je cherche à m’insèrer dans le même mouvement que la liturgie.»

Le bel objet n’est pas forcément clinquant

La création d’un objet d’art sacré n’est pas fondamentalement différente

de celle de l’objet profane. Il faut cependant répondre à trois critères:

la noblesse de l’objet, sa destination fonctionnelle et l’esprit de la réforme de Vatican II. «J’aime le bel objet, mais pas l’objet clinquant»,

souligne l’orfèvre Xavier Remon-Beauvais. «Actuellement on a une certaine

frilosité, on tourne son regard vers le XIXe siècle. On peut faire de l’orfèvrerie somptueuse, mais inintéressante qui se contente de flatter une

certaine tradition. Je ne suis pas sûr qu’on rende ainsi service à l’Eglise

d’aujourd’hui.» Ses calices et ses ciboires aux formes basses et épurées,

tout en restant dorés ou argentés témoignent de cette volonté d’expression

contemporaine.

«J’essaie de rester hors du temps, sans suivre les modes», remarque

Pierre Lecacheux, qui s’est fait connaître dans l’art sacré surtout par la

création de chasubles exécutées en collaboration avec le monastère de la

Merci-Dieu, près du Mans, en France. «Les moniales font le tissage et la

couture; j’interviens après pour la teinture. Pour tout ce qui est tissu,

je suis plutôt abstrait sans figuration apparente.»

L’abbaye cistercienne de la Merci-Dieu tisse et coud une centaine de

chasubles par an. Elle est un des rares monastères à vivre exclusivement de

la fabrication de vêtements et de parements liturgiques. Dès sa création en

1950, l’atelier a cherché à ouvrir des voies nouvelles en cherchant la collaboration d’artistes.

Une beauté liée à la matière et à la forme

«Il convient que la beauté et la noblesse de chaque vêtement ne soit pas

demandée à l’abondance d’ornements surajoutés, mais à la matière employée

et à la forme de ces vêtements», dit le missel romain. Pour les religieuses, qualité technique et qualité artistique vont de pair. Il n’est pas rare qu’une chasuble en laine ou en soie demande une cinquantaine d’heures de

travail. Les vêtements exposés à Villars-sur-Glâne allient matériaux et

couleurs pour donner des formes très amples rappelant le vitrail abstrait.

«Je travaille avec des moyens et des lignes très simples qui forment au

début presque un obstacle à la compréhension», commente Patrick Scherrer à

propos de ses tableaux de moquette. Il faut méditer, entrer dans le tableau

pour s’ouvrir un monde «nourrissant».

La démarche de Gérard Beaucousin va dans le même sens. «Depuis une vingtaine d’années, j’essaie d’affiner mon travail. Mon idée première est de

réaliser l’objet le mieux possible par rapport à la matière et à la

fonction, en y mettant une part de moi-même.» L’artiste privilégie les

formes primaires et une finition brute.

«Mon orientation vers l’art sacré est un peu accidentelle. J’ai commencé

à travailler le métal en feuille. Je faisais des objets utilitaires ou de

décoration. Ces objets ont plus à Mme Chéret, gérante d’une galerie parisienne. Elle a estimé qu’ils avaient une fonction religieuse. J’ai donc

commencé à travailler avec elle sur commande, explique Gérard Beaucousin.

Pour Xavier Remon-Beauvais le penchant était plus naturel. «Outre mes

convictions chrétiennes, j’ai reçu une formation dans un collège de jésuites, en Bretagne, où j’ai eu la chance de participer aux travaux d’une

équipe de décoration et de céramique autour d’un vieux Père jésuiste, ami

de plusieurs grands artistes dont Max Ernst et Calder.» La galerie Chéret

lui a demandé des croix d’évêques il y a une quinzaine d’année. «De fil en

aiguille, j’ai également fait des objets liturgiques et des tabernacles.

J’y consacre aujourd’hui environ le tiers de mon temps, influencé que je

suis par l’art médiéval, l’art celte pré-chrétien, et aussi beaucoup par le

Japon.»

