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APIC – Interview
Rwanda:Pression accrue sur la presse indépendante(260796)
Pour Robert Ménard, directeur de «Reporters sans Frontières»
l’abbé André Sibomana est dans le collimateur du gouvernement
Paris/Kigali, 26juillet(APIC) «Le gouvernement actuel du Rwanda dominé
par le FPR a décidé qu’il n’y aurait pas de voix divergentes; on rencontre
à Kigali un régime qui ne tolère pas les points de vue critiques à son sujet», estime Robert Ménard, directeur de «Reporters sans Frontières» (RSF)
à Paris. L’abbé André Sibomana, dans le collimateur du régime, craint pour
sa vie et se déclare à la merci des extrémistes.
Interrogé par l’agence APIC dans le cadre des nouvelles accusations portées par la revue «Golias» contre l’abbé André Sibomana, directeur du journal catholique «Kinyamateka», le directeur de RSF estime que ce journaliste
est devenu «l’homme à abattre». R. Ménard connaît André Sibomana depuis des
années, en tant que défenseur des droits de l’homme, journaliste et correspondant de RSF, une organisation qui a d’ailleurs récompensé le prêtrejournaliste en 1994. Sibomana a été honoré par un jury de 36 journalistes
français et étrangers pour son «attachement à la liberté de la presse».
«Comme André Sibomana est courageux et qu’il incarne depuis des années
la défense et d’une presse indépendante et des droits de l’homme, il faut
le faire taire, et en l’occurrence ’Golias’ se fait l’instrument des gens
qui veulent le réduire au silence», affirme le directeur de RSF.
«Sibomana n’est qu’un prétexte»
R. Ménard considère que dans «l’affaire Sibomana» la revue est instrumentalisée par ceux qui l’ont aidée à faire le dossier «Rwanda:l’honneur
perdu des missionnaires», à savoir l’organisation de défense des droits de
l’homme Africa Rights, de Londres.
«Africa Rights a fait du bon travail sur la Somalie, précise le directeur de RSF, mais elle a perdu aujourd’hui toute crédibilité sur le Rwanda,
en se transformant en thuriféraire du nouveau régime; l’organisation en
fait les basses oeuvres en mettant en cause un certain nombre de gens sans
preuve; en ce qui concerne André Sibomana, sans l’ombre d’une preuve!».
Pour tout autant, R. Ménard ne nie pas que certains secteurs de l’Eglise
au Rwanda et au Vatican ont certainement quelque chose à se reprocher dans
la tragédie rwandaise, «mais ’Golias’ règle des comptes à l’intérieur de
l’Eglise qui n’ont rien à voir avec l’objet du débat et Sibomana n’est
qu’un prétexte!» Et de rappeler que les journalistes ne sont pas des juges, et qu’accuser les gens d’être des «génocidaires» sans la moindre preuve est «inadmissible de légèreté».
Arrestation du secrétaire de rédaction de Kinyamateka
RSF, qui ne veut pas revenir outre mesure sur l’»affaire Sibomana», à
laquelle l’organisation a consacré l’an dernier un dossier d’une centaine
de pages sur la «Désinformation au Rwanda», rappelle tout de même que la
pression se fait de plus en plus forte sur la presse indépendante:le 16
juillet dernier, le maquettiste et secrétaire de rédaction de «Kinyamateka», Jean-Pierre Bicamumpaka, a été arrêté, avant d’être libéré le 19 juillet. «Le dossier n’était pas étayé et c’était un règlement de compte personnel».
«Je me considère comme déjà mort», nous déclare André Sibomana
Contacté par l’APIC à la rédaction de «Kinyamateka», l’abbé André Sibomana considère qu’il n’y a, dans le dossier de «Golias», aucun élément nouveau par rapport aux allégations de l’année dernière. Mais elles retentissent comme un nouveau signal d’alarme. Le journaliste a depuis longtemps
déjà reçu des menaces de mort à Kigali: «Je suis toujours prêt, je me considère comme déjà mort!Ici, tout le monde peut arrêter tout le monde, et
les services qui devraient en être chargés ne sont apparemment pas en mesure de tout contrôler… Personne n’est en sécurité.»
Cible des règlements de compte personnels d’un collaborateur chassé du
journal par André Sibomana, ce dernier pense en outre être la cible de milieux extrémistes pour des motifs plus politiques: «parce que je ne veux
pas être un propagandiste de ce système; les publications de ’Kinyamateka’
ne sont pas des caresses à l’attention du régime, c’est une des raisons
pour lesquelles on veut ma peau».
«Il faut aussi situer ces attaques dans le contexte des sièges vacants à
repourvoir dans plusieurs diocèses du Rwanda… Il n’est pas impossible que
certains milieux, aussi dans l’Eglise, veulent tout faire pour me barrer la
route». André Sibomana affirme que les attaques ont commencé quand il a été
nommé administrateur apostolique de Kabgayi. «Comme on me considérait comme
’épiscopable’ et que je ne collaborais pas avec le régime, certains ont
tenté de me salir». (apic/be)
Propos recueillis par Jacques Berset
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