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apic/Rwanda/Réaction Desouter/Golias

Bruxelles: Le président des Instituts Missionnaires

en Belgique répond aux accusations lancées par «Golias» (290796)

«Salir l’image des missionnaires ne sert pas la

vérité mais la cause du régime actuel du Rwanda»

Bruxelles, 29juillet(APIC) Le dossier de 150 pages que la revue française

«Golias» vient de publier sous le titre «Rwanda: l’honneur perdu des missionnaires» n’a pas laissé ceux-ci sans réactions. Le Père Serge Desouter,

président du Comité des Instituts Missionnaires en Belgique, a confié les

siennes à l’agence CIP, à Bruxelles. Père Blanc et anthropologue, il a vécu

18 années au Rwanda (de 1968 à 1986). Il considère le numéro spécial publié

par «Golias» à la mi-juillet comme «un vulgaire pamphlet où l’on accuse des

gens qui n’ont pas la possibilité de se défendre».

Parce qu’il est «criblé de mensonges, de platitudes et de calomnies», le

dossier de «Golias» ne «peut pas servir de base de discussion», estime le

Père Desouter. Le Comité des Instituts Missionnaires (CIM), où se

concertent en Belgique les Instituts religieux qui envoient des membres en

mission à l’étranger, n’en finit pas de s’interroger sur le génocide

rwandais. Mais le président du CIM ne peut admettre qu’on lance un tel

réquisitoire contre les missionnaires, et spécialement contre les Pères

Blancs, réduits au rôle d’agents d’un «lobby ethnico-clérical».

Qui savait quoi ?

«C’est depuis le début des massacres, en avril 1994, qu’on nous reproche

de n’avoir pas prévu à l’avance ce qui allait se passer au Rwanda, comme si

notre rôle de missionnaires faisait de nous un service secret fonctionnant

à la perfection. Bien sûr, nous nous doutions que si le Front Patriotique

Rwandais (F.P.R.), à dominante tutsie, attaquait de l’extérieur le pouvoir

hutu à Kigali, les Hutus n’allaient pas se rendre spontanément aux Tutsis.

Mais de là à nous impliquer dans un plan connu d’avance ? Quiconque connaît

le Rwanda et son histoire pouvait prévoir que cela allait arriver». Le Père

Desouter dément de façon catégorique l’insinuation selon laquelle l’Eglise

aurait été d’avance au courant d’une vaste machination.

«En fait, un grand nombre de faits ont joué en même temps, et cela donne

l’impression que «quelqu’un» dans l’ombre tire les ficelles. Comme l’Eglise

est présente depuis pas mal de temps au Rwanda, l’impression finit par

l’emporter: c’est donc que l’Eglise serait complice de ce qui s’est passé».

Le Père Desouter a lui-même été accusé par «Golias». On reproche au président du CIM de n’avoir «rien dit» ni «rien fait» au moment où débutaient

les massacres. Or, rappelle-t-il, «le 8 avril 1994, deux jours après la

mort du président Habyarimana, dont l’avion a été descendu peu avant d’atterrir, je manifestais avec des calicots sur les marches de la Bourse à

Bruxelles. Au fil des mois, avec d’autres, notamment avec Pax Christi, nous

avons rédigé des textes pour attirer l’attention sur ce qui se passait.

Après les accusations portées contre nous, j’ai adressé à «Golias» un droit

de réponse. Il n’a jamais été publié !»

Vérités et mensonges

«En fait, ce dossier, comme tant d’autres «lectures» des événements du

Rwanda, pratique l’amalgame : il contient un certain nombre de vérités,

mais aussi des demi-vérités, et donc des mensonges. Voilà pourquoi je ne

suis pas prêt à discuter du rôle de l’Eglise sur une telle base. Car si

vous lisez ce dossier, vous aurez vite l’impression que les chrétiens font

partie d’une organisation criminelle».

Le Père Desouter ne comprend pas comment une revue, qui prétend rechercher la vérité, peut «manquer de respect envers les personnes en cause et

faire passer pour vérité des affirmations qui ne sont pas vérifiées. Ainsi,

le dossier insinue que l’Eglise aurait aidé de nombreux génocidaires à

fuir, mais n’en apporte aucune preuve. Ce qui est écrit est inspiré par un

dédain pour ce que l’Eglise a signifié depuis un siècle au Rwanda».

Le recul de l’histoire: du révisionnisme ?

Les massacres perpétrés au Rwanda ne commencent pas en 1994. Ils ont une

histoire, qui plonge aussi ses racines dans l’Ouganda de Museveni, qui a

l’appui des Britanniques et des Américains, rappelle le Père Desouter.

«L’actuel président ougandais doit, en effet, son accession au pouvoir en

partie aux Tutsis du Front Patriotique Rwandais. Voir ces Tutsis prendre le

pouvoir à Kigali, c’était pour le président ougandais être débarrassé de

réfugiés toujours encombrants et voir l’ancien régime de Kigali remplacé

par un gouvernement plus ami. Pour les Britanniques et les Américains, tout

cela n’est pas sans influence sur la région, et tout particulièrement au

Zaïre, pays qui échappe au contrôle des Etats-Unis».

Le Père Desouter ne prétend pas pour autant percer les secrets des jeux

ou des négociations politiques qui peuvent se poursuivent en coulisses. Il

soulève seulement une question trop rarement abordée à ses yeux : est-ce un

hasard si, dans le regard porté par les médias sur le Rwanda, c’est la version F.P.R. qui domine ? «Quand les Américains soutiennent une cause, tous

les moyens sont bons. Je ne connais pas les raisons qui alimentent la propagation de telle ou telle vision des choses. J’ignore quels intérêts sert

cette propagande. Mais cela revient au même : le dossier de «Golias» me paraît faire le jeu de la propagande F.P.R. Et le F.P.R. a besoin de propagande pour imposer sa vision minoritaire des choses : si la démocratie revient, il y a peu de chances que le Rwanda soit dirigé demain par des Tutsis. Tout porte donc à penser que le F.P.R. s’est imposé à Kigali, non pour

restaurer la démocratie, mais pour prendre le pouvoir. Mais n’allez pas dire que je vous l’ai affirmé : on me suspecterait aussitôt de révisionnisme,

comme le fait le dossier de «Golias» ! (apic/cip/pr)

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