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Suisse:L’Action de Carême élabore

ses nouvelles «lignes directrices»

Comment garder son identité dans une société qui se sécularise?

Berne, 19septembre (APIC) L’Action de Carême (AdC), l’oeuvre d’entraide

des catholiques en Suisse, élabore actuellement ses nouvelles «lignes directrices» dans le cadre d’un vaste processus de consultation lancé il y a

un an. Mercredi à l’église de la Trinité à Berne, une soixantaine de membres des organes et des commissions de l’AdC et des collaborateurs du Secrétariat central et du Secrétariat romand ont planché sur les réactions

suscitées par la deuxième mouture du projet.

Il s’agit pour les différentes composantes de ce mouvement de travailler

à une vision commune en vue du 3e millénaire, qui soit surtout en phase

avec les mutations de la société. Les principes de base sont déjà contenus

dans les statuts (datant de 1964) de la Fondation de l’Action de Carême et

dans la Charte de 1974. A l’heure actuelle, le consensus n’est pas total au

sein de l’AdC sur les valeurs qui, de manière prioritaire, doivent guider

le mouvement et les principales tâches qu’il doit assumer dans l’avenir

Dans quelle mesure l’AdC doit-elle, à la veille de l’an 2000, garder son

identité catholique dans une société qui se sécularise? Que doit-elle faire pour retrouver une base dans la jeunesse suisse, qui fut à l’origine de

la fondation de l’oeuvre d’entraide des catholiques en 1961?

La seule grande institution rassemblant les catholiques de toute la Suisse

Dans son analyse historique sur le contexte religieux des années

d’après-guerre et les mouvements qui ont été à l’origine de l’AdC, le professeur Urs Altermatt, de l’Université de Fribourg, a attiré l’attention

sur les particularités de ce mouvement: depuis l’effondrement, dans les décennies d’après-guerre, du «milieu catholique» avec sa multitude d’associations et d’organisations, l’AdC reste désormais la seule grande institution

qui rassemble les catholiques de toute la Suisse.

L’AdC a la caractéristique d’un nouveau mouvement social qui a réussi la

gageure de rassembler, sur les thèmes du tiers monde, du développement, de

la justice et de la paix mais aussi des nouveaux styles de vie et d’une

nouvelle spiritualité, de nouvelles couches sociales (de tendance plutôt

«verte») tout en gardant dans ses rangs des secteurs du milieu catholique

traditionnel. U. Altermatt a relevé que les formes traditionnelles de la

mission, au premier plan à l’origine, ont à la fin des années 60 et 70 toujours plus cédé la place à la problématique de l’aide au développement.

Ce qui a entraîné une intervention plus marquée dans le champ politique

– à propos de la paix et du désarmement, de l’apartheid en Afrique du Sud,

du racisme et de la présence des étrangers, de la protection de l’environnement, de la promotion de la femme, etc. – suscitant inévitablement des

polémiques, notamment de la part des milieux «bourgeois».

Maintenir le secteur suisse

L’historien fribourgeois a mis en garde l’AdC contre la tentation de

trop se «séculariser», l’Action de Carême ne pouvant maintenir son identité

qu’en restant ancrée dans le milieu de l’Eglise catholique et en gardant sa

spiritualité religieuse spécifique. En ce qui concerne la répartition des

moyens financiers, Urs Altermatt considère qu’il serait faux d’abandonner

totalement les projets pastoraux du secteur suisse, car ils représentent

des relais institutionnels immédiats avec le catholicisme suisse.

Le professeur Altermatt a encore relevé l’importante contribution qu’a

apportée l’AdC – comme instance de socialisation permanente du milieu catholique – à la prise de conscience de l’injustice dans le monde et au

changement de mentalité des catholiques. Il a finalement souligné l’aspect

«unique» que représente la campagne oecuménique avec les partenaires protestant (Pain pour le Prochain) et catholique-chrétien (Etre partenaires).

Les participants ont ensuite nourri leur réflexion en atelier par des

interventions de la présidente de la Commission romande de l’AdC, Marianne

Almonte, et de Gret Lustenberger, présidente du Conseil missionnaire suisse, axées sur la responsabilité de l’AdC dans le travail missionnaire et la

coopération au développement. M. Almonte, dressant un bilan peu réjouissant

des conséquences du néo-libéralisme triomphant et de la «pensée unique» qui

nous gouverne, a lancé un appel à la résistance de la société civile.

Dans ce contexte, estime Marianne Almonte, l’AdC n’a pas d’autre choix

que de s’engager, avec une foi incarnée dans la vie, «au risque de déranger». Dans ses thèses, G. Lustengerger a également insisté sur l’aspect inséparable de la mission et du développement, qui trouve son fondement dans

les Ecritures saintes et les documents de l’Eglise (»Populorum progressio»,

«Evangelii nuntiandi», «Redemptoris missio», etc.)

Mgr Kurt Koch expose le concept théologique et spirituel de l’AdC

C’est à Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle et président du Conseil de fondation de l’AdC, qu’il est revenu d’exposer le concept théologique et spirituel directeur de l’AdC à la veille du 3e millénaire. Rappelant que l’AdC

est un mouvement d’Eglise et qu’il doit par conséquent s’orienter à partir

de ses principes. Ainsi l’AdC a la tâche d’annoncer le message libérateur

de l’Evangile; elle ne peut le faire de façon crédible qu’en tenant compte

du fait qu’elle se situe dans une société pluraliste, ou plus exactement

multiculturelle et multireligieuse.

L’AdC a ensuite pour mandat de développer une spiritualité pascale et de

promouvoir le sens authentique du temps de carême, dans un sens de conversion et de repentance pour les chrétiens de Suisse. L’Action de Carême doit

aussi s’engager dans le service aux autres, c’est-à-dire pratiquer la «caritas» individuelle et la «diaconie politique». Dans ce sens, a souligné

Mgr Kurt Koch, il ne peut et ne doit plus suffire à l’Eglise de s’occuper

des seuls poissons, alors que l’eau de l’aquarium est polluée – c’est-à-dire que les données sociales, économiques et politiques concrètes sont devenues malades. «Dans cette situation, l’eau des poissons elle-même doit devenir davantage le thème de la pensée et de l’action de l’Eglise».

Tenant compte des fonctions fondamentales de l’Eglise – les trois motsclés décisifs énoncés par le Concile Vatican II, à savoir «Mysterium»,

«Communio» et «Missio» -, l’Action de Carême, doit concentrer ses efforts

sur la troisième fonction, la diaconie. Cela découle évidemment de la spécificité de son engagement dans le travail de développement. Mais, a-t-il

averti, «comme l’AdC est un mouvement d’Eglise, elle ne doit pas perdre de

vue que ces trois fonctions fondamentales de l’Eglise ne peuvent jamais

être séparées l’une de l’autre».

Intervenant en conclusion de la journée, le sociologue genevois Dominique Froidevaux, responsable de la COTMEC, a notamment insisté que l’AdC

maintienne des relations de partenariat avec sa base sociale en Suisse,

notamment avec les jeunes, et qu’il y ait aussi pour eux des espaces qui

leur permettent d’être aussi des acteurs. (apic/be)

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