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Bruxelles: Gabriel Ringlet renouvelle son «Eloge de la fragilité» (010496)

«L’actualité à fleur d’Evangile»

Des milliers de lettres reçues

Louvain-la-Neuve, 1eravril(APIC) Six ans après la parution de son «Eloge

de la fragilité», Gabriel Ringlet, prêtre et théologien, professeur de

journalisme et vice-recteur à l’Université catholique de Louvain, a revisité l’ouvrage pour en proposer une toute nouvelle édition, revue et augmentée. Les milliers de lettres reçues ont encouragé l’auteur à poursuivre et

à prolonger un chemin spirituel, dont le livre trace le parcours au fil

d’une méditation de «l’actualité à fleur d’Evangile» (1).

Un docteur pressé de finir ses jours, un prêtre pédophile, un crime de

cadre supérieur, un accident d’airbus, une demande de pardon pour un bourreau, une tombe aménagée en frigo… Du fait divers au grand événement, Gabriel Ringlet raconte la fragilité en «mélangeant trois farines: la Bible,

l’actualité et la littérature».

«Si vous voulez réussir dans la vie, n’hésitez pas à montrer vos failles! Dieu lui-même est fragile, et c’est là sa grandeur.» Le message a touché des milliers de cordes sensibles. Dans l’énorme courrier qu’il a reçu

au prieuré de Malèves-Ste-Marie, son «lieu de résistance poétique» au coeur

du Brabant wallon, l’auteur voit confluer quatre courants.

Beaucoup, notamment des personnes âgées, ont écrit pour confier leur

fragilité personnelle, dont elles apprécient l’éloge. «Ce continent gris,

pourrait être un des lieux d’avenir de l’Eglise», note Gabriel Ringlet. Il

y découvre «une force étonnante de contestation et de résistance» : «Ceux

qui ont beaucoup traversé et ont rejeté des formes d’enfermement inacceptable sont les meilleurs militants d’une Eglise plus ouverte.»

Recherche de spiritualité

D’autres ont voulu témoigner de leur appartenance à une même ligne spirituelle. «Ils veulent qu’on parle de Dieu et des affaires de Dieu autrement.

Ils sont plus en recherche de spiritualité que de piété : deux mondes difficiles à réconcilier. L’avenir passe aussi par cette voie contemplative.»

Des appels sont aussi venus des poètes et autres artistes de l’imaginaire, qui s’étonnent que «l’Eglise encourage trop peu la création artistique»

Question d’argent ? Plutôt un état d’esprit, suggère G. Ringlet.

Une grande surprise enfin : plusieurs réactions sont venues de personnes

appartenant à la laïcité. «Manifestement, quelque chose se cherche au-delà

des clivages habituels», se réjouit le vice-recteur de l’UCL.

Jouer l’Evangile avec plusieurs doigts

Lettres, conférences, rencontres ont fourni à Gabriel Ringlet la vérification qui lui manquait : «Le concept de fragilité est un concept fédérateur. Il est entendu dans la modernité, en même temps qu’il rejoint les

Béatitudes.» Mais «un pas de plus est à faire», dit-il en citant le mot

«terrible» de Jean Sullivan : «Les prêtres, dès qu’ils parlent de Dieu, me

font penser à ces gens qui jouent du piano avec un seul doigt !» Autrement

dit : «il faut apprendre à jouer l’Evangile avec plusieurs doigts», au lieu

de confiner le christianisme dans le registre «pieux» où il n’a «pas d’avenir».

Un double combat

«Il y a une soif de sens, mais le sens ne s’impose pas : il se propose.

Dès le départ, le christianisme s’est refusé à contraindre. Ressuscité de

nuit, le Christ ne révèle sa présence dans l’Evangile que par allusion :

ses apôtres doutent, une femme le confond avec le jardinier, lui-même se

mêle aux pêcheurs sur le rivage… L’Evangile ne peut se donner que par mégarde, par la bande. Non qu’il faille mettre son drapeau en poche. Mais il

n’y a pas de place pour une spiritualité totalitaire.»

Pour Gabriel Ringlet, dans une société médiatique qui baigne dans le

monde des représentations, il est vital que la spiritualité se nourrisse de

l’actualité et choisisse le contact avec le téléviseur plutôt que la fuite

du monde. Parce que «la foi se marie avec le doute», il faut «rendre la

fragilité urgente»: «comprendre que Dieu apparaît quand il disparaît, qu’il

se révèle dans sa disparition». Là est le «combat spirituel» à mener, en

sachant que chacun porte en lui «croyance et incroyance».

Ce combat spirituel se double d’un combat politique : «Dans un monde où

les grandes institutions sont en crise, et particulièrement en crise de

transmission, on voit trop la dureté et la compétitivité présider aux relations. C’est une voie sans issue. Les jeunes n’acceptent plus que les problèmes soient posés avec une telle dureté.»

C’est pourquoi il est urgent d’imaginer des rencontres qui dépassent les

clivages. Urgent notamment que «chrétiens et laïcs se rencontrent, jusqu’au

carrefour de la spiritualité». Non pour rechercher un «syncrétisme fade»,

ou «un oecuménisme à la guimauve». Mais pour permettre à chacun de creuser

et d’offrir une «identité ouverte», c’est-à-dire : «l’ouverture comme identité». Il y a même un défi typiquement européen à relever, dont l’histoire

annonce l’ébauche : non pas édifier une prétendue «Europe chrétienne», mais

réussir ensemble à «conjuguer l’esprit critique et la conviction».

Trois conditions

Gabriel Ringlet espère, dans les années à venir, pouvoir consacrer du

temps à promouvoir des rencontre entre personnes de convictions et d’horizons variés. Car il y faudra du temps : «Je ne crois pas aux rencontres superficielles. Surtout quand il s’agit d’apprendre à puiser à son propre

puits et à boire au puits de l’autre».

Trois conditions semblent indispensables : «D’abord, cesser de se caricaturer mutuellement. Ensuite, chercher de toutes ses forces la part d’originalité qui est chez l’autre. Par exemple, faire connaître objectivement

la laïcité dans l’enseignement libre, comme le christianisme dans l’autre

réseau. Enfin, reconnaître vraiment que la vérité est plurielle et que le

paradoxe est la seule manière digne de parler de la foi. L’Evangile ne supporte pas l’embrigadement.»

64 histoires

La nouvelle mouture de l’»Eloge de la fragilité» a été prise en charge

par deux nouveaux éditeurs. Le texte a été entièrement revu, et l’actualité

évoquée a aussi été revisitée. Douze nouveaux chapitres ont été ajoutés,

trois autres ont été supprimés. L’auteur reprendra d’ailleurs sa réflexion

pour l’étoffer dans un futur ouvrage collectif sur le journalisme.

Au total, 64 histoires jalonnent le parcours de cet ouvrage. Groupées en

huit étapes, elles tissent l’éloge de la promesse, de la séduction, de la

pénurie, de la démesure, du profit, de la blessure, de la traversée, de la

fragilité… Chaque jour, suggère en conclusion Gabriel Ringlet, la grâce

de l’actualité se donne à lire pour qui voit «l’amaryllis près des barbelés». (apic/cip/ba)

(1) Gabriel RINGLET, «Eloge de la fragilité. L’actualité à fleur d’Evangile», Bruxelles/Paris, éd. Racine/Desclée de Brouwer, 232 pages, 595 FB.

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