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APIC – DOSSIER

Amérique latine: Offensive de la secte Moon en Uruguay et Argentine…

… Et profusion de sectes au Brésil (250996)

Fric à gogo et investissements colossaux pour diffuser «leurs idéaux»

Offensive de la secte Moon en Uruguay et en Argentine, offensive des sectes

au Brésil, où plus de 4’000 d’entre-elles ont surgi en une décennie seulement. Avec leurs deux mamelles, diffuser «leurs idéaux» et investir économiquement, elles ont pour outils de diffusion les massmedia, à l’instar de

Moon d’ailleurs. Notre dossier.

Présente depuis plus de 15 ans en Uruguay, la secte Moon lance aujourd’hui une nouvelle campagne d’implantation dans ce pays, ainsi qu’une

offensive en direction de l’Argentine. De nombreuses et hautes personnalités du monde politique, militaire et économique participent à cette opération.

Les visées de Moon en Uruguay et en Argentine n’ont rien à envier à celles des sectes au Brésil, dont la montée, ces quinze dernières années,

constitue une menace. Non seulement pour les Eglises traditionnelles, mais

aussi pour les libertés: l’»Eglise adventiste du septième jour» qui contrôle politiquement la ville de Villa Libertador, en Argentine, à 500 km de

Buenos Aires), forte de 5’000 habitants, ne vient-elle pas de décréter

l’interdiction de la fumée et de l’alcool, des discothèques, des loteries

et des jeux vidéos?

Après avoir eu pour objectif principal la lutte anti-communiste, la secte Moon prétend désormais vouloir «sauver la nouvelle nation» d’autres périls tels que l’immoralité, la confusion des valeurs, la drogue, la polution, la désintégration familiale… Rien que ça. Avec sa vérité, son goût

de l’argent et du pouvoir. Ses énormes intérêts financiers.

Sous l’impulsion de Sun Myung Moon, leader religieux sud-coréen et aussi

«patron» d’un groupe économique établi en Uruguay depuis 15 ans, un noyau

de personnalités issues des partis traditionnels, a parrainé la constitution d’une «Fédération pour sauver la nation». Ce groupe se propose de diffuser des «idéaux éthiques» et de créer parallèlement des entreprises dans

les domaines de l’éducation et du tourisme. Pirouette juridique, «La Fédération» est en apparence indépendante de l’Eglise de l’Unification de Moon.

Le projet supra-national de Moon

Selon Rafael Addiego, ancien-président de la Cour suprême de justice et

ex-président provisoire de la République uruguayenne, que cite DIAL (Diffusion de l’information sur l’Amérique latine), des personnes de tous les

credo et de toutes les philosophies, intéressées à la question sociale et à

l’activité économique participent à cette «Fédération», dont le sous-secrétaire à l’éducation, Antonio Guerra, plusieurs députés du Parti Blanco et

du Parti Colorado, le directeur de la Corporation nationale pour le développement, Carlos Rodriguez Labruna. Des personnes comme l’ex-commandant en

chef de la Force aérienne, ainsi qu’une brochette de colonels: Pugliese,

Quintana et Zina Fernandez.

«La Fédération que nous formons aujourd’hui a un projet supra-national.

Prochainement, dans plusieurs pays d’Amérique latine, des leaders de différents secteurs de la société vont constituer les instances nationales de la

Fédération internationale pour sauver la nouvelle nation», déclarait le 28

juin à Montevideo Addiego, lors d’une présentation de cette unité. Présidée

par Moon lui-même.

Propriétaire d’un quotidien, d’une banque, de deux hôtels et de la plus

grande imprimerie du pays, la secte Moon s’oriente donc maintenant vers

l’intégration d’un «mouvement social interparti» en offrant de l’argent aux

leaders politiques qui y adhèrent.. Ce qui n’empêche pas Addiego d’affirmer

qu’en Uruguay, Moon ne dirige pas les entreprises auxquelles il participe:

«Il ne fait partie d’aucun conseil d’administration ni d’aucune organisation sociale ou économique», écrit le quotidien uruguayen «Busqueda». De

fait, Moon a passé 15 ans sans mettre les pieds en Uruguay. «Les entreprises sont librement administrées par des gens de confiance».

