apic/BIT/travail des enfants
APIC-Dossier
73 millions d’enfants au travail des enfants dans le monde (070896)
Une situation intolérable pour le BIT
Genève, 7août(APIC) Plus de 73 millions d’enfants de 10 à 14 ans
travaillent dans le monde: Le Bureau International du Travail (BIT) tire la
sonnette d’alarme, dans l’édition d’août de son magazine « Travail ».
L’utilisation de la main d’oeuvre enfantine taillable et corvéable à merci
se poursuit, malgré les efforts déployés pour l’enrayer. Le BIT dénonce,
mais présente aussi des alternatives .
Denise Lima dos Santos a douze ans. Elle ne sait ni lire, ni écrire.
Elle casse des cailloux depuis cinq ans dans une carrière de granit de
l’Etat de Bahia au Brésil. Un vrai travail de forçat pendant neuf heures
par jour, pour un salaire de trois francs par semaine. Exemple d’une
réalité tragique dont sont victimes les enfants dans de nombreux pays du
monde.
Au beau milieu de la Coupe d’Europe des Nations, en juin dernier, la
Confédération internationale des Syndicats libres (CISL) révéla que les
ballons utilisés par les footballeurs étaient cousus à la main par des
enfants au Pakistan! Les grandes marques d’articles de sport, contactées
par la presse, eurent de la peine à cacher leur embarras…
Le travail des enfants: une réalité planétaire
Selon le Bureau International du Travail, 13,2% des enfants de 10 à 14
ans travaillent, soit plus de 73 millions dans le monde. L’Asie (13%),
l’Afrique (26,3%) et l’Amérique latine (9,8%) sont les continents les plus
touchés par le phénomène. Au niveau national, le Bengladesh, le Kenya, le
Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Inde, la Turquie, la Chine et le Paskitan
figurent en tête du classement.
Les pays industrialisés ne sont pas épargnés par l’exploitation de la
force de travail enfantine, particulièrement l’Europe du Sud. En Europe
centrale et orientale, on assiste à une recrudescence du travail des
enfants, liée à la transition vers l’économie de marché.
Traditionnellement, la proportion des enfants travailleurs est plus
importante en milieu rural qu’en ville, mais l’urbanisation rapide entraîne
un accroissement de la main-d’oeuvre enfantine, employée dans le commerce
et les services.
Scolarités brisées et risques physiques
Le coût de la scolarité influe fortement sur l’offre de main-d’oeuvre
enfantine. Beaucoup d’enfants travaillent pour payer leurs frais scolaires.
« Mais l’enseignement offert est souvent exécrable », note le BIT, « et les
enfants, découragés, préfèrent travailler plutôt qu’étudier ».
La dextérité enfantine est souvent avancée pour justifier de l’emploi
des enfants pour certains travaux, comme le nouage des tapis: « Inexact »,
rétorque le BIT qui a constaté que les tâches accomplies par les enfants
pourraient être effectuées aussi bien par des adultes.
Le travail des enfants altère gravement leur santé et leur sécurité:
travail domestique des filles soumises à de mauvais traitements, voire à
des sévices sexuels, charges trop lourdes, aléas climatiques, inhalation de
produits chimiques utilisés dans l’agriculture,… Sans parler des victimes
de la prostitution enfantine…
A moyen terme, le coût du travail des enfants est pourtant très élevé, à
la fois pour les victimes, qui ont déjà perdu une bonne partie de leurs
moyens lorsqu’ils arrivent à l’âge adulte, et pour la société qui met en
péril ses ressources humaines.
Contre-attaque à l’échelon national
Des solutions pour enrayer le phénomène sont applicables au niveau
national, affirme le BIT. Parmi celles-ci, les plus intéressantes
consistent à sensibiliser l’opinion publique des pays développés sur cette
exploitation, en dénonçant par exemple la participation d’enfants à la
fabrication d’un produit. L’engagement récent d’un certain nombre de grands
magasins occidentaux de ne proposer que des tapis certifiés « exempts de
tout travail d’enfants » va dans ce sens.
