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Zaïre: Inquiétude de Mgr Munzihirwa sur le sort des réfugiés au Kivu
Lettre à l’ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa (140696)
Bruxelles, 14juin(APIC) La population du Kivu souhaite le départ des réfugiés rwandais, les autorités zaïroises donnent à croire qu’elles s’apprêtent à les renvoyer. S’ils refusaient de partir? La situation serait désastreuse, avertit Mgr Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu, dans une
lettre adressée à l’ambassadeur des Etats à Kinshasa. Dans la seconde partie de sa lettre, l’archevêque invite l’ambassadeur à user de son influence
auprès des autorités zaïroises pour que soient remplies les conditions préalables à des élections libres.
Pour l’archevêque jésuite, la situation au Rwanda a en effet de quoi inquiéter les réfugiés: les arrestations arbitraires continuent, ainsi que
«les disparitions – suivant programmation – de personnes influentes»; les
conditions de vie dans les prisons sont «scandaleuses» et «rien n’est fait
pour juger les prisonniers»; les militaires tiennent la population dans la
peur et sous haute surveillance dans ce pays «devenu un Etat policier».
Pourtant, les conditions des réfugiés sont de plus en plus pénibles: beaucoup ont disparu de la liste des ayants droit, la quantité de nourriture
distribuée a diminué, les activités commerciales sont interdites et, dans
les camps du Sud-Kivu, les écoles sont fermées. Sans parler de «leur souffrance d’être qualifiés en bloc de tueurs et d’être méprisés par les autorités nationales et les médias internationaux».
Du point de vue de Mgr Munzihirwa, les grandes puissances entérinent une
situation de fait: elles appuient la minorité au pouvoir au Rwanda, elles
désirent voir les réfugiés s’intégrer au Zaïre. De plus l’aide apportée par
certains pays occidentaux, dont les Etats-Unis, incite Kigali à durcir sa
position vis-à-vis des réfugiés. Les décisions occidentales, qui «hypothèquent toute solution de paix», aurait des conséquences désastreuses pour
les populations, écrit l’archevêque, pour qui les incursions des uns et des
autres, ces deux derniers mois, sont le prélude de la guerre dans les
Grands Lacs. Et de poser la question: «Qui donc vend ou procure des armes
aux uns et aux autres ?»
A propos des élections au Zaïre
Le second chapitre de la lettre concerne le Zaïre. Alors que certains
pays occidentaux souhaitent des élections «dans le plus bref délai et sans
préalables, pour redonner légitimité au Président Mobutu et reprendre la
coopération», l’archevêque dénonce le «comportement scandaleux de certains
militaires» qui veulent semer la terreur, ainsi que «les efforts incessants
entrepris pour créer la division tribale» afin «d’en arriver, peut-être, à
des conflits ethniques au Zaïre comme au Nord-Kivu où la guerre de Masisi,
qui s’étend maintenant vers le nord, est, nous le savons, un chaos voulu et
entretenu politiquement».
Elections libres ou réélection décidée d’avance ? Comment parler d’élections libres, demande Mgr Munzihirwa, quand, pour les préparer, «on veut
mettre le peuple à genoux», quand on assiste à la bipolarisation politique
pour «exclure la société civile du processus électoral» ? Là encore, l’archevêque fait des propositions pour rendre «crédibles» les élections: mettre fin à l’insécurité causée par les militaires non payés, garantir la liberté d’expression, réhabiliter les voies de communications, contrôler les
mouvements de réfugiés, appliquer les décisions de la Conférence Nationale
Souveraine dans tout le processus électoral. (apic/cip/pr)
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