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Belgique: Le théologien français Bernard Sesboüé

présente son dernier livre sur les ministères (130696)

«N’ayez pas peur»

Bruxelles, Le théologien français Bernard Sesboüé a présenté à Bruxelles

son dernier livre sur l’Eglise et les ministères. Un livre résolument encourageant, que le titre résume en peu de mots: «N’ayez pas peur!».

«L’objectif du livre est de prendre acte d’un fait massif et d’en proposer une interprétation théologique, explique l’auteur. «En Europe, mais

également dans d’autres continents, le manque de prêtres non seulement suscite une prise de responsabilité accrue des laïcs, mais encore les entraîne

de plus en plus à participer au ministère pastoral».

Le petit ouvrage du Père Sesboüé est d’abord une invitation à «prendre

une situation historique au sérieux». Les chiffres rapportés et commentés

pour la France sont révélateurs: chaque année, quelque 800 prêtres meurent

dans l’Hexagone, alors qu’on ne compte guère plus d’une centaine d’ordinations de jeunes prêtres. «On ne peut plus parler d’une crise», observe Bernard Sesboüé: «c’est devenu une situation permanente. Mais alors, il faut

en tirer les conclusions. Quand ça dure depuis vingt ou trente ans, plus

question de dire : retroussons nos manches et, en peu de temps, on retrouvera la situation d’avant. Il est temps d’opter pour une autre politique

que celle du dernier quart d’heure : on risque d’attendre qu’il soit trop

tard».

Le théologien jésuite récuse tout autant la politique du «frémissement»

à la vue de quelques signes de renouveau. Car, s’il montre, dès son premier

chapitre, son attention à de multiples signes positifs, l’auteur invite

aussi à reconnaître avec lui : «Même dix ordinations supplémentaires par an

ne sauraient être un signe évident de croissance».

Prêtres et laïcs

Après un premier chapitre qui s’efforce de faire saisir la

qui s’opère dans l’Eglise, dans la société et dans la culture d’aujourd’hui, le Père Sesboüé consacre les trois autres chapitres de son livre

au ministère et à la vie des prêtres, puis au ministère baptismal des

laïcs, enfin à la participation des laïcs au ministère pastoral.

C’est, au total, une même question qui est abordée sous des angles différents, en vue d’une proposition de «discernement théologique. Trop souvent, remarque-t-il, la présence de laïcs aux côtés des prêtres pour des tâches analogues éveille un empressement à démarquer les rôles à partir des

textes traditionnels qui séparaient clairement . Que peut

faire un prêtre, à la différence d’un laïc ? se demande-t-on. La réponse

aboutit immanquablement à une conception «résiduelle» du ministère : au

prêtre, la présidence de l’eucharistie et l’absolution.

Le théologien reconnaît ici une conception héritée du Concile de Trente

(1545-1563), mais non la «nouveauté» du Concile Vatican II (1962-1965),

dont il s’emploie à revisiter les textes. Exlure le mot «ministère» pour

présenter comme simple «service» la responsabilité pastorale assumée par un

laïc ne satisfait pas le Père Sesboüé : c’est faire le jeu d’une conception

«résiduelle» du ministère et méconnaître les insistances de Vatican II et

le «rééquilibrage» opéré par le dernier concile. Le théologien revient donc

sur les distinctions fondamentales entre le «sacerdoce» commun de tous les

baptisés et le «ministère» auquel sont ordonnés évêques et prêtres.

Parce que le laïc appartient à la communauté des baptisés ancrée dans le

«sacerdoce royal» du Christ, il est d’emblée habilité à servir l’Eglise

dans un «ministère» qui tire sa source du baptême. Ainsi en va-t-il des

nombreux catéchistes comme des animateurs liturgiques ou des visiteurs de

malades. Leur ministère ne découle pas d’une ordination : il peut être «institué» (avec liturgie d’investiture), «confié» ou «simplement reconnu».

Figures nouvelles

Autre est le cas des laïcs qui, membres d’une équipe pastorale ou d’aumônerie, interviennent «à la place du prêtre» dans des fonctions qui relèvent de l’annonce de la parole, de l’administration des sacrements ou du

gouvernement de la communauté. B. Sesboüé constate : «Leur tâche s’inscrit

dans la sphère du ministère ordonné». Et leur ministère, même s’il n’est

pas ordonné, en fait tout de même des figures à part : ce ne sont plus tout

à fait des «chrétiens de la nef» ordinaires, ni de simples «suppléants» du

clergé, même s’il ne s’agit pas d’en faire de nouveaux «clercs». Ce sont,

en fait de «nouveaux coopérateurs de l’évêque dans sa charge pastorale».

Il y a là, conclut le théologien jésuite du Centre-Sèvres, une «identité

nouvelle» à saisir. «L’événement est encore en sursis : l’avenir dira comment les choses tourneront. Pour l’instant, il n’y a pas que l’interprétation théologique qui peut paraître insuffisante. Les laïcs envoyés en mission pastorale vivent l’inconfort évangélique d’être en quelque sorte assis

entre deux chaises. Ils ont à prouver le mouvement en marchant». (apic/cippr)

B. SESBOUE, «N’ayez pas peur. Regards sur l’Eglise et les ministères chrétiennes», 179 pages, 110 FF., Paris, Desclée de Brouwer.

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