Cause première du travail des enfants, la pauvreté n’explique pas tout.
L’ignorance, la passivité et l’indifférence sont aussi responsables. Il
faut agir sur le plan juridique en améliorant la législation du travail,
inapplicable aux enfants dans nombre de pays. Des mesures de substitution
sont également prévues: ressources consacrées à l’éducation, compensations
financières pour l’abandon de cette forme de travail. « Toute forme de
travail des enfants constitue une violation inacceptable des droits
fondamentaux de l’homme », rappelle le BIT. (apic/OIT/bl)
Encadré
Conventions du BIT sur le travail des enfants
La Convention de 1973 sur l’âge minimum au travail, fixé à 14 ans, n’a à
ce jour été ratifiée que par 49 des 173 pays membres de l’Organisation. Et
aucun pays asiatique ne figure parmi les Etats signataires, alors que ce
continent emploie plus de la moitié des enfants travailleurs. Un nouveau
traité, qui doit dénoncer les formes les plus intolérables du travail des
enfants, est en préparation. Le BIT espère que ce nouvel accord prévu pour
1999, sera adopté par un grand nombre de pays. (apic/OIT/bl)
Encadré
Les programmes d’incitation économique: solution nouvelle?
Le BIT a lancé en 1992 un Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC). De quoi s’agit-il? Ces mesures à but économique
veulent améliorer les conditions d’existence des enfants en les soustrayant
au travail: prestations en nature pour stimuler la fréquentation scolaire,
« travail sans danger », association enseignement-apprentissage,…
Cette action est financée par les pays occidentaux, Allemagne en tête.
Elle est menée dans plus de 20 pays, répartis sur trois continents et est
appelée à s’étendre à d’autres, grâce à de nouveaux financements.
Les résultats déjà recensés démontrent la nécessité de telles actions et
les organisations non-gouvernementales (ONG) en ont salué l’efficacité.
(apic/OIT/bl)
Encadré
Denise: 12 ans et « casseuse de pierres »
Denise Lima dos Santos ne sait ni lire, ni écrire à douze ans. Elle sait à
peine jouer. Elle n’en éprouve même pas l’envie. Depuis cinq ans, elle
travaille dans une carrière de granit dans l’Etat de Bahia au Brésil.
Durant neuf heures par jour, elle doit réduire en morceaux de gros blocs, à
l’aide d’une masse, pour un salaire hebdomadaire de trois francs, alors que
le salaire mensuel garanti est de 120 francs minimum.
Denise habite Retirolandia, à 220 kilomètres de Salvador de Bahia. Au
Brésil, le travail des enfants est strictement interdit et les autorités
doivent veiller au respect de l’obligation scolaire. Or le préfet de
l’endroit, garant de la scolarité enfantine, encourage l’esclavage des
enfants au lieu de le combattre: Adevaldo Martins dos Santos achète, en
effet, la production et dicte les prix. L’Eglise catholique et les
syndicats locaux ont décidé de porter le scandale sur la place publique.
Santos appartient au parti libéral PFL, principal parti de la coalition
gouvernementale. Or le président Fernando Cardoso a promis en 1994, au
moment des élections, de lutter pour les droits de l’homme: un « plan
national pour les droits de l’homme » a été adopté cette année. Dans
l’arrière-pays de Bahia, les écoles n’existent que sur le papier…
Des centaines d’autres enfants travaillent douze heures par jour dans
les plantations de sisal pour un salaire hebdomadaire de six francs. Le
nombre d’enfants blessés aux yeux par des pointes de cette plante, qui
ressemble à un grand cactus, augmente fortement.
L’entretien scolaire et les moyens alloués sont insuffisants. La faim
règne dans l’arrière-pays de Bahia, les écoles n’ont plus assez de
nourriture. Pour les enfants, il ne reste que le travail des plantations.
Les écoles des régions productrices de sisal sont donc fermées.
L’institut national de géographie et de statistiques du Brésil estime à
7,5 million le nombre d’enfants de 10 à 14 ans au travail. Des experts
indépendants parlent de 20 millions… (apic/kna/bl)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse