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Pérou: Centaines d’innocents accusés de terrorisme croupissent en prison
Des Eglises et des ONG se battent pour les faire libérer (090696)
Lima, 9juin(APIC) Des Eglises et des ONG se battent actuellement au Pérou
pour faire libérer des centaines d’innocents qui croupissent en prison depuis des mois voire des années, injustement accusés d’être des «terroristes» après la promulgation, par Fujimori, d’une loi invitant à la délation. Où l’accusé doit faire notamment lui-même la preuve de son inoocence.
En novembre 1994, Filomeno Arturo Encarnacion Nieto a été incarcéré au
Pérou sous l’inculpation de terrorisme. Il a été détenu pendant 15 jours
par la police, puis condamné à 20 ans de prison. En prison, il a contracté
la tuberculose et est mort au bout de cinq mois. Une semaine après sa mort,
il a été déclaré innocent.
Encarnacion Nieto était l’un des 600 Péruviens innocents qui, selon le
Comité national de coordination des droits de l’homme (CNDDHH), a été emprisonné à tort sous l’inculpation de terrorisme.
Depuis que l’organisation révolutionnaire du Sentier lumineux a lancé
une campagne de terrorisme dans le pays au cours des années 80, le terrorisme est devenu le problème numéro un du gouvernement péruvien. Selon Susan Villaran, directrice du CNDDHH, les personnes arrêtées sous l’inculpation de terrorisme, ont peu de droits. On leur accorde «une demi-heure de
promenade (en plein air) par jour… et toute lecture leur est interdite,
même celle de la Bible.» Leurs enfants ne peuvent leur rendre visite qu’une
fois par trimestre, et pas plus de quatre heures par an.
Campagnes tous azimuts
Des groupes très divers – notamment des organisations d’Eglises – s’efforcent aujourd’hui d’obtenir la libération des personnes injustement emprisonnées.
«En tant qu’Eglise, nous sommes appelés à défendre toutes les personnes
n’ayant aucun lien avec la violence», a déclaré Rosana Cuentas, juriste auprès de la Commission d’action sociale des évêques du Pérou (CEAS), qui
travaille depuis 31 ans sur les questions liées aux droits de l’homme.
La CEAS étudie soigneusement le cas de chaque détenu et a des entretiens
approfondis avec lui, sa famille et d’autres personnes. En 1995, elle a défendu 146 personnes. Environ 30 d’entre elles ont été relaxées.
En novembre 1995, après une campagne de prière nationale lancée par la
CEAS et le Conseil national des Eglises évangéliques du Pérou (CONEP), la
CEAS a présenté aux commissions des droits de l’homme et de la justice du
Congrès péruvien une proposition de loi qui autoriserait la réouverture de
certains dossiers.
«Nous croyons que l’unité des Eglises °dans cette campagne a eu un impact très fort», déclare Liliana Rodriguez, elle aussi juriste auprès de la
CEAS. «Cette manifestation a également suscité des espoirs parmi les prisonniers eux-mêmes qui pensent avoir trouvé là un porte-parole».
Le 16 mai dernier, Amnesty International a lancé une campagne de trois
mois en vue de faire libérer les Péruviens que cette organisation considère
comme ayant été accusés injustement de terrorisme et condamnés à tort. Pour
donner le signal du lancement de la campagne, un rapport intitulé «Pérou,
les prisonniers innocents» a été publié dans ce pays par une délégation
d’Amnesty International. Celle-ci était composée notamment de José Antonio
Martin Pallin, magistrat de la Cour suprême d’Espagne, et de Peter Archard
et Guadalupe Marengo, tous deux chargés d’enquêtes pour Amnesty. La
délégation a également rencontré des représentants du gouvernement.
«Toutes les conversations avec les autorités péruviennes ont été marquées par un esprit de collaboration», a déclaré M. Pallin. «Personne n’a
nié l’existence de ces problèmes». Bien que la délégation d’Amnesty International ait jugé que des mesures positives avaient été prises par les autorités, elle a souligné que les lois anti-terroristes n’étaient toujours
pas conformes aux normes internationales reconnues par des organisations
telles que l’ONU et l’Organisation des Etats américains.
Justice masquée
La délégation a fait remarquer que tous les cas considérés comme des cas
de «trahison à la patrie» avaient été placés sous la juridiction de l’armée
et que les procès liés au terrorisme étaient conduits à huis clos par des
«juges sans visage».
Selon Amnesty International, ces conditions violent le droit à la défense et à un procès équitable, et la présomption d’innocence. «Nous ne mettons pas en question le droit de l’Etat à appliquer des sanctions, et nous
estimons que les crimes graves méritent des châtiments graves», déclare M.
Archard. «Mais le droit à un procès mené en bonne et due forme est fondamental». (apic/eni/pr)
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