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France: Mgr Gaillot refuse les propositions des évêques de France (050596)

Le combat contre l’exclusion «n’est-il pas aussi celui des Eglises?»

Bruxelles, 5mai(APIC) Après de longues semaines de réflexion et de contacts, ainsi que de nombreuses consultations, y compris de plusieurs évêques de France, Mgr Jacques Gaillot a fait savoir le 4 mai, dans un communiqué adressé au quotidien «Le Monde» à Paris et à l’agence CIP à Bruxelles,

qu’il ne pouvait en conscience accepter les propositions que les évêques

lui ont faites de devenir un aumônier d’institution psychiatrique, d’hôpital ou de prison.

«Les exclus eux-mêmes, qui ont tellement soif de dignité, seraient sensibles à une reconnaissance de mon travail avec eux par les évêques», précise l’ancien évêque d’Evreux, transféré depuis janvier 1995 au siège du

diocèse fictif de Partenia. Mgr Gaillot laisse clairement entendre, dans

son communiqué, que c’est par souci de rencontrer les attentes nouvelles

qu’il espère une solution neuve. «La dialogue continuera avec les évêques,

dit-il. Ma porte reste largement ouverte.»

«Quand j’ai dû quitter Evreux, en janvier 1995, écrit-il, j’ai été invité à venir Rue du Dragon pour vivre au milieu des familles sans logis, des

sans travail, des sans papiers. C’est une chance de vivre avec des exclus

en proximité et non simplement de les rejoindre pour une soirée, une manifestation, un échange. Pendant un an, j’ai découvert un lieu étonnant de

création, de solidarité, d’échanges de savoirs. Des exclus qui avaient connu la galère et la détresse ont repris confiance en eux, se sont mis debout, ont pris la parole, sont devenus responsables».

Un autre combat

Coprésident de l’association «Droits devant!» avec Léon Schwartzenberg,

Albert Jacquard, Jacques Higelin et président d’honneur du DAL (Droit au

Logement), Mgr Gaillot dit avoir été amené à participer à de nombreuses

luttes pour défendre la dignité et les droits de celles et de ceux que la

société délaisse. En particulier des étrangers sans papiers qui sont jetés

dans la clandestinité et le désespoir. «Ce combat contre l’exclusion n’estil pas aussi celui des Eglises?»

«J’ai été préparé et formé par le peuple d’Evreux qui m’a permis de vivre cette expérience positive que je n’avais pas choisie. Maintenant, évêque

de Partenia, c’est à un diocèse immense, à un peuple nombreux que j’ai affaire. Partenia, c’est partout. L’enracinement favorise l’ouverture à

l’universel. Je suis invité à porter la parole toujours plus loin, bien audelà des frontières. Comme je l’ai écrit au Pape Jean-Paul II, en vue de ma

rencontre avec lui la veille de Noël : «Je ne demande rien pour moi. Ma vie

d’évêque au milieu des sans logis et des immigrés en difficulté me fait

communier aux Béatitudes et à la force du Magnificat. J’en retire paix et

joie».

«Les évêques m’ont fait trois propositions: aumônerie d’hôpital psychiatrique, d’hôpital général ou de prison, poursuit l’ex évêque d’Evreux. Des

amis ont souligné qu’en acceptant une de ces charges très prenantes, j’allais manquer à beaucoup, en France et à l’étranger. Ils pensaient aux croyants qui se sont levés depuis janvier 1995 dans un esprit commun de solidarité avec les exclus et de renouveau de l’Eglise. Devais-je abandonner tous

ces groupes et l’action qu’ils ont entreprise? N’était-ce pas me dérober à

une responsabilité plus large qui peut rejoindre aujourd’hui et demain la

foule de celles et de ceux qui sont marginalisés, oubliés, niés? En conscience, après avoir prié et consulté, je ne vois pas comment répondre positivement à cette offre. Je refuse».

Le dialogue continuera avec les évêques. «Ma porte reste largement ouverte». Les exclus eux-mêmes, qui ont tellement soif de dignité, seraient

sensibles à une reconnaissance de mon travail avec eux par les évêques,

conclut Mgr Gaillot.

En quête d’une autre solution

Les trois propositions que Mgr Gaillot a finalement choisi de refuser

lui avaient été faites fin janvier par la Conférence des évêques de France.

Il s’agissait, dans chaque cas, d’un ministère de type «sacerdotal» et non

«épiscopal». Deux ministères étaient proposés dans le diocèse d’Evry-Corbeil-Essonnes: l’aumônerie de l’hôpital psychiatrique d’Epinay-sur-Orge, ou

celle du Centre hospitalier de Longjumeau. Une troisième offre venait du

diocèse de Créteil: l’aumônerie de la célèbre prison de Fresnes, où il fallait assurer la relève d’un des cinq prêtres aumôniers.

A la demande de l’association «Partenia» créée autour de Mgr Gaillot,

l’abbé Gabriel Ringlet, vice-recteur de l’Umiversité catholique de Louvain,

s’est trouvé impliqué depuis quelques mois dans les négociations avec

l’épiscopat français sur la mission ecclésiale à confier à l’ancien évêque

d’Evreux. Interrogé par l’agence CIP au sujet de la décision prise par Mgr

Gaillot, il précise: «Jacques Gaillot n’a choisi de refuser les propositions qui lui étaient faites qu’après une longue hésitation. Il a, entre

autres, longuement rencontré les aumôniers de la prison de Fresnes qui,

avec ses 3’500 détenus, est une petite ville dans la région parisienne. Il

a bien vu qu’il y avait là un énorme travail pastoral à faire. Mais précisément, les aumôniers lui ont dit : «Si tu viens, le travail sera si prenant qu’il ne saurait plus être question de suivre le moindre groupe à

l’extérieur». Accepter de rejoindre l’aumônerie de la prison de Fresnes aurait été se couper de tout le travail fait depuis plus d’un an autour de

Partenia. Si Mgr Gaillot a refusé les propositions qui lui étaient faites,

c’est par honnêteté!»

Gabriel Ringlet ne cache pas qu’il «fait partie de ceux qui, en finale,

ont encouragé le non de Jacques Gaillot» aux propositions d’un ministère

«réduit à une mission sacerdotale». Plusieurs des évêques français consultés par Mgr Gaillot et ses partenaires de dialogue partagent cette option:

«Il serait, à notre avis, souhaitable, précise le vice-recteur de l’UCL, de

rechercher une véritable nomination épiscopale qui n’entraîne pas un abandon de tous les groupes qui comptent sur Jacques Gaillot».

Jusqu’ici, les démarches menées par Mgr Gaillot l’ont été à son initiative, observe-t-on encore du côté de l’association Partenia. Un des regrets

de l’association est qu’il n’y a pas eu, au sein de la Conférence épiscopale française, de décision prise pour mandater un groupe en vue de trouver

une solution. «C’est donc une de nos demandes pour demain», souligne-t-on.

(apic/cip/pr)

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