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Burundi:L’Eglise dans le collimateur des bandes armées (130996)
Avec l’embuscade contre Mgr Ruhuna, déjà 17 prêtres assassinés depuis 1993
Gitega/Bujumbura, 13septembre (APIC) Avec l’embuscade qui a coûté lundi
soir la vie à l’archevêque de Gitega, Mgr Joachim Ruhuna, et à plusieurs de
ses accompagnants, ce sont déjà 17 prêtres, 5 religieuses et de nombreux
catéchistes qui ont été assassinés au Burundi depuis octobre 1993. Peut-on
alors parler de véritable persécution religieuse ou, comme certains
experts, de «somalisation» du Burundi?
«Il ne faut pas mettre à part la mort des prêtres, on ne peut parler de
persécution religieuse à proprement parler, mais bien de la persécution de
toute personne qui veut le bien», déclarait récemment à l’APIC Mgr Bernard
Bududira, président de la Conférence épiscopale du Burundi.
Pour l’évêque de Bururi, les massacres n’ont aucun rapport avec des motivations religieuses. «Pour justifier l’élimination des gens, il faut
d’abord les accuser, les diaboliser. Si les prêtres dénoncent les violences, d’où qu’elles viennent, ils deviennent ainsi les ennemis des milices».
Comme l’Eglise en tant que telle dénonce les violences et les diverses bandes armées, elle est pour cette raison devenue un ennemi à abattre.
L’impunité gangrène le pays
Ainsi, une nouvelle fois, l’Eglise catholique au Burundi – dont les responsables sont engagés dans une oeuvre de pacification et de réconciliation
de longue haleine et qui pourrait sembler aujourd’hui sans espoir -, est
dans le collimateur des factions armées. Le chauffeur de Mgr Ruhuna, qui a
survécu à ses blessures, a décrit les assaillants comme des hommes armés
habillés en civil. Quant à connaître leur provenance…
Interrogé par l’agence APIC, Mgr Blaise Nzeyimana, vicaire général du
diocèse de Gitega, a souligné qu’il va être difficile de savoir qui sont
les assaillants, étant donné la désintégration du pays et l’impunité dont
jouissent les bandes armées de tous bords.
L’Eglise poursuivra son travail de réconciliation
«Nous sommes en deuil, tout le monde dans le diocèse est foudroyé, mais
l’Eglise va très certainement continuer ses activités, notamment pour promouvoir une réconciliation véritable», affirme le vicaire général,
visiblement encore sous le choc de ce brutal assassinat. Outre l’organisation chaque semaine dans toutes les paroisses de prières, d’heures d’adoration et d’une eucharistie pour la paix , les prêtres du diocèse ont à coeur
d’être aux côtés des victimes et des gens qui souffrent particulièrement de
la guerre:réfugiés, déplacés, orphelins, etc. «L’archevêque lui-même nous
invitait sans cesse à la prière pour la paix».
Est-ce que le message chrétien passe dans une situation aussi dramatique
que le Burundi? «Même en dehors de la crise qui nous accable, c’est toujours un message qui est difficile à recevoir et à mettre en pratique, mais
nous faisons confiance à l’Esprit saint qui travaille dans le coeur des
gens».
L’embargo paralyse la vie du pays
Le blocus décidé par les pays voisins début août après le coup d’Etat du
major Pierre Buyoya, paralyse la vie du pays. «L’embargo affecte tout le
pays, et le manque de carburant nous empêche tout déplacement; beaucoup
d’activités du diocèse sont paralysées», affirme Mgr Nzeyimana. Les plus
touchés actuellement par le manque de nourriture sont les réfugiés dispersés ou dans les camps de déplacés, car ils ne peuvent plus cultiver leurs
champs. D’autre part, des problèmes de ravitaillement se posent pour les
villes, parce qu’actuellement les paysans ne se déplacent plus pour vendre
leurs produits, faute de carburant et de sécurité. Les coupures d’électricité touchent particulièrement la capitale Bujumbura.
