apic/Courrier de Genève
Genève: La tête du rédacteur en chef (130696)
du « Courrier » mise à prix pour 250’000 francs
Coup de force de la Société catholique romaine
Genève, 13juin(APIC) Bras de fer entre entre le « Courrier » de Genève et
la Société catholique romaine genevoise (SCR) qui gère les finances de
l’Eglise cantonale. La SCR qui subventionne annuellement le quotidien pour
250’000 francs veut la tête du rédacteur en chef. Elle ne versera désormais
la somme qu’à la condition que Patrice Mugny démissionne. Une décision qualifiée d’ »innomable et de scandaleuse » du côté du « Courrier ». « Personne
n’est irremplaçable, » réplique-t-on à la SCR. Patrice Mugny, dont on réclame la tête, se dit moralement piégé, par le chantage opéré sur sa personne.
Le conflit entre le « Courrier » et la SCR ne date pas d’hier. Les subventions accordées étaient déjà passées de 390’000 à 250’000 francs. C’est
donc non seulement sur fond de crise financière mais encore de crise « politique » que la décision a finalement été prise mercredi, par 19 voix contre
11 à l’encontre du « Courrier ». La SCR reproche au quotidien d’avoir une
ligne rédactionnelle qui ne s’adresse qu’à une partie de l’Eglise, a expliqué à l’APIC Jean-Luc Ducret, président de la SCR.
Un point de vue que balaie Manuel Grandjean, directeur du « Courrier ».
« Aucune décision n’a été prise pour l’instant, nous allons prendre le temps
de réfléchir », explique-t-il. Il est clair que la rédaction manifeste sa
solidarité avec Patrice Mugny et, à travers lui, son appui à la ligne rédactionnelle du journal.
Pour le directeur du « Courrier », la décision de l’autorité financière de
l’Eglise est d’autant moins expliquable qu’une Commission de dialogue entre
le « Courrier » et le Conseil exécutif de l’Eglise catholique genevoise avait
été mise sur pied il y a quelques mois. « Nous étions conscients d’un certain nombre de différends. Et que l’Eglise n’était pas toujours satisfaite », admet Manuel Grandjean. Cette commission a récemment rendu son rapport
avec des propositions concrètes où apparaissaient « les gestes que le « Courrier » allait faire en direction de l’Eglise ».
Selon M. Grandjean, les critiques apparues mercredi soir ne portent pas
du tout sur la rubrique « Eglise », mais bien sur la ligne politique du journal, sur sa ligne sociale, alors que d’un point de vue pastoral, l’exécutif
de l’Eglise a reconnu que « nous sommes parfaitement en accord avec la doctrine sociale de l’Eglise ». Et le directeur du « Courrier » de faire remarquer: « On peut réellement se demander qui est en rupture avec la doctrine
sociale de l’Eglise? Le « Courrier » ou une partie majoritaire de la SCR? »
Autre interrogation, pour Manuel Grandjean, la décision de demander la
tête du rédacteur en chef a été prise par l’autorité financière et non par
l’exécutif de l’Eglise catholique de Genève. La première bafouant la seconde qui « se laisse voler ses prérogatives. Nous avions négocié un certain
nombre de choses avec la commission pour amorcer une phase de rapprochement. Le « Courrier » avait fait le choix d’être plus à l’écoute des volontés
de l’Eglise ». Le couperet est tombé mercredi soir. « Avec le risque de créer
une division entre partisans du « Courrier » et adversaires. L’Eglise a sans
doute plus à perdre que le journal ». (apic/pr)
Encadré
Le président de la SCR justifie sa décision
« Le Courrier » tel qu’il est rédigé actuellement ne répond pas à l’attente
de tous les catholiques. Il n’y avait pas d’ouverture possible, d’universalité dans le fond du message », se défend Jean-Luc Ducret, président de la
Société catholique romaine. Qui admet qu’une solution avait pourtant été
trouvée en Commission. « Il est vrai que l’on a désigné une commission mixte, composé des représentants de la Société catholique-romaine, du Conseil
exécutif et du « Courrier » pour examiner la situation. Cette comission est
parvenue à la conclusion qu’effectivement le soutien au « Courrier » s’imposait. Et elle suggérait dans le fond de maintenir la subvention de 250’000
francs. Ce que l’assemblée a accepté. Mais il est bien vite apparu que dans
le débat les problèmes financiers avaient été complètement ignorés.
La décision prise mercredi ne risque-t-elle pas de provoquer la grogne
et de freiner les contributions ecclésiastiques, en baisse continuelle?
