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Suisse:Les Eglises et la résistance légitime à l’Etat de droit (150496)

«Eglises, terres d’asile; les chrétiens solidaires des réfugiés»

Berne, 15avril(APIC) Face aux graves dangers menaçant certains requérants

d’asile, la décision des autorités de les renvoyer chez eux peut nécessiter

des «actes de résistance» légitimes, ont estimé lundi à Berne les Eglises

suisses. De telles actions illégales, après épuisement des possibilités

existant dans le cadre de l’Etat de droit, ne peuvent cependant être considérées que comme des «freins de secours».

Le «refuge d’Eglise» accordé par les paroisses – comme ce fut le cas en

1993 et 1994 dans une dizaine de paroisses catholiques et protestantes bernoises pour empêcher le renvoi en Serbie de requérants d’asile du Kosovo ne peut être que temporaire. Le temps de permettre une plus vaste réflexion

sur les conséquences d’un tel renvoi et d’inciter les autorités à réexaminer la situation.

Dans une publication conjointe de la Commission «Justice et Paix» de la

Conférence des évêques suisses et de l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) – intitulée «Eglises,

terres d’asile; les chrétiens solidaires des réfugiés» – les Eglises affirment que dans certaines circonstances de tels actes illégaux peuvent contribuer à faire évoluer positivement l’ordre juridique et l’application du

droit.

Un patriotisme tourné vers l’avenir

L’écart entre les principes fondamentaux de l’Etat de droit et certaines

décisions prises par des organes de ce même Etat en matière d’asile est

parfois «intolérable», ce qui appelle une résistance «dans l’Etat de droit

et pour l’Etat de droit», a souligné Muriel Beck Kadima, secrétaire aux

droits humains à la FEPS.

Co-éditrice de la brochure – qui contient aussi en annexe des conseils

pratiques pour les personnes amenées à s’engager dans des actions de «refuge d’Eglise» – elle affirme, sans ironie, que ces démarches s’inscrivent

dans une conception «patriotique». «Les Suisses et Suisses qui s’engagent

en faveur des requérants d’asile déboutés ne le font pas seulement par

amour du prochain voire par pitié, mais aussi par patriotisme». Pas un patriotisme nostalgique et fermé aux autres, mais un patriotisme tourné vers

l’avenir, vigilant pour le maintien des valeurs démocratiques.

Pratiques des autorités déclarées illégales par le Tribunal fédéral

«Notre but n’est pas que tous les requérants d’asile aient le droit de

rester en Suisse, mais qu’ils puissent au moins être entendus et traités

aussi humainement que possible», a souligné pour sa part Michel Bavarel,

vice-président catholique du Conseil de l’AGORA, l’Aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d’asile. Et de remarquer: «Ce n’est pas

seulement nous qui sommes dans l’illégalité – même s’il nous arrive de cacher des personnes menacées -, les entorses à la loi sont aussi le fait des

autorités».

En mai dernier, d’ailleurs, le Tribunal fédéral avait déclarée illégale

la pratique des Centres d’enregistrement des requérants d’asile qui laissaient les demandeurs 30 jours à la rue s’ils ne possédaient pas de papiers

d’identité. «Pendant 3 ans, nous avons dû pallier les graves conséquences

de ces pratiques basées sur des directives de l’Office des réfugiés datant

de 1992… Face à de telles situations, il est important que dans un Etat

démocratique, il y ait un regard des citoyens sur les actes des autorités,

spécialement dans un domaine aussi sensible que celui de l’asile!»

Qualifiant de «hâtive» la décision de Berne concernant les réfugiés de

Bosnie, Michel Bavarel a déploré que les autorités suisses à chaque fois se

dépêchent – comme pour l’Angola – d’annoncer le rapatriement dès qu’il y a

un traité de paix ou un espoir de pacification. Même si la décision doit

être revue, cela provoque angoisse et insécurité parmi les requérants:

«Pourquoi alors ajouter la souffrance à la souffrance?».

Jean-Claude Huot, secrétaire de «Justice et Paix», a pour sa part relevé

qu’avec la politique fédérale actuelle – notamment le renvoi annoncé des

Tamouls du Sri Lanka, des Bosniaques ou la suppression du statut de saisonnier pour les citoyens de l’ex-Yougoslavie -, il faut s’attendre à une augmentation du nombre de «clandestins» et d’étrangers vivant en situation irrégulière. S’il n’y a actuellement en Suisse aucune action ouverte de «refuge d’Eglise», «il faut être prêt à toute éventualité, mais cela reste du

ressort des paroisses concernées», note J.-C. Huot. (apic/be)

La brochure de 89 pages, éditée par Labor et Fides, est disponible en librairie, à «Justice et Paix» (CP 6872, 3001 Berne) ou à l’Institut d’éthique sociale (Terreaux 10, 1003 Lausanne)

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