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apic/Entretien/Aristide

L’ancien président Aristide veut « démocratiser la démocratie » (050696)

Entretien

Berne, 5juin(APIC) « Tous les croyants sans exception doivent défendre les

droits de la personne humaine, combattre la corruption institutionnalisée

et refuser l’impunité », a déclaré l’ancien président haïtien Jean-Bertrand

Aristide, dans un entretien accordé à l’Agence oecuménique ENI lors de son

réccent passage en Suisse.

L’ancien président haïtien, prêtre aujourd’hui marié, a effectué un

voyage en Suisse durant les premiers jours du mois de juin 1996, invité

dans le cadre du 25e anniversaire de la « Communauté de travail des oeuvres

d’entraide ».

Jean-Bertrand Aristide, prêtre catholique jusqu’en 1995, est retourné à

cette date à l’état laïc avec l’accord du Vatican et il s’est marié au début de cette année avec Mildred Trouillot. Personnalité-clé de la vie politique d’Haïti, il a été porté à la présidence lors des premières élections

démocratiques de l’histoire du pays en décembre 1990 et il a transmis le

pouvoir en février 1996 à René Préval, l’actuel président.

Chassé du gouvernement en octobre 1991 par le sanglant coup d’état militaire fomenté par le général Raoul Cedras – coup d’état qui a fait plus de

5’000 victimes en raison d’une répression généralisée des opposants – JeanBertrand Aristide a dirigé, en exil, une « résistance non violente » prolongée. Cette résistance, qui a reçu l’appui de la communauté internationale,

a permis en octobre 1994 le retour d’Aristide en Haïti. Un retour qui fut

loin d’apporter ce que ses plus chauds partisans étaient en droit d’attendre. Grande a été la déception pour nombre d’entre eux.

Selon Jean-Bertrand Aristide, les chrétiens haïtiens ne vivent pas sur

une autre planète. Ils sont intégrés dans la vie quotidienne et c’est pourquoi les nombreuses tâches qu’ils assument en tant que croyants correspondent à celles de tout citoyen organisé et actif. « Ils sont totalement impliqués dans le soutien à ce processus complexe de transition politique »,

déclare-t-il, en distinguant clairement entre les défis de la résistance

aux militaires et les défis actuels. « Il est évident qu’à l’époque du pouvoir dictatorial, il était plus simple de discerner la proposition prophétique des Eglises et d’affronter ouvertement ce régime ».

« Nous affrontons un système judiciaire corrompu. Il est possible de le

réformer, mais nous avons besoin de temps. Nous ne pouvons pas espérer fabriquer en un mois de nouveaux avocats et de nouveaux juges, comme s’ils

sortaient d’un laboratoire. C’est une étape qui exige de la compréhension,

du temps et de la patience », relève Jean-Bertrand Aristide.

L’ancien président, âgé de 42 ans, dirige actuellement à Port-au-Prince,

la capitale de Hai »ti, la « Fondation Aristide pour la démocratie », qu’il

conçoit comme un espace destiné à promouvoir et soutenir toutes les options

de dialogue entre les différents secteurs politiques et sociaux de son

pays.

« Nous devons construire ensemble un pays qui appartient à tous ses habitants, sans distinction aucune, sans être asphyxiés par de fausses utopies

et sans dresser des murs artificiels entre nous », affirme Aristide, que de

nombreux observateurs de la région considèrent comme le principal dirigeant

populaire haïtien, susceptible de revenir au gouvernement d’ici quelques

années.

Son objectif principal est de « faire renaître des cendres de la dictature une nation nouvelle ». Il reconnaît que, depuis son retour d’exil, des

pas essentiels ont été effectués en une année et demie: le démantèlement

total de l’armée – qui réprimait sans distinction les secteurs populaires

et absorbait 40 % du budget annuel – la formation lente d’une nouvelle police et le débat nécessaire entre tous sur la mise en oeuvre d’une nouvelle

politique économique.

« Tout le peuple – y compris les chrétiens – doit se prononcer sur le type d’économie à mettre en oeuvre. Si la population se voyait exclue de la

participation au processus démocratique en marche – et je pense que ce processus est irréversible – nous courrions le risque d’un échec… parce que

la démocratie véritable ne peut être un cadeau du ciel, elle ne peut venir

de l’extérieur mais doit résulter d’une dynamique qui inclut toutes et

tous », explique l’ancien président.

Selon lui, il est fondamental de comprendre que « l’une des tâches essentielles de la société civile, dans mon pays et dans les pays du Sud, consiste à démocratiser la démocratie, c’est-à-dire à lui donner un contenu véritable. C’est pour cela qu’il est essentiel de promouvoir une croissance

économique plus équitable et un développement plus participatif. » En synthèse, cela implique, conclut Jean-Bertrand Aristide, de « raviver l’espérance dans les rapports Nord-Sud ». (apic/eni/pr)

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