« Bien sûr, c’est un pari », rétorque J.-Luc Ducret, qui admet qu’une partie
de la SCR veut effectivement la tête de Patrice Mugny: « Oui… la tête,
c’est vulgairement dit. La sensibilité du rédacteur en chef est trop partisane à l’analyse de l’Assemblée générale pour pouvoir espérer une évolution
du « Courrier ».
Jean-Luc Ducret réfute l’idée selon laquelle la SCR s’est substituée à
l’autorité pastorale pour sanctionner la ligne du journal. « La décision de
l’assemblée est une décision tout à fait démocratique, conformément aux
statuts. On doit élaborer un budget. Et ce budget se fait dans le cadre des
priorités à donner à certains aspects. On observe qu’il y a beaucoup de
catholiques qui ne soutiennent plus l’Eglise, parce qu’il y a « le Courrier ». Alors on se demande pourquoi? La décision ne date pas d’hier soir,
mais d’une réflexion veille de 7 ans, qui a abouti sur ce constat: si on
continue de ronronner, il ne se passera rien. On spécule sur un électrochoc. On verra bien. On fera le constat dans un an ou deux. Pour voir si on
a ou non totalement échoué. Si le « Courrier » s’édite plus, ou bien au contraire la décion de mercredi a redonné un dynanisme »
Une sorte de pari, en quelque sorte, avec le risque de le perdre, donc?
« Tout à fait. C’est bien clair. Reste que si on écoute les gens du « Courrier » on a l’impression qu’ils sont les seuls à pouvoir animer un quotidien. Or j’imagine qu’il y a d’autres gens susceptibles de faire ce travail
d’animation et de direction. Nul n’est irremplaçable. Je crois volontiers à
la qualité professionnelle de Monsieur Mugny et de son équipe, mais je ne
suis pas certain qu’ils sont les seuls ». (apic/pr)
Encadré
Réaction de Patrice Mugny, rédacteur en chef du Courrier
L’homme dont la mise a prix a été fixée à 250’000 francs, Patrice Mugny, se
déclare extrêment surpris par cette décision. Qui représente à ses yeux un
dilemne Cornélien: « Je pars et les 250’000 francs arrivent… Mais c’est
aussi quelque part renier la ligne rédactionnelle soutenue par l’ensemble
de la rédaction. Je reste… plus de subvention. Avec le risque de condamner le journal. Je suis piégé. Mais j’ai jusqu’à 1997 pour réfléchir ».
Patrice Mugny est d’autant plus surpris « qu’un terrain d’entente avait
été trouvé pendant les négociations. Un accord a été signé avec cette délégation, puis approuvé à l’unanimité par les membres présents lors d’une
réunion du Conseil exécutif. Nous partions du principe que l’assemblée générale allait suivre le secteur pastoral. J’étais par conséquent plutôt serein. »
Depuis des années, « c’est vrai, on nous reprochait, et notamment Mgr
Grab, des écrits sur des questions morales, vis à vis de l’Eglise, (préservatif, sida, divorcés remariés…), mais sur la question sociale, nous
étions en parfait accord avec l’enseignement social de l’Eglise. Or c’est
justement sur cet dernier aspect la Société catholique romaine nous a mis
en cause mercredi. Elle nous a mis en cause sur des questions politiques et
non pas ecclésiastiques. Cela relève de la vision que l’on a de l’Eglise »
En lançant à Genève avec les communautés ecclésiales de base de la ville
la pétition « Nous sommes l’Eglise », le « Courrier » n’est-il pas sorti du rôle attribué à un quotidien d’information, scié en quelque sorte la branche
sur laquelle il est assis? « Non », estime P. Mugny. Et d’ajouter aussitôt:
Cela dépend de quelle branche on parle. Quand des chrétiens, des catholiques me reprochaient nos positions sur les mines-antipersonnel, sur l’exportation de Pilatus ou sur la loi sur le travail, je leur répondais que la
Conférence des évêques, avait le même avis sur ces questions ». Et de relever: Est-ce que c’est nous qui n’étions pas en phase avec l’Eglise…
N’était-ce pas plutôt des catholiques en désaccord avec leur propre Eglise?
(apic/pr)
ENCADRE
L’évêché ne désire pas s’exprimer
Contacté à l’évêché, Mgr Amédée Grab, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg et ancien évêque auxiliaire à Genève, n’entend pas s’étendre sur ce sujet. « Je ne tiens pas à m’exprimer sur cette question. C’est
une affaire au sujet de laquelle je ne peux rien dire pour l’instant. Le
porte-parole de l’évêché est habilité à répondre ». Un porte-parole que
l’APIC n’avait pas réussi à joindre à l’heure de la parution du bulletin
quotidien. (apic/pr)
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