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apic/Bukavu/Lettre archevêque/Etats-Unis

Zaïre: Lettre de l’archevêque de Bukavu à l’ambassadeur des Etats-Unis

Pour dénoncer le « double drame de la population de Bukavu » (050596)

Bukavu, 5mai(APIC) La population de Bukavu vit un drame quotidien, écrit

Mgr Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu, au Zaïre, à l’ambassadeur

des Etats-Unis à Kinshasa pour l’informer du double drame que vit la population de Bukavu du fait de la présence massive des réfugiés rwandais et de

celle des militaires zaïrois. Il y dénonce une « élimination systématique »

des intellectuels Hutu et demande que le Tribunal d’Arusha juge aussi les

génocidaires Tutsi.

Mgr Christophe Munzihirwa n’en est pas à son premier appel. En janvier

1995, il interpellait le cardinal Danneels, président de Pax Christi International, et Mgr Delaporte, président de la Commission française « Justice

et Paix » sur le sort des réfugiés rwandais Hutu du Zaïre. En mai 1995, il

avertissait le secrétaire général des Nations Unies, puis, en octobre dernier, le Haut-Commissaire aux Réfugiés à Genève, des risques d’une implosion dans la région des Grands Lacs du fait de la présence de ces réfugiés.

En janvier dernier, il dénonçait dans une lettre à l’ancien président américain Jimmy Carter le risque d’une « purification ethnique » des Hutus et de

leurs intellectuels.

Arusha: un tribunal unilatéral?

Dans sa lettre à l’ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa, l’archevêque

constate à propos de la présence des réfugiés que la communauté internationale « entérine une situation de fait »: certains gouvernements occidentaux

ont décidé d’apporter un soutien financier, et, pour certains, une aide militaire à Kigali; par ailleurs, « un large consensus semble se dessiner au

sein des grandes puissances, qui s’accordent à dire que les réfugiés pourraient bien s’intégrer au Zaïre ».

Or les Zaïrois « souhaitent vivement » le départ des réfugiés, dont la

présence massive dans une région surpeuplée a aggravé la misère, écrit Mgr

Munzihirwa. La tension est rendue plus aiguë du fait de la réaction de

l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) suite à des incursions au Rwanda

L’archevêque s’inquiète: outre que le Rwanda ne souhaite pas le retour

des réfugiés, « comment, demande-t-il, pourrait-on affirmer que les conditions de sécurité sont remplies alors que, nous le savons, une élimination

systématique des intellectuels Hutu par le FPR est, de fait, en cours? Le

Tribunal International d’Arusha va, à juste titre, juger les génocidaires

Hutu. Mais si les génocidaires Tutsi étaient soustraits à ce Tribunal, celui-ci ne deviendrait-il pas unilatéral, et donc un achoppement à la réconciliation? » C’est pourquoi « entériner la situation actuelle aura certainement des conséquences désastreuses: le risque est grand de voir la reprise

de la guerre au Rwanda et une extension certaine des conflits dans toute la

région des Grands Lacs ».

Arrière-pensée

L’autre drame est la présence des forces armées zaïroises, Bukavu étant

devenue « zone opérationnelle ». Sous-payés, les militaires sont « contraints

de voler la population pour assurer leur subsistance ». Mgr Munzihirwa, qui

donne des exemples d’ »actes ignobles » dont il est quotidiennement le témoin, se demande « si ceux qui soutiennent cette situation ne veulent pas

provoquer une révolte dans la population, et permettre ainsi aux forces armées de piller ce que nous avons essayé de sauver ».

L’archevêque de Bukavu supplie l’ambassadeur d’user de son influence auprès des autorités zaïroises, et d’informer la présidence et le gouvernement des Etats-Unis « du fait de la situation explosive dans les Grands Lacs

et du régime politique zaïrois actuellement inconsistant ». (apic/cip/pr)

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