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Le pape en Bretagne (200996)
Où le véritable départ de la visite pastorale de Jean Paul II en France
De notre envoyé spécial, Jean-Marie Guénois
Sainte-Anne d’Auray, 20septembre (APIC) 1’200 prêtres, 45 évêques et cardinaux, près de 120’000 fidèles ainsi que le soleil de Bretagne ont accueilli vendredi le pape à Sainte-Anne d’Auray, seconde étape de son cinquième voyage pastoral en France métropolitaine. Pour participer à la fête et
voir le pape, certains n’ont pas hésité à passer la nuit, d’autres à attendre 3 ou 4 heures et plus dans la froideur du matin, sur l’immense plaine
face à l’esplanade dressée pour la célébration de l’Eucharistie.
Le véritable rendez-vous du pape Jean Paul II avec la foule des fidèles
français a bel et bien commencé vendredi. Soit pendant et après la cérémonie, riche en couleurs et en émotions, durant laquelle le pape s’est laissé
prendre aux charmes de la langue bretonne, en la pratiquant brièvement au
cours de l’homélie.
Le pape n’a pas été déçu. «J’ai trouvé ici beaucoup d’espérance», a-t-il
lancé aux jeunes à l’issue de la messe, avant de leur donner rendez-vous à
Paris, l’an prochain. Ceux qui espéraient des incidents ont par contre été
déçus.
«On signale une bande d’excités avec des préservatifs sur le parcours du
pape, interceptez les !». Talky walky en mains, un homme de la sécurité
veille, depuis une tribune, sur le bon déroulement de la messe qui commence
à Sainte-Anne d’Auray. Le colonel de gendarmerie Lepeu, qu’il vient d’interpeller, reste impassible. «Nous n’avons rien vu. Il faut se méfier des
intoxications».
Même sérénité chez le porte-parole du pape, Joachim Navarro Valls: «Des
manifestations? Nous n’en avons vu aucune. Et nous sommes au deuxième
jour. La presse française parle de manifestations pour dimanche, mais tout
cela semble bien se dégonfler comme une baudruche».
Un pape bretonnant
Pendant que cet échange se déroule, la papamobile roule lentement dans
les travées de la grande église de plein air, où 120’000 Bretons chantent à
l’unisson, certains en costumes folkloriques et bannières traditionnelles
au vent. Le temps est radieux. La foule et Jean-Paul II. «Nous devons remercier Dieu pour le soleil», lance le pape. Rires.
Un tonnerre d’applaudissement éclate: dans son homélie, Jean-Paul II dit
quelques mots en breton: «N’ho pet ket eun …». Ce sont les paroles de
sainte Anne à Yves Nicolazic, le voyant d’Auray: «N’aie pas peur. Je suis
Anne, mère de Marie. Dieu veut que je sois honorée en ce lieu».
Depuis, les bretons sont restés fidèles, et ils l’ont chanté à tue tête
après la messe: «A la foi de nos aïeux, nous, enfants de Bretagne, nous serons toujours fidèles.» Juste avant ce chant, un groupe folklorique avait
interprété une danse bretonne dédiée au pape. Membre du «Comité pour la visite du pape en Bretagne», René le Honzec, cheveux longs, collier celte autour du coup, explique: «Nous défendons la culture bretonne spécifique et
nous apprécions le pape qui défend les cultures minoritaires. Ici, les comités pour souhaiter la «malvenue» au pape n’ont eu aucun succès».
Un héritage commun
Jean-Paul II, en revanche, se taille un franc succès. Et il retrouve un
tonus qu’on n’attendait plus. «Je dois vous dire que j’ai trouvé ici beaucoup d’espérance».
Devant les Bretons, le ton est à l’exhortation: «Cette foi qui est votre
héritage commun est affrontée à de nombreux défis. Certes, les causes d’inquiétude sont multiples. Ainsi on voit se développer un climat d’indifférence et d’individualisme; certains ne savent pas accepter l’autre dans sa
différence; certains désespèrent devant le mal du monde».
Comment en sortir ? Le pape appelle à un renouveau fondé sur l’héritage
du passé: «Comme vos pères dans la foi, soyez des bâtisseurs de l’Eglise
pour les générations nouvelles !» Pour cela, l’Eglise «doit être joyeuse et
rayonnante». Et tous doivent s’impliquer, car «les chrétiens sont tous responsables de cette mission». Avec un appel particulier: «En communion avec
vos pasteurs, je vous encourage à donner un élan vigoureux à l’apostolat
des laïcs et à poursuivre la recherche de nouvelles formes de présence de
l’Eglise dans la société».
Une polémique? Quelle polémique
Qu’en pense Mgr Gaillot? Sur les ondes de France Inter, à la question de
savoir à quoi peut bien servir la visite du pape lors de la cérémonie du
15e centenaire du baptême de Clovis, dimanche à Reims, l’ex évêque d’Evreux
répond: «Je pense que cela va plutôt favoriser l’extrême-droite et les traditionalistes». Il confirme qu’il n’attend rien de Rome ni des évêques de
France, d’un système «autoritaire» appelé à «s’écrouler». Une polémique
hors de propos à Sainte-Anne d’Auray.
Le problème de Clovis? Une question «typiquement française, centraliste
et parisienne», relève pour sa part un membre du «Comité pour la visite du
pape en Bretagne».
L’étape bretonne de Jean-Paul II s’est terminée dans l’après-midi par
une rencontre avec les familles, où le pape a prononcé un long discours,
avant d’entendre le témoignage de plusieurs d’entre elles. (apic/jcg/pr)
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