En Belgique, les Commissions francophone et flamande «Justice et Paix»,
Entraide et Fraternité et son homologue flamand «Broederlijk Delen», ont
appris «avec consternation» la nouvelle de l’assassinat lundi de Mgr Joachim Ruhuna. «Mgr Ruhuna était un artisan de paix», rappellent ces organisations catholiques. Le 21 avril dernier, il avait ainsi adressé à tous les
belligérants un message les invitant à déposer les armes, à négocier, à se
convertir et à se réconcilier, affirmant que Dieu demandera des comptes à
tous les tueurs, aux commanditaires de la guerre et à tous les voleurs.
Plus récemment, lors de l’enterrement des 304 victimes tutsies du massacre de Bugendana, le 23 juillet dernier, il avait condamné la violence des
extrémistes des deux camps. Les gens disaient de lui: «Il n’est pas Tutsi
ou Hutu, c’est notre Père à tous». Le nom de Mgr Ruhuna s’ajoute ainsi à la
longue liste des martyrs de l’Eglise et du peuple burundais.
Des voix en faveur de l’embargo
Les organisations catholiques belges interpellent leur gouvernement et
l’Union Européennes afin qu’ils soutiennent clairement l’embargo économique
décrété par les Etats de la région des Grands Lacs à l’encontre du Burundi
afin d’obtenir un retour à la légalité dans ce pays et un début des négociations pour la paix entre tous les belligérants. «Les gouvernements de
l’Union Européenne doivent demander, au sein du Conseil de Sécurité,
l’imposition d’un embargo sur les armes à l’encontre de tous les
belligérants».
Afin de commencer à mettre fin à l’impunité généralisé qui gangrène le
Burundi, les gouvernements de l’Union Européenne doivent d’urgence prendre
une initiative au sein de l’ONU pour qu’une procédure judiciaire internationale soit intentée contre les personnes mises en cause par le rapport de
la Commission d’enquête internationale sur l’assassinat du président Ndadaye et les massacres qui ont suivi», écrivent les organisations catholiques belges. (apic/cip/bia/be)
Encadré
17 prêtres tués depuis octobre 1993
Rappelons que Mgr Ruhuna a été tué dans une embuscade le 9 septembre par
des hommes armés habillés en civils. Selon divers témoins, il se trouvait à
bord d’une Jeep avec six autres passagers: son chauffeur Jean-Paul; Soeur
Irène, de la congrégation locale des «Bene Teresiya»; Concessa, une laïque
consacrée, du Foyer de la Charité de Bujumbura; Marie Rose, comptable de la
Commune de Shombo (Karuzi); et deux jeunes filles du Lycée de Burasira.
Seuls les corps des deux religieuses et de la comptable ont été retrouvés.
Mgr Ruhuna avait déjà été victime d’un attentat le 6 septembre 1995 à
une vingtaine de kilomètres au nord de Bujumbura. Il en était sorti
indemne, mais l’abbé Guigo Rurangirwa, qui l’accompagnait, était mort des
suites de ses blessures.
La mort de Mgr Ruhuna porte à 17 (dont trois missionnaires) le nombre de
prêtres tués au Burundi depuis l’assassinat par des militaires le 21 octobre 1993 du président élu démocratiquement Melchior Ndadaye, un Hutu, et
les massacres qui ont suivi. Depuis cette date, cinq religieuses ont également trouvé la mort dans des attaques, ainsi que de nombreux catéchistes.
Mgr Ruhuna est le deuxième évêque du Burundi à mourir de mort violente,
après Mgr Gabriel Gihimbare, assassiné en décembre 1964. Aumônier militaire, ce dernier venait d’être nommé évêque coadjuteur de l’archidiocèse de
Gitega quand il a été abattu par des militaires dans ces circonstances qui
n’ont jamais été élucidées. (apic/cip/bia/be)
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