Lonsdale: une foi inébranlable dans le théâtre, le cinéma et en Dieu

Le comédien et metteur en scène Michael Lonsdale s’est éteint le 21 septembre 2020 à son domicile à Paris, à l’âge de 89 ans. Il avait tourné avec les plus grands réalisateurs et décroché un César pour son rôle dans le film Des hommes et des dieux. Catholique engagé, il a toujours témoigné d’une foi profonde et multipliait les projets à vocation spirituelle et artistique.

Géant du théâtre et du cinéma, Michael Lonsdale s’est envolé le 21 septembre à l’âge de 89 ans. En soixante ans de carrière, cet acteur et comédien à la voix reconnaissable entre toutes a incarné plus de 200 rôles au cinéma, au théâtre ou encore à la télévision. 

Lui qui s’était converti à 22 ans au catholicisme avait sidéré dans le rôle de sa vie, celui de Frère Luc dans Des hommes et des dieux (2010), de Xavier Beauvois, qui retrace la vie des moines de Tibhérine, en Algérie, un personnage qui lui valut un César du meilleur second rôle. Si le grand public ne se souvient peut-être de lui que dans Moonraker, ce James Bond où il endossait le rôle du méchant, la carrière de Michael Lonsdale est passée par les plus grands réalisateurs du cinéma français et international.

Né à Paris le 24 mai 1931 de père officier anglais dans l’Armée des Indes et de mère française, parfaitement bilingue suite à un séjour à Jersey puis à Londres. Après la fin d’une enfance au Maroc, fasciné par les films américains, il choisit la comédie à son retour à Paris en 1947, avant que Raymond Rouleau ne le révèle en 1955. Entré au théâtre comme en religion, Lonsdale a joué des rôles d’une incroyable diversité. Il y nouera des amitiés indéfectibles avec l’avant-garde, celles avec Samuel Beckett, son auteur de référence, Marguerite Duras ou Madeleine Renaud.

65 ans d’amour du jeu

Très vite aussi, le cinéma vient le chercher et ce sera soixante-cinq ans d’amour du jeu que les cours de Tania Balachova, qui lui a ouvert les portes du métier, lui insufflent dès les années 1940. Il tourne pour François Truffaut (Baisers volés, La mariée était en noir), qui contribuera à le faire connaître du grand public, mais aussi pour Orson Welles, Jacques Rivette, Luis Bunuel, Joseph Losey, Louis Malle, Costa-Gavras, Fred Zinnemann, ou encore Steven Spielberg et Manoel de Oliveira et Marguerite Duras. Son jeu impassible, majestueux et sobre, en imposent. Il brille aussi chez Jean-Pierre Mocky, auquel il restera fidèle toute sa vie (Snobs!, Les compagnons de la Marguerite, La grande lessive). 

La liste de collaborations de cet immense comédien est vertigineuse. Et l’éclectisme, surtout, y désarçonne. Il pouvait en effet passer de grosses productions commerciales (Hibernatus aux côtés de De Funès, Le nom de la rose de Jean-Jacques Annaud) à des films d’avant-garde signés Marcel Hanoun ou Peter Handke. Tout lui. 

Métier et foi

Avec la découverte du christianisme, dès les années 1950, puis du mouvement charismatique, en 1987, avec celui de la communauté de L’Emmanuel, Michael Lonsdale a combiné son métier et sa foi. Les religieux, notamment les dominicains, et puis Maurice Zundel ont compté dans le parcours du comédien sensible à la lecture du Prologue de l’Evangile de saint Jean. Comme il l’affirmait en 2011 dans les colonnes de cath.ch , «la religion est devenue la part essentielle de ma vie. Mais elle est intimement liée aux deux autres composantes de mon existence, le cinéma et la peinture. L’expression artistique est un don de Dieu». Car durant sa jeunesse, ce timide s’était en effet destiné d’abord à la peinture, – et il peindra toute sa vie -, avant d’opter pour la comédie et d’être embarqué dans le théâtre et le monde du septième art. 

Venues en Suisse

Témoin du Christ et artiste à part entière, il a déclamé de grands textes, écrit nombre de livres de prière et de méditation. L’acteur et comédien, qui multipliait les projets à vocation spirituelle et artistique, était souvent venu en Suisse. En 2019, il avait par exemple prêté sa voix à l’évêque Théodore d’Octodure, pour un spectacle mettant en scène la vie de saint Maurice et de ses compagnons, dans le cadre d’un festival à Vérolliez (VS). En mars 2012, il avait témoigné à l’espace de la Fusterie à Genève de son itinéraire spirituel, à l’occasion de la présentation de la pièce de théâtre Sœur Emmanuelle, le temps du plus grand amour. En février et avril 2012, à l’abbaye de St-Maurice (VS) et de Hauterive (NE), il avait aussi interprété le rôle du récitant, lors d’un concert-lecture intitulé Le Chemin de Croix, poèmes de Paul Claudel

De santé fragile, ce roc s’est éteint à 89 ans à Paris, dans son appartement familial, face aux Invalides. Dans une interview accordée en 2004 au quotidien La Croix, il affirmait: «J’aimerais partir en paix. Je voudrais mourir en Dieu. Ce qui fonde ma confiance face à la mort, c’est Jésus: mon ami m’a dit que la mort était vaincue, qu’elle n’avait pas le dernier mot. Pourquoi se soucier de ce qui est entre les mains de Dieu?».

En septembre 2016, Michael Lonsdale avait été l’invité sur la RTS du magazine TV Faut pas croire, dans lequel il était revenu sur l’héritage de foi laissé par les moines de Tibhirine et sur ses convictions chrétiennes est son incroyable carrière. Le magazine radio Hautes Fréquences, qui l’avait rencontré en 2018 chez lui à Paris, la veille de Noël, revient ce week-end sur son cheminement humain et spirituel (cath.ch/cp)

> «Michael Lonsdale, itinéraire dʹun pèlerin», Hautes Fréquences, La 1ère, di 27.09.2020, 19h, un sujet proposé par Gabrielle Desarzens.

Carole Pirker

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/lonsdale-une-foi-inebranlable-dans-le-theatre-le-cinema-et-en-dieu/