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Etats-Unis: Incendies d’églises noires (160896)
Grosses donations et vives controverses
New York, 16août(APIC) La campagne de collecte de fonds lancée par le
Conseil national des Eglises du Christ des Etats-Unis (NCC) pour la reconstruction des églises noires détruites à la suite d’incendies criminels, a
remporté un grand succès. Mais l’affection par le NCC d’une partie des dons
à la lutte contre le racisme provoque une vive controverse.
Le NCC a trompé les gens en leur faisant croire qu’on assistait à une
nouvelle offensive des racistes blancs contre les églises noires, déclarent
les détracteurs de la campagne. Le «Wall Street Journal» publie le 9 août,
en première page, un article soulignant qu’aucune preuve convaincante n’indique qu’on se trouve en présence d’une vaste conspiration orchestrée par
des tenants de la suprématie blanche ou par d’autres groupes racistes. La
journaliste parle de la surprise de certains donateurs lorsqu’ils ont appris que le NCC allait garder pour ses propres programmes une partie des
fonds versés pour la reconstruction des églises.
De fait Joan Brown Campbell, secrétaire générale du NCC, a récemment envoyé une lettre aux donateurs leur indiquant que les contributions se montaient à 8,6 millions de dollars et que 85 % des fonds seraient consacrés à
la reconstruction et 15% à la lutte contre le racisme. Les donateurs pouvant affecter leurs dons à l’une ou l’autre de ces deux activités.
Manne bienvenue pour le NCC?
L’affaire serait presque banale si les finances du NCC n’étaient pas
dans un état alarmant. L’an dernier en effet, le secrétaire chargé de la
justice raciale, gagné par le découragement, avait démissionné n’ayant plus
les moyens de mettre sur pied des programmes, ni même de voyager. Certains
commentateurs ne sont pas loin de considérer que la vague d’attentats
contre les églises noires arrive à point nommé.
Le président Bill Clinton lui-même, en compagnie de Mme Campbell et de
deux pasteurs noirs dont les églises avaient été attaquées, a prononcé une
allocution à la radio sur le sujet. Cette publicité a provoqué un afflux de
contributions.
Le NCC a pu alors se doter d’un nouveau responsable et même organiser
des voyages à l’intention des délégations qui souhaitaient visiter les
églises incendiées. Il a également pu amener bon nombre des pasteurs concernés à rencontrer de hauts fonctionnaires gouvernementaux à Washington.
On parle d’un programme de 3,5 millions de dollars qui permettrait de recruter du personnel, d’organiser des séminaires de trois jours dans 50 villes des Etats-Unis et de s’attaquer non seulement au racisme mais aussi aux
questions de justice économique et aux oppressions qui en découlent.
La riposte de la droite n’a pas tardé. Le «New Yorker» écrit par exemple
que «la vérité concernant les églises incendiées est beaucoup plus complexe» que le président Clinton et les institutions d’Eglises l’ont laissé entendre. «Il n’existe aucune preuve d’un vaste complot ourdi par les groupes
animés par la haine. Ceux qui, par racisme, mettent le feu aux églises noires sont généralement des gens seuls, des ratés et des copieurs qui agissent largement sous l’effet de l’alcool, et ces gens-là ne sont pas nombreux».
Le «New York Post», journal à sensation appartenant à Rupert Murdoch,
est beaucoup plus sévère et n’a pas hésité pas à titrer «Incendies d’églises: un vaste canular». L’article déclarait notamment que «dans une large
mesure, cette campagne de collecte de fonds est le fait d’éléments de la
gauche pure et dure»… tout en prétendant que le nombre d’incendies des
églises noires diminuait.
Joan Campbell et le président du NCC, Melvin G. Talbert, répètent de
leur côté leur inquiétiude. Dans un rapport adressé au Congrès, ils parlent
d’»épidémie incendiaire», et dénoncent ces faits et d’autres incidents
racistes comme étant «l’une des crises sociales et morales les plus
urgentes de ce pays» et comme constituant des actes de «terrorisme
domestique». Ils soulignent que les attaques contre les églises noires du
sud du pays ne sont pas des «incidents isolés et accidentels mais plutôt
les éléments d’un plan criminel inspiré par la haine».
354 lieux de cultes attaqués depuis 1990
Le FBI a publié une liste des incendies et d’autres incidents ayant fait
l’objet d’enquêtes qui sont survenus dans 354 lieux de culte à travers 39
des 50 Etats des Etats-Unis depuis 1990. Mais cette liste comprend aussi
bien des églises blanches que des églises noires, des synagogues et des
mosquées, ou encore une église orthodoxe-grecque. Et les faits vont des
graffiti à l’incendie criminel.
Le 26 juillet, le «National Catholic Reporter» a signalé que les églises
étaient depuis longtemps une cible privilégiée des incendiaires, et a cité
des responsables de compagnies d’assurances pour qui le nombre de bâtiments
d’église incendiés cette année «se situait dans la norme».
Pour Joan Brown Campbell, «il ne s’agit pas d’un canular. Le nombre
d’incendies et d’actes de vandalisme perpétrés contre les églises afro-américaines et multiraciales a augmenté de façon spectaculaire et régulière au
cours des 18 à 30 mois écoulés.» Plus de 60 églises de cette catégorie ont
été brûlées entre le 1er janvier 1995 et le 30 juin 1996 soit un chiffre
supérieur aux cinq années précédentes cumulées.
Lors de visites effectuées auprès de plus de 30 églises incendiées dans
le sud du pays, a-t-elle dit, les équipes du NCC ont découvert «des preuves
de l’origine raciste de la plupart de ces actes, certains clairement liés
aux groupes partisans de la suprématie blanche». (apic/eni/mp)
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