Pierre Lecacheux a commencé par un concours pour une église. «A cette

époque j’étais très passionné par l’art sacré, puis il y a eu une période

où je me suis davantage concentré sur la peinture. Les deux choses sont de

fait très liées, il n’y a pas vraiment de frontière. Tout art fait référence au sacré. J’essaie de travailler comme les peintres du Moyen-Age et de

la Renaissance qui étaient capables de traiter le livre, la fête, la décoration, le meuble etc.

Le premier travail de Patrick Scherrer a été l’illustration d’un carnet

de chants. «Il m’a paru alors important de ne pas avoir une illustration à

côté du texte et de la musique mais que cela forme un tout. Je voulais que

les yeux puissent contempler quelque chose qui pousse à aller plus loin.»

«Ma vocation religieuse précède ma vocation artistique, poursuit-il. A ses

yeux, il est important que les dominicains soient ouverts à la prédication

à travers l’art. «Je m’exprimais déjà avant mon entrée au couvent à travers

la technique de la moquette, mais c’était alors une expression neutre ou

expérimentale.»

Une Eglise en dialogue avec les artistes

L’art sacré se nourrit d’une tradition millénaire qui a remplit les

églises et les cathédrales de trésors inestimables. Mais cette démarche

s’insère dans un mouvement de l’ensemble du peuple de Dieu, dans un style,

dans une liturgie, un lieu, bien que l’horizon reste large, note Patrick

Scherrer.

«On travaille souvent pour des églises anciennes, tout en réalisant des

créations contemporaines. Il faut donc aménager un passage entre le passé

et le présent. Pour ne pas heurter l’ensemble, mais trouver l’harmonie, relève Pierre Lecacheux. «Je souhaite que les gens d’Eglise aient plus envie

de faire des choses, d’être en dialogue avec l’artiste. On attend trop de

l’artiste un service complet, c’est-à-dire qu’il apporte tout lui-même sans

qu’il y ait cet échange. L’artiste doit essayer de trouver des articulations et des liens pour faire une oeuvre qui ne soit pas parachutée.» L’appel est lancé. (apic/mp)

Encadré

Le vêtement liturgique est un signe vivant

Soeur M.Augustina Flüeler, capucine du couvent St.Clara à Stans, est une

figure marquante de l’art liturgique de notre siècle, créatrice d’un atelier célèbre dans les années 50-70. Elle écrit en 1957: «Le vêtement liturgique ne doit pas s’attacher à une forme historique morte, il doit être le

signe vivant qui jaillit du temps. C’est pourquoi il est absurde de se demander s’il faut s’attacher de préférence à une chasuble romane, gothique

ou baroque, il faut toujours et encore chercher, découvrir la forme et le

style que l’on trouve être les plus dignes de l’action sainte et les plus

propre à s’accorder à un espace donné. Seule une forme animée de part en

part et construite jusqu’en ses fondements saura témoigner sa vérité. Notre

autel chrétien a besoin de cette vie. Il se trouve placé au coeur du

temps.» (apic/mp)

Encadré

L’étole: symbole du joug du Christ

Au-delà de leur fonction utilitaire, les objets et les vêtements liturgiques sont porteurs d’une symbolique plus profonde dont on ignore souvent le

sens. L’écrivain roumain Virgil Gheorghiu, qui fut également prêtre orthodoxe, décrit ainsi le symbole de l’étole: «L’épitrakelion, la stola ou étole est l’ornement premier qui témoigne du pouvoir et de la grâce sacerdotale. Littéralement épitrakelion signifie ’sur le cou’ ou ’autour du cou’. La

racine du mot est trakelos qui siginifie cou. C’est une longue bande

d’étoffe, de lin ou de soie, large de six centimètres que le prêtre porte

autour du cou et dont les extrémités retombent en avant jusqu’au dessous

des genoux. (…) Elle est en général brodée de sept croix et des images de

saints et se termine par des franges. (…) L’étole représente d’abord le

joug du Christ, que tout prêtre doit porter sur terre. Les franges symbolisent les âmes des fidèles. (…) Les deux bandes que le prêtre porte autour

de son cou symbolisent aussi la corde qu’on a mise autour du cou du Christ.

En tombant par devant, la bande de gauche représente aussi la croix que le

Christ a portée. La bande de droite symbolisant le roseau placé dans sa

main sur le chemin du calvaire.» (apic/mp)

Des photos de ce reportage sont disponibles auprès de l’APIC

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