LE COE TROUVE UN RWANDA ANIME PAR LA FOI ET L’ESPERANCE MAIS CRAINT POUR
« L’Eglise du peuple rwandais est vivante et forte, et elle grandit. Je vois
là des signes d’espérance pour l’avenir. Le réel danger se trouve au
Burundi qui pourrait exploser à tout moment. »
Tel est l’avis de Mme Thembisile Majola, membre de l’équipe « femmes » du
Conseil oecuménique des Eglises (COE) qui a été l’une des quatre
représentantes d’Eglise à se rendre en visite dans les deux pays.
Mme Majola était accompagnée de Mme Rose Zoé-Obianga, vice-présidente de la
Conférence des Eglises de toute l’Afrique (CETA), de Mme Christine Sadia et
de Mme Karimi Kinoti, qui sont consultantes respectivement auprès du bureau
des femmes et du bureau des affaires internationales de la CETA.
Mme Majola estime que la situation au Burundi est dangereuse: « Depuis deux
ans et demi, on assiste à une guerre civile de faible intensité qui a
provoqué la fuite de centaines de millions de réfugiés et de personnes qui
ont cherché refuge à l’intérieur du pays. La peur, la faim et la maladie
sont la norme dans beaucoup des camps qui accueillent ces personnes
déplacées. L’embargo économique international n’a fait qúaggraver les
souffrances. Tout cela contribue à créer un climat de plus en plus volatile
et menac,ant. »
Au Rwanda, près de deux ans après le génocide qui, selon les estimations, a
fait un million de morts, Thembisile Majola indique que les femmes
constituent 70 à 80 % d’une population beaucoup moins nombreuse qúavant.
Les femmes et les enfants représentent ensemble plus de 90 % de la
population totale. « Il ne reste pas beaucoup d’hommes bien que les
principales victimes du génocide aient été les femmes et les enfants.
Alors, o? sont les hommes? La question se pose. »
Des Rwandaises ont dit à l’équipe de visiteuses que le temps du deuil était
passé et qúelles étaient maintenant entrées dans la phase de
reconstruction. « Nous avons vu et célébré la force des femmes rwandaises »,
nous déclare Mme Majola. « Mais nous avons vu aussi des femmes qui souffrent
de graves traumatismes psychologiques, même si elles nous ont dit avoir
entamé la reconstruction. »
L’équipe oecuménique parle des Eglises rwandaises pleines et bourdonnantes
d’activité et indique que les femmes ont un message clair à l’adresse de
ceux qui ont pris part au génocide avant de fuir le pays: « Vous avez tué
notre peuple, mais vous n’avez pas détruit notre foi. »
Mme Majola note que les Rwandaises se demandent tout de même pourquoi
pareil génocide a pu avoir lieu dans un pays à vaste majorité chrétienne.
« Les femmes nous ont dit: ’En tant que nation, nous avons besoin d’aide
pour comprendre comment nous avons pu déformer le message biblique et le
message chrétien au point de les utiliser tous les deux pour justifier
les…/2
massacres… Allez dire la vérité sur les femmes rwandaises qui, malgré
leurs souffrances, continuent de sourire et de travailler. Dîtes à nos
frères et soeurs en exil que nous sommes en train de réparer le désastre
et demandez-leur de revenir. Nous les accueillerons avec joie. »
« En réalité, dit Mme Majola, la sécurité de ceux qui rentrent au pays
n’est toujours pas garantie car le système judiciaire n’a ni les
ressources financières, ni les ressources humaines nécessaires pour
fonctionner correctement. Lorsque ces ressources vitales seront là, les
gens pourront rentrer chez eux tranquillement. »
« Pour restaurer la confiance, les Rwandaises nous ont dit qúelles
voulaient rencontrer leurs soeurs qui avaient quitté le pays. Ces
rencontres se tiendraient naturellement dans un endroit neutre. Des
organismes comme le COE et la CETA peuvent aider à les rendre possibles.
Nous sommes en train d’étudier la manière de les organiser. »
L’équipe a déclaré qúil y a avait des milliers d’orphelins et d’enfants
déplacés au Rwanda. Mme Séraphine Bizimungu, première dame du pays, a
lancé une campagne encourageant les Rwandais à faire de la prise en charge
de ces enfants une responsabilité nationale. Elle craint que, sans la
stabilité d’une famille, ces enfants grandissent animés par le désir de
venger la mort de leurs parents, et que cela conduise à un nouveau
génocide.
Thembisile Majola souligne que, si les femmes sont aux avant-postes de la
reconstruction au Rwanda, le pouvoir reste largement entre les mains de la
minorité masculine. C’est pourquoi les femmes travaillent à une réforme des
lois discriminatoires à leur égard, notamment celle qui prévoit qúune
femme perd ses terres et ses biens à la mort de son époux. « Il reste si
peu d’hommes au Rwanda, explique Mme Majola, que les anciennes lois n’ont
plus de sens et qúil faut de toute urgence entreprendre une réforme
agraire. »
Mme Majola est d’un optimisme prudent concernant l’avenir du Rwanda. « Il
serait trop facile de dire que la nation a connu son vendredi saint et
qúelle vit maintenant sa résurrection. Ce n’est pas entièrement faux,
cependant il reste énormément à faire. Les gens savent o? ils veulent
aller mais ils ont besoin de l’aide de la communauté internationale. A ce
jour, ils ont rec,u beaucoup de promesses mais rares sont celles à s’être
concrétisées. »
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