Selon un autre journal du pays, «Brecha», qui rend compte de la session

du 28 juin à Montevideo, «la secte Moon opérait jusqu’à présent à travers

la Confédération des associations pour l’unité des sociétés américaines

(CAUSA), fondée en 1980 par Moon comme bras politique de son «Eglise de

l’Unification». CAUSA est financée par des dons d’entrepreneurs à l’»Eglise

de l’Unification»…».

Petites invitations de luxe pour entretenir l’amitié

Un dirigeant politique d’un parti traditionnel explique au quotidien

«Brecha» que la secte pratique des offres d’assistance économique à des dirigeants sociaux aux profils précis pour appuyer «des projets d’intérêt public d’où se dégageront ensuite des intérêts mutuels». Cette mécanique, qui

fonctionne de haut en bas, ressemble fort à des pratiques proches de la

corruption. Et c’est sans doute peut dire.

«Sans que l’on sache très bien qui sont désignés et pourquoi, des hommes

politiques uruguayens des partis traditionnels reçoivent des invitations de

la secte Moon pour se rendre aux Etats-Unis. Au cours des dernières années,

on compte par dizaines ceux qui ont participé aux activités de la secte en

vue de l’unification des religions et de la convergence d’hommes politiques

d’origines diverses sur certaines idées-forces». Cela lors de sessions dans

des hôtels cinq étoiles, «où ils sont traités sinon comme des rois du moins

comme des présidents».

La secte Moon se prétend se présenter comme une nouvelle manière de «libérer l’Uruguay». Des Leaders mégalos se font appeler les nouveaux «33

Orientaux», en référence aux 33 Orientaux, «héros nationaux» qui avaient à

l’époque décidé d’aller libérer leurs compatriotes des Portugais, au moment

du conflit entre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

500 millions de dollars en Argentine. Dans un premier temps

Tout ne va pas aussi facilement pour le leader «religieux» coréen en Argentine. Ce dernier rencontre actuellement quelques difficultés pour s’installer dans ce pays, où il projette de construire, entre autres, une usine

de farine de poisson. Le gouvernement argentin, par la voix de Angel Centeno, secrétaire du Ministère des Cultes, lui indiquait en effet en juillet

qu’en Argentine la loi interdit de faire des affaires en tant que leader

religieux. «Une entitée appelée Eglise et inscrite au registre des confessions ne peut exercer aucune activité qui ne soit pas religieuse».

Aucune activité? Aux dires de la revue péruvienne «Noticias Aliadas»,

l’Argentine semble bel et bien être devenue la nouvelle cible de San Myung

Moon, «puissant chef d’un empire économique déjà présent en de nombreux

pays latino-américains».

Pour la revue, Moon est arrivé à Buenos Aires avec le projet de créer

des «communautés idéales», dans lesquelles s’installeraient des citoyens de

«160 pays pauvres» qui, aux dires de Ricardo de Sena, représentant de la

secte en Argentine, «vivraient de la chasse et de la pêche». Selon lui, la

secte pense investir 500 millions de dollars – dans un premier temps – pour

acquérir des terrains dans la région de Corrientes, Formosa et Entre Rios.

L’»Eglise de la Réunification» a obtenu sa reconnaissance légale en Argentine en 1981, à l’époque de la dictature militaire. Parmi ses adeptes,

on trouve l’amiral Emilio Massera, membre de la junte militaire qui, en

1976, avait renversé le gouvernement d’Isabel Peron.

Brésil, royaume des sectes

Moins présente (?) au Brésil, la secte Moon fait pour l’heure encore

moins parler que les sectes et les «Eglises nouvelles», qui fleurissent au

gré des illuminations des uns, des intérêts financiers des autres, souvent

manipulés par des Etats-Unis. Quand ça n’est pas au gré des fanatismes ou

des folies de quelques «prêtres» vaudous ou autres. Il y a moins de 10

jours, à la demande de l’un de ceux-ci, 3 ou 4 hommes ont violé puis tué

une fillette de 8 ans. Pour boire son sang.

Entre 1980 et 1990, pas moins de 4000 sectes se sont établies à travers

le Brésil. La majeure partie d’entre-elles sont pentecôtistes comme «l’Assemblée de Dieu», «Dieu est Amour», les «Quatre Evangiles», et l’Eglise

Universelle du Règne de Dieu». Chacune des ces «Eglises» connaît le succès

et attire de nouveaux adhérents jours après jour. Certains «guérisseurs-manipulateurs» font recettes au point d’amasser des fortunes. Idôlatrie rime

avec hystérie pour des millions de gens issus des classes sociales les plus

démunies.

