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Allemagne: Jean Paul II lance un appel aux non croyants (230696)
«La doctrine sociale de l’Eglise s’adresse aussi à eux»
Paderborn, 22juin(APIC/Jean-Marie Guenois) C’est à «ceux qui n’appartiennent à aucune Eglise» que Jean-Paul II a voulu s’adresser particulièrement
lors de sa troisième visite en Allemagne – la première dans l’Allemagne
réunifiée -. Le pape voudrait voir se créer «une convergence», dont tous
sont responsables, qu’ils soient croyants ou non, pour empêcher «à jamais»
que l’Allemagne, et l’Europe avec elle, ne rechutent dans des polarisations
destructrices.
Le pape a mis en garde la société allemande de ne pas tomber dans «une
idéologie radicale de type capitaliste». Evoquant la rencontre à Paderborn
du pape Léon XIII et de Charlemagne et leur coopération qui s’ensuivit, il
a ajouté: «La foi doit être pour tous un moyen de s’orienter. La doctrine
sociale de l’Eglise s’applique aussi aux incroyants, car elle repose sur
les principes du droit naturel.»
«Je voudrais vous remercier expressément d’avoir contribué par votre
fonction et votre personne à faire tomber le Rideau de fer»: c’est par ces
mots que Roman Herzog, président de la République fédérale d’Allemagne, a
accueilli le pape sur l’aéroport de Paderborn vendredi en fin d’après-midi.
Le pape, plutôt revigoré par l’air frais du jour, après deux visites en
Allemagne de l’Ouest en 1980 et 1987, entame à Paderborn, sans aucun cérémonial militaire, sa première visite dans l’Allemagne réunifiée. Trois nouveaux «murs» l’attendent en Allemagne: la contestation interne à l’intérieur de l’Eglise catholique, les relations avec les luthériens et la sécularisation.
Dès son arrivée à l’aéroport, le pape prévient: il vient «renforcer les
liens d’unité» entre le Saint-Siège et les Eglises locales. Il loue «la
grande énergie déployée dans le monde entier par l’Eglise allemande, mais
pour l’appeler aussitôt à profiter et à tirer des enseignements des expériences récentes vécues par d’autres Eglise locales».
Jean-Paul II mentionne, sans les nommer, les «nombreux obstacles» qui
compliquent le vécu de la foi contemporaine. De fait, dans les rues de Paderborn, non loin de l’archevêché, se côtoient la farandole des jeunes charismatiques et le stand des protestataires de «Wir sind Kirche» (Nous sommes l’Eglise), un mouvement pour la réforme de l’Eglise catholique, dont la
pétition a recueilli 1,8 millions de signatures.
Appel à ceux qui n’appartiennent à aucune Eglise
Après les catholiques, les luthériens. Dans cette zone de l’Allemagne,
ils sont majoritaires. A l’aéroport, il se borne à les saluer. C’est plutôt
à «ceux qui n’appartiennent à aucune Eglise» qu’il s’adresse. «Ma visite
vous est destinée», précise-t-il. Dans la nouvelle Allemagne, ils forment
un tiers de la population – et environ 70 % dans l’ancienne Allemagne de
l’Est. Jean-Paul II entend réveiller en eux des forces positives pour sortir de «la grave aliénation intérieure» imposée à ce pays qui fut partagé
de force pendant des années.
Le pape voudrait voir se créer «une convergence», dont tous, croyants ou
non, sont responsables, de façon à empêcher, à jamais, que l’Allemagne, et
l’Europe avec elle, ne rechutent dans des polarisations destructrices. Mais
cet enjeu impose un effort de grande ampleur, car «les anciennes blessures»
ne cicatrisent pas facilement.
Comment y parvenir ? «Pas seulement par l’alignement structurel des systèmes politiques, économiques et militaires. Tous les responsables de
l’Etat et de la société doivent s’efforcer, au moins dans le cadre de leurs
activités, de garantir ensemble que la vérité donnée par Dieu règne sur les
hommes, vérité que la loi naturelle a ancré dans les consciences.»
Une idéologie radicale de type capitaliste
Samedi, à Paderborn, les mots et la météo se conjuguent pour interpeller
l’Eglise allemande, et la société de ce pays. Jean-Paul II célèbre l’eucharistie en plein air par un temps froid, pluvieux… et stimulant. Il demande à l’Eglise de «sortir du découragement et de la résignation», à la société de ne pas tomber dans «une idéologie radicale de type capitaliste».
Le message du pape, à la frontière du politique et du religieux, se réfère
au précédent historique intervenu dans cette ville en 799, quand le pape
Léon III, qui avait fui Rome sous des pressions internes, y rencontra Charlemagne. Ensemble, observe Jean-Paul II, «ils ont fondé et affermi ici,
pour le bien des peuples, cette nécessaire coopération entre le pape et
l’empereur ou, comme nous dirions aujourd’hui, entre l’Etat et l’Eglise».
Transposée en 1996, cette coopération s’établit ainsi pour le pape: «la
foi chrétienne et son message doivent demeurer présents dans votre pays.
Les chrétiens doivent se déployer dans la politique et dans la société. La
foi doit être pour tous un moyen de s’orienter. La doctrine sociale de
l’Eglise s’applique aussi aux incroyants car elle repose sur les principes
du droit naturel.»
Donner une âme à l’Europe
Jean-Paul II en souligne l’enjeu. La «mutation radicale» de 1989 doit
être «accueillie favorablement», mais «organisée selon la dignité de l’être
humain». Le pape précise le fond de sa pensée: «le monde espère une fraternité des Nations et des Etats respectueuse des droits humains et promotrice
de leur développement», et non «le surgissement d’un monde marqué par une
idéologie radicale de type capitaliste».
C’est pourquoi «l’individualisme radicalisé ne doit pas finir par s’imposer, car il finit par détruire la société». Et, au plan du continent,
«l’unité de l’Europe ne doit pas se bâtir sur une communauté d’intérêts matériels, mais sur l’héritage culturel. Sans la foi chrétienne, il manquera
une âme à l’Europe. Nous chrétiens, nous sommes appelés à protéger l’esprit
qui unit et modèle l’Europe future», a expliqué le pape. Et d’ajouter: «Les
pays riches doivent apprendre à partager. Non seulement, ils doivent aider
les peuples défavorisés mais ils doivent les accueillir comme partenaires.
Il faut organiser cette inévitable mutation dans la solidarité et la justice.»
L’appel ne risque pas de passer inaperçu dans un pays livré aux conséquences sociales de la réunification et, ces dernières semaines, à un grand
débat sur la réforme de «l’Etat social», le chancelier Kohl entendant réduire certains acquis sociaux, ce que refusent les syndicats.
L’Eglise doit animer les domaines politiques, économiques et culturels
Jean-Paul II encourage l’Eglise catholique à ne pas être «indifférente
aux préoccupations et aux souffrances» des contemporains qui sont plongés
dans ce débat. «L’Eglise doit aussi animer les domaines politiques, économiques et culturels, faute de quoi, elle ne répond pas à sa vocation», a-til souligné, avant d’ajouter: «L’Eglise est présente non pas seulement pour
matérialiser cette présence, mais pour le salut du monde. Son unité ne saurait s’identifier à un huis clos.»
Jean-Paul II apprécie la générosité de l’Eglise allemande, et il l’en
remercie. Une Eglise qui «ne doit pas sombrer dans le découragement et la
résignation», dit-il: «A bord de l’embarcation de l’Eglise, la crainte et
les lamentations ne doivent jamais avoir de l’emprise sur les coeurs».
Le pape cite à ce propos le témoignage des deux prêtres, Karl Leisner et
Bernhard Lichtenberg, résistants au nazisme, béatifiés dimanche à Berlin.
Ils sont «le symbole de la résistance aux puissances démoniaques d’un monde
qui s’était éloigné du Seigneur». Et c’est «au prix de multiples sacrifices
qu’ils tentèrent de contrecarrer la terreur nazie et firent résistance à
l’idéologie brune». Et Jean-Paul II d’encourager l’Eglise allemande à «saisir la chance de cette heure et à nous unir à nouveau en Jésus-Christ et
entre nous».
La valeur du célibat des prêtres
S’adressant plus directement aux prêtres, le pape les exhorte: «Jetez un
regard sur le mode de vie de Jésus dans les conseils évangéliques: pauvreté, obéissance, célibat ; reconnaissez en ce mode de vie un chemin vers la
vraie liberté et la plénitude personnelle. Ne vous laissez pas persuader
que la vie célibataire des prêtres est dépassée». (apic/jmg/ba)
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