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Genève: Commission des droits de l’homme de l’ONU et Chiapas (110496)
Une mascarade dénonce la déléguée du Chiapas pour les droits de l’homme
2 poids, 2 mesures: 3 minutes de rapport contre 15 et plus à l’officialité
Genève, 11avril(APIC) Une mascarade, les débats de la Commission des
droits de l’homme de l’ONU? La Mexicaine Marina Patricia Jimenez Ramirez
n’est en tout cas pas loin d’en être convaincue. Comme elle n’est pas loin
d’être certaine que cette même Commission écoute avec une ou deux oreilles
les accusations proférées selon que le pays est ou non dans le collimateur
des puissants, de l’opinion publique et des médias.
Secrétaire générale du Centre des droits de l’homme «Fray Bartolomé de
Las Casas», à San Cristobal, dans le Chiapas mexicain, venue à Genève pour
présenter devant la 52e session de ladite Commission les cas de violations
des droits de l’homme et les exactions commises par l’armée et le gouvernement, elle en repart scandalisée.
«Faut-il que le gouvernement mexicain soit bien vu des démocraties occidentales, intérêts politiques et économiques obligent, pour en arriver ainsi à traiter de cas pénibles de violations de droits de l’homme avec une
telle condescendance? Je sais aujourd’hui ce que veut dire l’expression
deux poids, deux mesures», assure-t-elle dans un entretien accordé à
l’APIC.
Et elle s’explique, Marina Patricia. «On m’avait accordé 5 minutes, pour
présenter mon rapport. J’ai eu droit à 3, tout au plus. Alors que le représentant du gouvernement mexicain a pu, lui, disposer de 15 minutes. Sans
parler de l’ambassadeur mexicain accrédité auprès des Nations Unies à Genève, à qui on a accordé un droit de réponse… que je n’ai pas obtenu, moi».
Une écoute… polie
Vous avez dit deux poids deux mesures? A 32 ans, Marina Patricia, pensait que ce qui se passe dans le Chiapas depuis janvier 94, après l’insurrection de l’armée zapatiste (EZLM), pouvait intéresser la Commission des
droits de l’homme. A savoir les exécutions extrajudiciaires – une quinzaine, au moins, dûment recensées -, les quelque 200 paysans emprisonnés arbitrairement pour le seul péché d’avoir voulu travailler une terre. Sans parler des cas de tortures…
Tout cela, la déléguée du Chiapas l’a dénoncé devant la Commission. Et
même répété que depuis l’offensive des forces armées, le 9 février 95,
30’000 indigènes ont été déplacés de leurs communautés pour être emmenés
dans les montagnes. Le tout sans qu’aucun militaire et responsable ne soit
jamais ni arrêté, ni même inquiété. «J’aurais aussi aimé parler des négociations en cours. Mais on ne m’en a pas donné le temps. Parce qu’elles
sont, selon le représentant mexicain et la Commission, les points positifs
d’une situation qui, à leurs yeux, semble évoluer favorablement».
Tout va bien dans le meilleur des mondes
Mascarade là aussi, dit-elle, puisque le gouvernement, «bon prince en
accordant ici ou là des concessions secondaires, n’entend pas céder sur les
trois points essentiels: l’autonomie, une juridiction indigène, les questions touchant à la terre. Autant de choses qui, pour le gouvernement, justifient aujourd’hui les grandes opérations militaires déployées dans la
région. Pour déloger les gens de leur terre. Et ainsi sauver les gros propriétaires».
Selon Marina Patricia, les premiers accords signés ne feront pas changer
d’un iota la situation. Ils sont tout au plus une solution limitée aux problèmes. «Et rien ne laisse actuellement présager des conditions de vie, de
justice sociale et de justice meilleures pour les communautés indigènes».
Avec cette réalité, affirme-t-elle, on peut craindre de nouveaux affrontements, «une nouvelle insurrection où les victimes seront une fois de plus
les campesinos, les indigènes».
«On m’a écoutée… pendant trois minutes. Mais on a surtout écouté le
représentant officiel. Il a eu le temps, lui. Tout comme la Commission a
pris bonne note des conclusions de l’ambassadeur mexicain auprès de l’ONU.
A savoir que tout va bien dans le meilleur des mondes. Des accords ont été
signés, a-t-il dit, satisfait, les problèmes de la terre sont résolus, a-til encore soutenu… avant d’assurer un brin condescendant et paternaliste
que les droits des citoyens avaient été respectés. Entièrement».
Fin et faim
Cynique mot de la fin, relève-t-elle. Mais qui ne mettra pas un terme à
la faim qui ronge depuis trop longtemps les habitants d’une région pourtant
riche. «Il faut savoir que le Chiapas produit à lui seul le 40% de l’électricité de la ville de Mexico, 22 millions d’habitants, alors que le 70%
des habitants du Chiapas est privé de courant électrique. (apic/pierre rottet)
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