Culte de l’argent et du business

La plus puissante de ces sectes est l’»Eglise universelle du règne de

Dieu», conduite par «l’évêque» Edir Macedo. Elle compte aujourd’hui plus de

3,5 millions d’adeptes au Brésil, et étend ses tentacules et ses activités

jusqu’en Europe, en particulier au Portugal et en Espagne. Son chef, au

goût prononcé pour le luxe, fait pourtant l’objet d’une enquête pour fraude

fiscale, escroquerie et liens avec le trafic de drogue.

Au Brésil, «L’Eglise universelle du règne de Dieu» est devenue le mouvement religieux dont la croissance est la plus rapide. Elle y a même fondé

un parti politique et mis en place des stations de radio et de télévision.

Dans le même pays, «L’évêque» Macedo fait l’objet d’une enquête au Brésil depuis décembre dernier, après la diffusion d’une bande vidéo par la

chaîne de télévision «O Globo» qui montrait Macedo hilare, comptant une

masse de billets à même le sol après une quête particulièrement fructueuse.

Il explique à ses principaux lieutenants comment obtenir le plus d’argent

possible des fidèles: ’Il ne faut pas être mou. Il faut dire aux gens. Si

vous donnez, amen! sinon, allez-vous faire foutre!’»

Un empire

La bande vidéo dévoile aussi le goût du pseudo évêque et de ses lieutenants pour les hôtels de luxe, les voyages coûteux et les soirées sur la

plage de Copacabana à Rio. Le 6 janvier, des milliers de fidèles ont manifesté dans tout le Brésil en faveur de «l’évêque» Macedo, dont l’»Eglise»,

fondée en 1977, possède 2’500 temples dans le pays, deux chaînes de télévision, 26 stations de radio, 3 quotidiens et 2 magazines. Sa plus récente

acquisition a été faite aux Etats-Unis: un temple, à Hollywood, le cinquème

à Los Angeles. Macedo, 50 ans, dirige son empire des Etats-Unis, où il vit

depuis 1986.

Macedo s’est bâti un empire dans le domaine des médias – aujourd’hui le

troisième dans le pays – en achetant la chaîne de télévision «Record», concurrente de la très populaire chaîne «O Globo», la plus grande du Brésil.

La secte est présente dans 34 autres pays. Selon l’»Agence de nouvelles

d’Amérique latine et des Caraïbes». «l’Eglise universelle du règne de Dieu»

aurait reçu un million de dollars du cartel colombien de la drogue de Cali,

pour le rachat de la chaîne de télévision Record. Lapsus révélateur – ou

volontaire? – un commentateur de télévision s’est excusé après avoir parlé

de «l’Eglise universelle du règne de l’argent»…

Une «Eglise par ailleurs en conflit avec l’Eglise catholique au Brésil.

L’an dernier, un «évêque» de «l’Eglise universelle», Sergio von Helder,

avait déclenché une controverse nationale après avoir insulté, durant une

émission diffusée sur la chaîne «Record», une statue de plâtre de Notre-Dame-de-l’Apparition, sainte patronne du Brésil, et demandé s’il pouvait exister un lien entre Dieu et une marionnette aussi laide, aussi horrible, et

aussi désagréable». A la suite de cette émission, Sergio von Helder avait

été désavoué par «l’Eglise universelle» et aussitôt transféré à l’étranger.

Selon les derniers sondages de l’Institut brésilien des statistiques sociales, 64% des convertis à cette secte étaient catholiques. En 1980, 89%

de la population de ce pays se déclarait catholique. Le pourcentage est

tombé à 80% en 1991. Pour cet Institut, le succès des Eglises pentecôtistes, particulièrement des nouvelles, est dû aux sérieuses crises internes

des Eglises traditionnelles. Les Brésiliens, affirment les responsables de

cet Institut, souhaitent une Eglise plus proche d’eux et répondre à leurs

besoins. «Les «Eglises institutionnelles n’apportent pas de changement concrets. Ces dernières années, elles ont perdu leur autorité sur les croyants, tout comme elles ont perdu leur pouvoir de persuasion et de séduction». (par Pierre Rottet, avec DIAL et UCIP)

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