Par exemple en Guinée, lorsqu’il y avait un coup d’Etat manqué,
pour les …, avec notre pression, on a libéré aussi les enfants.
Nous avons un programme à l’heure actuelle dans 5 pays en Afrique
(Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Zaïre)
APIC : En vertue de ces 5 programmes, qu’est ce que vous faites
plus précisement pour tenter de sortir ces gosses de prison; estce que vous avez d’abord des statistiques concernant ces 5 pays?
Non, nous avons certaines statistiques, mais elles ne sont jamais
complètes.
APIC : Mais de quoi est-ce que l’on peut parler, alors?
Il y a à peu près dans ces 5 pays, selon mes estimations, 2’000
enfants jusqu’à l’âge de 18 ans, souvent à partir de 13 ans. Notre action est une approche intégral; cela veut dire que l’on fait
quelque chose au niveau de la politique, de la législation , du
plaidoyer, et en même temps, on essaye d’améliorer les conditions
de détention, de faire un travail lorsque l’enfant, le jeune est
en prison : l’écoute, l’alphabétisation, l’éducation de base, une
recherche action participative avec lui pour son avenir, une formation pré-professionnelle pour le préparer pour le jour de sa
libération et aussi la recherche de la famille, seulement en
étroite collaboration avec lui, parfois il ne veut pas l’indiquer, ou il a honte, souvent la famille ne s’occupe plus de lui,
souvent aussi il s’agit d’enfants étrangers, dont la famille est
loin, souvent la famille n’a aucune idée où de trouve l’enfant.
Maintenant un autre élément de notre action qui est très central
: l’assistance juridique. On a vite constaté que l’on ne peut pas
bricoler dans ce domaine, on ne peut pas laisser ça aux bonnes
volontés des animateurs , des travailleurs sociaux, mais il faut
se professionnaliser dans ce domaine, et c’est seulement possible
grâce à une assistance juridique avec des juristes qui connaissent bien les dispositionsde la loi, et souvent c’est pas connu
par les juges-mêmes. Souvent les juges ou tous ceux qui sont concernés par l’administration pénitancière n’ont aucune idée concernant les dispositions de la loi; il faut les rappeleret souvent on est en train d’orienter, de former les juges d’enfants et
c’est un travail qui est vraiment magnifique car on arrive à sortir à cause de cette action des enfants. Maintenant ce qu’on a pu
faire, c’était un racourcissement de la période de détention,
souvent on a retrouvé les dossiers perdus , parce qu’il y a beaucoup d’enfants qui sont dans les prisons et dont on ne trouve pas
de dossiers, donc si il n’y a pas de dossiers, il n’y a rien; les
enfants sont littéralement oubliés en prison.
APIC : Dans quel pays particulièrement ces gosses sont oubliés?
Par exemple au Mali, il y avait beaucoup d’enfants dont a n’a pas
eu les dossiers, mais c’est grâce à notre coordinatrice, une assistante sociale, elle a mis des stagières sur ça, on a un peu
partout cherché, et on a retrouvé ces dossiers. Mais je poeux dire , il y a à l’heure actuelle, une bonne collaboration de la
part de l’Etat.
APIC : Comment réagissent ces autorités qui acceptent de foutre
ces gosses en prison. Comment ils acceptent une «ingérence» pour
essayer de sensibiliser la population et les opinions à ce
problème que représentent les gosses en prison, alors que les
autorités contribuent à créer ce malaise?
On peut dire aussi comme cette vague de démocratisation a aussi
atteint maintenant l’Afrique , il y a une volonté politique de
respecter les droits de l’enfant, et les droits de l’homme. Donc
au niveau de la haite politique, du ministère de la Justice, de
l’administration pénitentiaire, on a une collaboration, et avant
de se lancer , on a toujours essayé d’obtenir un accord avec le
gouvernement; et dans ces 5 pays, on a un accord, soit avec le
ministère de la Justiice, soit avec le ministère de l’Intérieur
ou de la Sécurité, soit avec la direction de l’administration pénitentiaire, qui nous autorise à visiter les enfants en prison,
de faire toutes ces activités décrites avant.
APIC : C’est leur bonne conscience à eux que de vous autoriser à
faire ce genre de travail?
Oui, mais peut-être il y a 10 ans ça aurait été extrêmement difficile de visiter les prisons. J’ai maintenant une expérience en
Afrique de plus de 20 ans, 25 ans, et je ne pense pas que c’était
si facile d’entrer librement en prison avec certainement
maintenant la convention entre le BICE et les Etats, et
certainement le mot Bureau International Catholique de l’Enfance
a aidé, pour avoir cette liberté.
APIC : Quand on parle d’enfants en prison, dans les pays là où
vous avez un programme, dans ces 5 pays africains, ça veut dire
des enfants emprisonnés, entre 4 murs.
Oui, c’est ça.
APIC : Ca veut dire qu’il y a pas non plus de programmes
alternatifs où on place des enfants en institution, je dirais pas
pénitentiaire, mais en institution…
Dans certains pays on a quelque chose, des structures, des
centres de réabilitation, mais la plupart des enfants entrent en
prison. C’est rare, il y a certains pays comme le Sénégal qui ont
centre de rééducation, ceci existe aussi au Mali, mais souvent,
les enfants entrent d’abord en prison.
APIC : Ces gosses vivent dans quelle condition, est-ce qu’ils
sont mélangés au début plus agés, est-ce que ça pose de problèmes
de promiscuité, et ça laisse la porte ouverte à tous les
problèmes que l’on peut imaginer?
Dans certains pays, il n’y a pas de séparations entre prisonniers
adultes et mineurs détenus; donc les enfants et souvent les vrais
criminels ont été tous ensemble. C’est un de nos objectif de séparer les prisonniers adultes avec les mineurs détenus. Dans certains pays on a déjà réussi, a Conacri (Guinnée), l’Etat a finalement cédé sous nos pressions, elle a ouvert une cellule pour
les mineurs jusqu’à 18 ans. Mais il y a toutes sortes d’abus;
notemment l’abus sexuel, les enfants, les garçons aussi, il y a
une forte pression avec les drogues; on utilise ces enfants pour
n’importe quel travail, c’est-à-dire ils sont pratiquement dans
une situation d’esclavage et souvent dans les seules cellules des
prisonniers adultes, ces cellules sont trop chargées, elles sont
peut-être prévues pour la moitié, voire un tiers de la population, en milieu carcéral, et maintenant, faute d’autres locaux,
on met tout ce monde ensemble. Il y a des locaux où on n’a pratiquement pas la place pour se coucher, ils doivent se coucher à
tour de rôle. Il y a d’autres, au Mali maintenant, ils dorment
dans une petite cellule à deux ou trois. C’est raisonnable, c’est
juste, c’est acceptable comme standard.
APIC : Mais où se trouve cette promiscuité, ce surplus de prisonniers dans les cellules, dans quels pays principalement?
C’était dans quelques prisons en Côte-d’Ivoire, on a eu cette situation en Guinée, aussi qui perdurent aujourd’hui dans certaines
prisons. C’est une réalité. Mais il y a une volonté de l’Etat de
faire quelque chose, au moins pour les mineurs.
APIC : Ca veut dire que ces gosses qui sont emprisonnés cohabitent avec ce que l’on pourrait appeler des criminels des criminels dangereux?
Oui, c’est ça.
APIC : Ce que je voudrais savoir, de quels milieux sociaux sont
issus ces gosses en général?
Certainement la plupart de ces jeunes viennent des ciouches sociales défavorisées, soit des populations rurales, les gens quittent les villages, et sont ramassés en ville et mis en prison
pour vagabondage. Ce sont des enfants qui ont très peu d’éducation. Dans certaines villes, on constate aussi certains enfants
qui sont issus de familles assez aisées et qui commettent quelques crimes ou voles pour avoir de l’influence, mais c’est rare.
APIC : Au Zaïre ou dans d’autres pays, on connaît le problème des
réfugiés; est-ce qu’on assiste à des formes de délinquence sur
des gens ou des gosses emprisonnés et viennent grossir le nombre
de ces enfants?
Dans beaucoup de pays on voit qu’un gerand nombrte des enfants
qu’il y a sont des enfants de pays étrangers africains. Ces enfants n’ont naturellementpas les mêmes possibilités de défense,
souvent, en Côte d’Ivoire, il y a des enfants qui viennent du Libéria, qui ne parlent pas suffisemment le français, ils parlent
l’anglais, et comme un élément étranger, on est vite repoussé,
donc c’est un phénomène, et souvent, ces enfants sont particulièrement mal traités en prison, ils reçoivent toujours un peu
moins, ils n’ont pas de relations avec les autres; ils sont généralement âgés de 15-16 ans, parfois moins.
APIC : Comment on en arrive à mettre en prison, enfermés à double
tour?
Il y a beaucoup de jeunes de la rue. Ils vivent quelque part en
ville et ils doivent se débrouiller, ils sont appelés jeunes travailleurs, enfants travailleurs; ils doivent survivre dans la
rue, et souvent on les attrape pour des raisons qui ne sont pas
vraiment des délis : par ex. quelqu’un a «volé» un poulet, l’autre a volé sur le marché un paquet de cigarettes. Ces délits sont
passibles d’un an de prison, même si la loi dans certains pays
prévoit seulement 4 mois de prison, et comme les dossiers sont
oubliés, personne ne s’occupe de l’enfant, il n’y a pas un avocat
qui défend la cause de l’enfant dans la nécessité de BICE, et de
notre action, l’enfant peut être oublié. On a eu des enfants qui
ont trainé 13 ou 14 mois dans les prisons. Je peux vous citer
plusieurs exemples : Il y a au Mali un jeune de 13 ans qui vient
de la campagne pour aller dans la capitale, pour travaillé. Il
est confié à son oncle, il travaille pendant deux ans chez son
oncle. Un jour il est un peu fatigué, il en a marre de rester à
Damaco, il réclame à juste titre une petite chose pour pouvoir
rentrer chez lui au village, il réclame des pentalons et des
chaussures en plastic. L’oncle devient furieux et met l’enfant
dans un taxi-pousse pour rentrer au village. Le jeune furieux
descend au premier arrêt et retourne chez son oncle; il prend
deux pneus usés qui sont dans la cour depuis deux ans et qui valent peut-être 30.– suisses. L’oncle attrape cet enfant et le met
en prison, il a traîné 13 mois en prison. C’est notre action qui
l’a fait libérer. Deuxième cas, toujours au Mali, c’est une fille, qui était promise à l’âge de 12 ans à un vieux de 54-55 ans.
La fille a toujours refusé le mariage avec cet homme. La fille
avait 15 ans. Le mariage précoce est interdit au Mali; c’est accepté culturellement dans certaines ethnies, mais la loi ne l’autorise pas. Donc la fille est allée chez sa grand’mère, la famille a rattrapé la fille, donc les coiusins ont rattrapé la fille
et l’ont bien battue. Mais la fille as repris la fuite mais elle
a été rattrappée par les cousins, et ils ont mis la fille sur une
sorte de croix et ils ont fait que l’homme la procède au moins
une fois, c’est-à-dire un viol. L’homme se reposait et a voulu
violer encore une fois cette fille pendant la nuit; la fille a
pris une hache et a blessé l’homme, on a mis l’enfant en prison
pour tentative de meurtre. Donc avec une action de notre collaboratrice, on a pu changer ça , et on a fait changer le chef d’accusation en «coup volontaire», et l’enfant a été libérée après
plusieurs mois de prison. (3-4 mois)
APIC : Sans votre action, combien l’un et l’autres seraient
restés en prison?
Peut-être l’enfant, peut-être 2-3 ans, peut-être plus.
APIC : Le troisième cas?
C’est assez typique, il y a en Côte-d’Ivoire des filles qui viennent de la campagne pour travailler comme domestiques, et une
fille de 13 ans qui vient du Burkinafaso, elle travaille chez une
vedette bien connue, et un jour, on l’accuse d’avoir volé cette
vedette 23 kios de bijoux; c’était faux. Elle est mainteant en
prison, on est en train de faire le nécessaire. Ces cas sont typiques. Il y a beaucoup de petites filles, de petites bonnes ,
domestiques, qui sont accusées de vol. La famille recrute une
fille tout à fait innocente, pas éduquée, on la prend, elle travaille, parfois, elle est exploitée sexuellement par le chef de
la famille, si l’affaire devient trop délicate, on l’accuse
d’avoir volé, et à qui est-ce qu’on écoute, à la police. Et on
peut se permettre de ne pas payer cette fille pendant toute cette
période, on se débarrasse, et il y a tout à fait une mafia des
gens qui font ça tout bon. On recrute une fille, aprés pour se
débarrasser de cette fille, on dit qu’elle a volé, et on l’ammène
àà la police et la police met la fille en prison. Un autre cas où
une fille de 14 ans tout à fait innocente, a été pour la première
fois à Bamacoville et elle a dû acheter du pain pour la famille,
elle s’est égarée, le chef de famille a fait beaucoup d’effords
pour la retrouver, et il a retrouvé cette fille. On l’a mis tout
de suite à la police pour une affaire de trent centimes; elle a
été au moins une semaine en détention. C’était grâce à notre action qu’on a pu sortir cette fille de prison. On dit que même le
délit reste, cela ne fait pas de différence si c’est une affaire
de deux – trois francs, le délit est là. C’est ridicule. Que peut
donc faire cette fille vec trente centimes?
APIC : Ca veut dire qu’il y a un tel décalage entre une part
l’autorité gouvernementale et les autorités judiciaires ou
policiaires pour en arriver à de telles interprétations de la
défence des droits de l’enfant?
Souvent les autorités ferment les yeux car il faut savoir dans
beaucoup de pays, le juge est le plus malheureux, car s’il devient juge d’enfants, il n’a rien, car les enfants ne peuvent pas
payer quelque chose pour acheter la libération, donc le juge
d’enfant c’est un pauvre type. L’autre jour, au mois de juin,
j’étais au Zaïr, les enfants qui sont dans les prisons sont vraiment les plus pauvres, car ces enfants n’ont rien pour acheter
leur liberté. Tout le monde se libére si on a 10$, on donne ça à
la police, au juge, et on est libre. Mais ceux qui sont à l’heure
actuelle en prisoon sont les plus pauvres car ils n’on rien. Quel
que soit le délit commis, on peut sortir avec 10$, car l’Etat
n’arrive plus à payer la fonction publique.
APIC : Là, on a parlé des cas d’enfants qui fait des broutilles;
les enfants sont emprisonnés pour quels délits généralement?
La plupart sont certainements vols (sucreries, cigarettes), mais
il y a d’autres enfants qui sont pris lors de rafles de la police
pour vagabondage. Pour les pires, c’est souvent infanticide, une
fille enceinte panique, elle ne sait pas quoi faire avec l’enfant, et parfois c’est un avortement qui n’est pas voulu, la fille va par exemple aux latrines et l’enfant part, quelqu’un l’attrape améne la fille en prison. Parfois ce sont des enfants au
cours de bagarres violentes qui sont blessés, ou morts; donc ces
enfants sont très traumatisés, ce sont des drames liés à la misère.
APIC : On a parlé tout à l’heure des conditions de déterntions
qui sont exécrables, est-ce que en plus de l’emprisonnement qui
subissent ces gosses, est-ce qu’il y a en plus des sévices
physiques ou voire même des tortures, et quelles sont finallement
les conséquences psychiques pour l’enfant, après?
Il y a certainement une violence de la part des gardiens, c’està-dire, il y a la volonté politique de la part du ministére de la
Justice d’améliorer les conditions. Mais au niveau des gardiens
de prisons, il faut voir que ce sont souvent les fonctionnaires
d’Etat les moins payés. Le peu qui entre en prison pour le repas,
ils prennent une partie (le pain), et il y a toutes sortes de
violences, on frappe, j’ai vu ça moi-même, c’est souvent d’une
manière clandestine, mais parce que nos équipes visitent régulièrement les prisons, notre avocat est là, on a une tendance de respecter les lois, car ils savent bien, ert les enfants nous disent ça. On a pu constater une amélioration de la situation. On
veut vraiment collaborer avec l’Etat et avec les agences de
l’Etat à tous les niveaux, pour leur faire comprendre, pour les
éduquer, cela a déjà réduit la tension.
APIC : Généralement ces gosses ne sont pas élevés, il n’y a pas
de jugement?
Il y a peu de jugement, ça traîne, les procédés sont extrêmement
longs, et parfois il y a des délits que l’on ne peut pas vraiment
juger, on les libère grâce à des pressions, on sort le dossier,
on retrouve le dossier, on montre que déjà la disposition de la
loi est là.
