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Louvain: Un prêtre libanais consacre une thèse de doctorat (190996)
à l’évolution de la primauté dans l’Eglise melkite catholique
Louvain-la-Neuve, 19septembre (APIC) Le Père Gaby Hachem, prêtre melkite
libanais de la Congrégation des Missionnaires de Saint-Paul, a consacré sa
thèse à la question de la primauté du pape et de la collégialité entre les
évêques dans la tradition de l’Eglise melkite. La question de la primauté
romaine est vitale aujourd’hui pour le dialogue entre catholiques et orthodoxes. L’Eglise melkite peut servir de pont entre l’Occident et l’Orient,
relève le P. Hachem.
L’Eglise melkite, Eglise catholique de rite byzantin au Moyen Orient,
tire son nom de son rattachement, derrière l’empereur, au Credo des chrétiens précisé au concile de Constantinople en 451. Tout en étant en communion avec Rome, les Melkites sont très attentifs à sauvegarder d’abord le
visage particulier de la communion ecclésiale autour des évêques locaux, et
de leur Synode autour du patriarche grec-melkite d’Antioche: aujourd’hui
Maximos V Hakim, qui a son siège à Damas en Syrie.
C’est dans ce contexte que le Père Gaby Hachem a étudié comment son
Eglise a tenu au cours de l’histoire à la «primauté romaine» et à la communion synodale (»conciliarité»). La question est délicate mais aussi vitale
pour le dialogue théologique entre les Eglises catholique et orthodoxe. Car
depuis le Ve siècle, deux manières de concevoir l’Eglise se sont opposées:
l’une privilégiant avant tout la communion universelle autour de Rome,
l’autre partant d’abord de la communion eucharistique autour de l’évêque
local.
L’évolution n’a pas empêché les évêques des deux courants de maintenir
la communion ecclésiale tout au long du premier millénaire. Mais après la
séparation du XIe siècle entre catholiques et orthodoxes, les malentendus
entre les deux Eglises ont lourdement pesé sur leurs relations mutuelles.
Le poids de «l’uniatisme»
Suite au concile de Trente (1545-1563), la conception romaine de la primauté a débouché sur «l’uniatisme». On appelle «uniates» les communautés
rite byzantin, ayant rétabli la communion avec Rome. Les orthodoxes estiment que c’est là vouloir être en communion «contre eux», alors qu’ils sont
par l’histoire et la théologie très proches des catholiques de rite byzantin.
Ainsi, en 1724, un groupe de melkites du patriarcat d’Antioche, animé
d’un projet d’union basé sur le décret de Florence (1439), s’est rallié au
siège de Rome. Il prétendait concrétiser la synthèse organique entre les
Eglises catholique et orthodoxe, en affirmant que les deux conceptions de
l’Eglise qui les séparaient étaient conciliables. Il s’est attribué une
mission oecuménique privilégiée et un rôle de pont entre les deux Eglises.
Mais ce projet d’union n’a pas abouti au rétablissement souhaité de la
communion plénière. Malgré tous ses efforts, l’Eglise melkite catholique
reste marquée par le poids historique de l’uniatisme, constate G. Hachem.
Or l’uniatisme a été rejeté comme méthode révolue par la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre catholiques et orthodoxes, lors de sa session de juin 1993 à Balamand (Liban). Pour la Commission, l’unité est à rechercher dans le cadre d’une communion entre Eglises
soeurs. D’après le Père Hachem, cependant, ce pas vers l’unité ne semble
pas apporter une solution radicale au problème complexe de l’identité des
Eglises orientales catholiques.
Les soeurs d’Antioche réconciliées
Les derniers développements de cette éovlution ne pouvaient être intégrés à la recherche clôturée avant l’été: en juillet 96, le Synode des évêques melkites s’est prononcé à l’unanimité pour signer la profession de foi
qu’avaient déjà préconisée l’an dernier 25 des 27 évêques concernés: «Je
crois tout ce qu’enseigne l’orthodoxie orientale; je suis en communion avec
l’évêque de Rome, dans les limites reconnues par les saints Pères d’Orient
au premier millénaire.» Pour les Melkites, la pleine communion entre les
deux patriarcats catholique et orthodoxe d’Antioche est primordiale et aujourd’hui réalisée. Et c’est en communion avec l’Eglise orthodoxe (non contre elle) et en fidélité à la tradition autonome des Eglises orientales que
l’Eglise melkite entend vivre sa propre communion avec Rome.
Comme le souligne Gaby Hachem en conclusion de sa thèse, la question posée au départ reste ouverte: quelle place devrait occuper la question de la
primauté romaine dans le dialogue théologique en cours, et quel serait le
sort des Eglises orientales catholiques après le rétablissement de la communion plénière? L’évolution historique et théologique de l’Eglise melkite
catholique aide, du moins, à comprendre que des catholiques byzantins peuvent vivre et promouvoir la grande communion ecclésiale autrement que l’on
ne l’imaginait à Rome. (apic/cip/mp)
(1) Gaby HACHEM; «Primauté romaine et conciliarité dans l’évolution de
l’Eglise melkite catholique. Essai de théologie historique.»
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