Canonisation de Charles de Foucauld: une longue traversée du désert

par Maurice Page, avec I.MEDIA

En autorisant la publication d’un décret reconnaissant un second miracle le 27 mai 2020 attribué au bienheureux Charles de Foucauld, le pape François vient d’ouvrir la porte à une canonisation très prochaine de l’ermite du Sahara. Il aura fallu presque 100 ans pour que le procès en béatification entamé en 1926 aboutisse à la reconnaissance du prêtre français comme saint.

Quand il tombe sous la balle d’un pillard en 1916, Charles de Foucauld laisse pour héritage une œuvre spirituelle abondante et une petite confrérie qu’il a fondé, l’Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, composée de moins de 50 membres. La guerre fait des ravages en Europe, et sa mort ne fait alors presqu’aucun bruit. Mais progressivement, la figure de l’ermite français va susciter de plus en plus l’admiration des catholiques du monde entier, amenant l’Eglise à reconnaître ses mérites, au point d’en faire prochainement un saint.

Cependant, peu sont ceux qui, dans l’entre-deux guerres, se préoccupent du « Frère Charles de Jésus », nom qu’il a pris au milieu des Touaregs qu’il fréquente dans son ermitage de Tamanrasset (Algérie). Il faudra l’impulsion notable du grand orientaliste catholique Louis Massignon et de nombreux fidèles admiratifs de l’œuvre et de la vie de Charles de Foucauld pour que l’Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus puisse simplement se poursuivre.

Dès lors, la spiritualité de Charles va susciter de nombreuses conversions et vocations, et inspirer de nouvelles initiatives, notamment des monastères et ermitages qui se mettent à l’école de l’ancien militaire mondain devenu prêtre et ermite dans le désert algérien. 

Charles de Foucauld souvent associé au colonialisme

Dix ans après sa mort, son procès en béatification est initié. Cependant, la reconnaissance de ses mérites sera très longue, notamment du fait de la concomitance temporelle du procès avec la décolonisation, la figure de Charles de Foucauld étant très souvent associée au colonialisme. En 1956, la guerre d’Algérie fait rage, ce qui rend toute enquête particulièrement difficile à mener, et le procès est complètement arrêté. 

Jean Paul II sera l’artisan de la reprise du procès. En 1980, lors de sa célèbre allocution du Bourget (France), il montre son affection particulière pour l’ami des Touaregs en le classant parmi les grands chrétiens français qui l’ont influencé, ces hommes et femmes « tellement présents dans la vie de toute l’Eglise, tellement influents par la lumière et la puissance de l’Esprit Saint » ; un geste de reconnaissance très fort qui présage d’une réelle proximité spirituelle entre le Polonais et le Français. Le pontife ouvre dès lors la porte à une béatification prochaine, qu’il n’aura pas la joie de prononcer, faute de miracle. Mais ce sera bien lui qui déclarera le Père de Foucauld vénérable le 24 avril avril 2001. 

En 2005, la Congrégation pour la cause des saints le crédite enfin d’un miracle, avec la guérison inexpliquée d’une Italienne atteinte d’un cancer qui avait confié sa maladie à l’ermite français. Benoît XVI, qui célèbre la messe de béatification de Charles de Foucauld le 13 novembre 2005, déclare que la vie de l’ermite est « une invitation à aspirer à la fraternité universelle ».

La « fraternité » : un thème essentiel du pontificat de François, qui devrait donc faire de celui qui savait si bien faire briller sa foi auprès des musulmans un saint. Le fruit d’une longue et humble traversée du désert pour la candidature du Père de Foucauld. (cath.ch/imedia/aqj/cd/mp)

I.MEDIA

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/canonisation-de-charles-de-foucauld-une-longue-traversee-du-desert/