APIC : Quel est le pourcentage des gosses qui croupissent en prison, sans être jugés et ceux qui croupissent en prison en ayant
été jugés?
Non mais la plupart ne sont pas jugés.
APIC : Et quand un gosse est jugé, c’est quand même l’autorité
qui juge, et est-ce qu’elle hésite, ou elle n’hésite pas à le
condamner à 1 année, 2 ans, 3 ans de prison ?
Les peines normalement ne doivent pas excéder normalement plus de
deux ans ou quelque chose comme ça, ça dépend des pays. Mais j’ai
vu des cas où un enfant a été oublié et est resté pendant 3 ans
en prison, mais c’est rare. D’abord, on est arrivé à raccourcir
la période de détention considérablement. Donc il y a des enfants
qui sont là seulement pour un mois ou seulement quelques jours,
après on arrive à les libérer grâce à notre action. Là c’est un
cas d’un mandat de dépôt de septembre 94, et libéré le premier
janvier, ce qui signifie 15 mois environ.
APIC : …avec son numéro de détenu, évidemment, toujours, …ça
c’est également dans des centres de rééducation de l’Etat, …
Cest au Mali toujours. Vous voyez celui-ci il a été mis en prison
le 3 juin et déjà libéré le 11. on réussin a raccourcir les
périodes de détention des délits qui sont mineurs ou où l’enfant
est innocent, ça arrive. C’est égaléement un travail avec les
brigades de la police afin d’arrêter le processus de poursuite à
ce niveau déjà. Si on est déjà présents dans les commissariats de
police, on arrive souvent à éviter que l’enfant soit mis en
prison, et aussi à impliquer d’avantage les parentds.
APIC : Comment réagissent les parents lorsqu’ils apprennent que
leur gosse est en prison?
Les parents n’ont souvent pas l’information que leur enfant est
arrêté, et en prison. Dans lers pays musulmans surtout, une fois
que l’enfant est en prison, l’enfant est considéré comme une ombre opour la famille, donc le père interdit à sa femme de rendre
visite à l’enfant. Lorsque j’ai été la première fois au Mali,
dans la prison centrale de Damaco, j’ai parlé avec les enfants en
prison, il y en avait 70 environ, et j’ai posé la question qui de
vous a eu ces six mois derniers une visite de la famille. Parmi
les 70, il y avait 4 enfants. Et un m’a dit que son père avait
dit à sa mère que si elle allait voir son fils , elle serait renvoyée. C’est une ombre pour la famille, il y a une coupure avec
l’enfant. Notre travail très difficile aussi car les juges réclament souvent les parents, s’ils sont disposés a reprendre l’enfant, le juge le leur rendra, car la famille leur glissera un
billet. Si personne ne s’occupe de l’enfant, il est abandonné et
oublié.
APIC : Vous avez ce programme dans 5 pays africains, ça veut dire
qu’il y a moins de problèmes dans les autres pays, ou est-ce que
vous n’arrivez pas…, ou c’est par manque de moyens financiers?
Oui, c’est ça le problème, d’abord on a voulu montrer que l’on
pouvait faire quelque chose avec très peu de moyens, on a peu de
moyens, mais on a pu faire un travail magnifique avec ce peu de
moyens, on a libéré beaucoup d’enfants, on a créé une vigilence
dans les prisons, il y a beaucoup moins d’abus de ces enfants, on
a formé des intervenants dans tous les domaines, dans le domaine
de l’écoute, de l’alphabétisation, de recherche action
participative avec ces jeunes, on a formé des juges d’enfants et
grâce à l’action de nos avocats, et on a essayé de faire une
réinsertion familialle et professionnelle de ces enfants.
APIC : Donc ça veut dire dans le reste des pays africains, pour
rester en Afrique les problèmes sont tout aussi grands.
Ils sont grands, et on aimerait essayer d’en faire plus, mais
c’est une question de ressources finamcières; si on arrive à
trouver plus de resseources, on pourra alors se lancer dans
d’aurtes programmes, mais c’est aussi un soucis de nous de
consolider notre approche.
APIC : Parce que sur l’ensemble de l’Afrique vous avez du mal à
avoir des statistiques, on sait pas exactement quel est l’ampleur
du problème.
Non c’est très difficile de dire combien car il y a des fluctuations énormes, mais c’est un véritable problème et on voit qu’il
y a beaucoup d’organismes qui tentent de faire qqch dans ce domaine, mais de même des plaidoyés qui ne changent pas tout de
suite la situation. Le BICE avec son approche intégrée où on fait
qqch au niveau du plaidoyer avec le gouvernement , avec la législation, mais em même temps qqch de très complet pour libérer
l’enfant, pour travailler avec l’enfant en prison, pour travailler avec les juges; on suit les enfants une fois qu’ils ont été
libérés, on essaye d’abord de les réunir avec la famille, si
c’est pas possible (Famille inexistante, trop loin, disfonctionnelle), on cherche à trouver un tuteur pour ce gosse ou un artisan où on peut placer l’enfant pour qu’il apprenne qqch.
APIC : Vous occupez exactement quelle fonction auprès de la BICE?
Je suis le délégué du BICE pour l’Afrique, j’ai travaillé pratiquement 20 ans en Afrique. J’ai 49 ans, j’ai commencé ma carrière
au Togo (domaine de la santé publique), où j’ai dirigé un programme de lutte contre la lèpre, ensuite j’ai travaillé au Soudan, toujours dans le domaine de la santé de base, après j’étais
à la Caritas allemande responsable de l’Afrique pour les projets
de développements; nous avons eu un programme très important pour
les jeunes de la rue un Afrique, notemment en Afrique de l’ouest.
C’était là, dans le cadre de ce programme que j’ai souvent constaté que des jeunes de la rue, des enfants de travilleurs finissent en prison. Et c’est dans ce cadre que j’ai visité des prisons, et j’ai été ancien vice-président du BICE, et j’ai signalé
ce problème au BICE, et on s’est dit que le BICE travaille d’abord pour ces enfants qui sont dans une situation particulièrement
difficile, et j’ai signalé ce problème au BICE et le BICE a dit
qu’il allait considérer ce problème comme une priorité de notre
démarche future. car ce sont des enfants qui sont vraiment oubliés, traumatisés, négligés, et on opeut bien montrer notre specificité qui est aussi un appui non matériel, sous forme d’écoute. Car même un enfant qui a été violé, qui a eu des expériences
traumatisantes, si vous lui donnez à manger à cet enfant, ce
n’est pas le problème, il faut quelqu’un qui l’écoute, qui l’aide
qui lui donne un peu d’affection pour la remise de confiance.
APIC : A votre connaissance, actuellement l’âge du plus jeune
enfant emprisonné se situe où?
J’ai vu au Zaïre un enfant qui ne parle pas dans un centre de
rééducation, et cet enfant, on ne sait pas ce qu’il fait là, il
avait 8 ans.
APIC : La nourriture?
La nourriture pose problème à cause duifait que les états ont
pratiquement plus de moyens. Ce qui était prévu, les états
n’arrive plus à le respecter, il y a des dispositions pour payer
environ 40 centimes par prisonnier et par jour, et souvent on
n’arrive pas. J’ai vu dans certains pays une nourriture qu’on ne
peut pas manger; parfois, on aide aussi dans ce domaine. Les
conditions sanitaires sont parfois très graves, mais il y a aussi
du succès, i.e. à Bamaco, grâce à l’action, on fait un travail
sanitaire…
APIC : Est-ce que il y a des gosses qui sont victimes des
conditions sanitaires?
Il y a beaucoup qui ont les champignions de la galle, mais on a
réussi a Bamaco à éradiquer la galle. Car il y a l’eau et le savon, et c’est assez aéré. Dans d’autres pays, on enferme dans une
cellule les enfants où il y a pas une seule ouverture, dans un
climat africain avec beuacoup d’humidité. Lorsqu’on a visité ces
enfants, on a vu les enfants pleins de galle qui se grattaient,
le jour ils peuvent sortirà la cour, mais à 16 heures, rentrée et
ils étaient enfermés, il n’y a pas de natte et ils font leurs
besoins à même la cellule et ils doivent nettoyer ça eux-mêmes
(Côte-d’Ivoire)
APIC : Qu’est-ce que font les organisations internationales pour
mettre un halte-là, ou pour arrêter ces saloperies?
Il y a la convention pour les droits de l’enfant signée par même
les pires tyrans, moi j’insisté que nous on met l’action sur
l’application, et c’est dire en aide aux gouvernements d’appliquer ça, mais je ne vois plus le gouvernement en tant qu’ennemi
de notre affaire, mais il faut trouver un modus vivendi avec ces
gouvernements pour améliorer la situation parce que le gouvernement a le monopole du pouvoir, et on ne peut pas faire qqch en
dehors du gouvernement. D’autre part, il n e fout pas toujours se
plier et fermer les yeux, il faut un travail de sensibilisation
il faut avoir le courage (nous les Euiropéens qui allons là-bas
n’avons rien a craindre), pour protéger notre personnel local.Les
résultats montrent bien le succès dans ce domaine. Mais on voit
tellement d’organismes qui diysent qu’ils font qqch dans ce domaine, je ne vois pas qqch de concrêt, et souvent on se limite à
des déclarations. Notre but est non seulement de libérer les enfants, mais aussi de changer une situation pour éviterque désormais des enfants soient mis en prison pour des motifs qui ne justifient pas leur détention.
APIC : Si vous aviez à évoquer le pire des souvenirs, la pire des
réalités, après 20 ans de travaux en Afrique, vous me diriez qui,
et si vous deviez me dire un motif d’encouragement, ce serait
quoi?
Le pire c’était quand étais l’année passée en Guinée, avant notre
action,, et que j’étais avec un groupe qui a visité la prison, et
on a eu l’intention de faire qqch en Guinée, et on m’a invité de
les accompagner un samedi, ce sont des soeurs qui vont en prison,
poour témoignage qui ne change pas la situation. J’ai eu cette
chance, on a ouvert les couloirs de la prison et de chaque côté,
il y a des prisonniers qui viennent dans une petite cour; déjà je
vois que les prisonniers sont très très faibles, et la soeur indienne me dit que je peux l’accompagner chez les malades. On a
mis ces prisonniers dans un couloir pour manger une soupe
qu’avait préparées les soeurs, et ils étaient tellement faibles ,
la plupart d’eux n’avaient pas la force de prendre une cuillère
pour manger. J’ai eu le réflêxe de demander leur âge par l’intermédiaire de l’interprète, je pensais à qqn de 60-70 ans, et il
avait 16 ou 18 ans. Je me suis dit que c’était comme un camp de
concentration chez nous les gens maigres, sans cheveux; c’était
peut-être des étrangers qui n’avaient plus d’identité. On m’a
raconté qu’un jeune Sénégalais est mort car personne ne s’était
occupé de lui, il y a la mafia dans la prison , et on a pu saisir
sa famille au Sénégal, elle a pu récolter un peu d’argent, et au
moment où elle est venue, il était mort.
Une des plus grandes joies a été lorsque l’archevêque de Conacri,
(Guinnée) a accepté d’édrire des lettres assez claires au
ministère de la Justice et des affaires sociales, pour réclamer
le droit de faire qqch avec ces prisonniers, ces enfants, et où
le gouvernement a accepté de séparer les mineurs des autres
prisonniers; et j’ai vu cette année des prisionners avec des
robinets, des nattes, bien aérée, simple, mais correcte.
APIC : Est-ce que vous pensez que l’Eglise catholique en Afrique
pourrait faire plus pour tenter de sensibiliser?
Certainement, l’église locale n’est pas tellement sensible à ça,
on se contente de quelques visites d’aumoniers, mais c’est un
travail apolitique, on accepte le système; c’est assez général en
Afrique. On essaye de sensibiliser l’église et aussi notre
expérience, ce qui est un succès, au début, parmi les groupes,
qui s’occupaient des prisonniers, il n’y avait pas un seul
guinéen, il y avait des prêtres français, des soeurs indiennes de
la Charité, un frère irléandais, d’autres africains (Bénin),m
nais il n’y avait pas un seul Guinéen. Maintenant, on a pu
changer, car on travaille en groupe Recherche-Action où il y a
environ 70% d’autochtones. (apic/inter/lb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/par-exemple-en-guinee-lorsqu-il-y-avait-un-coup-d-etat-manque/