Vatican: quinze ans après l’attentat du 13 mai 1981, c’est toujours la
Rome, 15 mai 1996 (CIP)
Tandis que l’avocat d’Ali Agca, l’auteur de l’attentat manqué contre
Jean-Paul II du 13 mai 1981, s’apprête à déposer une demande de libération
anticipée auprès du président italien Oscar Luigi Scalfaro, le Saint-Siège
a renouvelé mardi, par la voix de son porte-parole, Joaquin Navarro Valls,
sa confiance en « la justice italienne ». En relevant aussi que les récentes
« déclarations contradictoires » d’Ali Agca font douter de son « repentir ».
Dans une interview télévisée diffusée le 12 mai sur la chaîne italienne TV
7, Ali Agca a rejeté « toute hypothèse d’un complot international », prenant
sur lui l’entière responsabilité de l’acte: « Ce fut un geste à la fois
exalté et désespéré. Je voulais accomplir le dernier acte de ma vie pour
passer à la postérité. »
Une nouvelle version qui ne correspond pas à ses précédentes déclarations.
En mai 1982, Ali Agca avait mis les juges sur la « piste Bulgare ». Puis ce
fut celle de la « mafia turque », qui a conduit à l’arrestation d’un présumé
complice, Oral Celik, relâché depuis, faute de preuves. En août 1995, Ali
Agca accusait encore des émissaires des services secrets américains, qui
l’auraient contacté pour le persuader de « mettre en cause des pays de l’Est
comme commanditaires de l’attentat »…
Quinze ans après les faits, la justice italienne poursuit l’enquête, et le
doute subsiste, oscillant entre la thèse de l’acte isolé et celle d’un
meurtre commandité. Antonio Marini, le juge italien en charge du dossier,
constate: « Tout ce qui nous pouvons dire, c’est que les rapports affirment
qúAli Agca n’a pas agi seul, mais nous n’avons pas réussi à prouver à ce
jour la responsabilité d’autres personnes. Agca, non seulement n’a pas aidé
la justice, mais il a faussé les pistes en disant des choses qui n’avaient
aucun sens ou en faisant des révélations qúil démentait par la suite. »
Le Vatican, pour sa part, ne s’est « jamais exprimé de façon officielle sur
ce sujet, ni dans un sens, ni dans l’autre », a rappelé mardi le directeur
de la salle de presse du Vatican, J. Navarro Valls, en réponse à un
journaliste qui l’interrogeait à propos d’une récente déclaration du
cardinal Casaroli, qui était à l’époque Secrétaire d’Etat. Ce dernier, qui
est aujourd’hui à la retraite, a en effet soutenu dans une interview que la
tentative d’attentant « n’a sûrement pas été l’acte d’un isolé ».
Une problématique qui échappe, selon Navarro Valls, à la préoccupation de
Jean-Paul II: « Il a pardonné à Ali Agca quatre jours après l’attentat alors
qúil se trouvait encore à l’Hôpital, puis en 1983, quand il est allé rendre
visite au prisonnier. Le Saint Père partage la souffrance d’Ali Agca et de
sa mère. Le pape s’en remet à la justice italienne. »
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