Achat d'un immeuble à Londres: millions de pertes pour le Saint-Siège

Les pertes liées à l’acquisition de l’immeuble de luxe de la Sloane Avenue à Londres se situent entre 66 et 150 millions de livres sterling (soit entre 73 et 166 millions d’euros), affirme Mgr Nunzio Galantino, directeur de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), dans un entretien au quotidien italien L’Avvenire du 2 novembre 2020.

Ces pertes, précise-t-il, n’ont pas eu de répercussions sur le «Denier de Saint-Pierre», le fonds de charité du pape alimenté par les fidèles du monde entier. Les catholiques participent par ce fonds aux actions du pontife notamment en faveur des diocèses pauvres, d’instituts religieux démunis et de fidèles confrontés à de graves difficultés (pauvres, enfants marginaux, victimes de guerre ou de catastrophes naturelles, réfugiés, etc…)

Contradiction ?

Mgr Nunzio Galantino admet cependant ne pas pouvoir dire quelle part de l’argent du fonds du «Denier de Saint-Pierre» a été effectivement consacrée à l’achat calamiteux de la Sloane Avenue et combien d’autres fonds ont été utilisés.

«Je peux cependant dire que s’il y a eu des erreurs, des fautes ou des comportements illicites, l’intérêt du Saint-Siège et de l’Eglise est que la clarté soit faite. Même si c’est un chemin douloureux», explique le directeur de l’APSA.  

Enquête menée par la justice du Vatican

Ce qui n’est pas assez souligné, selon lui, c’est que cette affaire montre que le Saint-Siège a «les anticorps pour combattre et corriger ce qui a pu mal tourner».

Les investissements à Londres – en plus de subir la dévaluation de la livre, la crise économique liée au Covid-19 et l’incertitude due au Brexit – ont enregistré d’autres pertes, reconnaît le directeur de l’APSA. L’enquête en cours, qui est menée à la seule initiative de la justice du Vatican, précise-t-il, «vise à établir s’il y a eu des crimes, à quels niveaux et avec quelle responsabilité».

Pertes entre 66 et 150 millions de livres sterling

Dans cette affaire, la quantification des pertes dépend de l’évaluation des actions de la société qui possédait le palais et de la valeur du palais lui-même. Selon des estimations indépendantes, les pertes se situent entre 66 et 150 millions de livres sterling. Cependant, il est important de dire que les pertes ont eu des répercussions sur le fonds de réserve du Saint-Siège, «pas sur d’autres fonds ni sur le fonds du ‘Denier de Saint-Pierre’ qui est utilisé, année après année, pour les dépenses de la mission du pape».

Mais, affirme le directeur de l’APSA, d’une part, la propriété de la Sloane Avenue conserve sa valeur, voire l’a probablement augmentée, d’autre part – détail jusqu’alors peu connu – la dette a désormais été ramenée au Saint-Siège, qui s’est ainsi libéré des intérêts des emprunts contractés auprès de banques, dont le taux était «particulièrement exorbitant».

La diligence du bon père de famille ?

Pour tout investissement, comme pour l’achat de l’immeuble de Londres, la somme nécessaire est prélevée dans une caisse dans laquelle toutes les ressources disponibles sont allouées, détaille encore Mgr Galantino. L’APSA, explique par ailleurs le prélat, a comme responsabilité de gérer le patrimoine du Siège Apostolique «avec la diligence du bon père de famille».

«Tout bon père de famille sait qu’il doit aussi être un bon administrateur. Il n’est donc impliqué ni dans l’acquisition ni dans les procédures qui ont conduit à l’acquisition de l’immeuble de Sloane Avenue à Londres».

«Mettre de l’ordre dans cet investissement»

En réalité, souligne le directeur de l’APSA, la secrétairerie d’Etat avait déjà obtenu d’une banque commerciale [Le Crédit Suisse, ndlr] la mise à disposition d’un prêt pour rembourser l’hypothèque particulièrement onéreuse sur le palais de Londres. Cependant, avant de le percevoir, elle a également sollicité l’APSA et le Secrétariat pour l’économie afin d’intervenir pour rembourser le prêt.

Après avoir effectué les vérifications nécessaires, l’APSA a coordonné le financement nécessaire, ce qui a permis à la secrétairerie d’Etat de «se libérer des intérêts exorbitants» et de ramener la dette au Saint-Siège.

Investir avec prudence et compétence

«C’était une étape importante pour mettre de l’ordre dans cet investissement, estime-t-il, et pour exclure les structures financières ou les personnes extérieures au Vatican de la propriété du palais» londonien.

Cette opération, considère Mgr Galantino, se voulait être conforme au vœu du pape qui pense qu’il est «imprudent de mettre de l’argent dans un tiroir et de ne pas l’investir». Il faut en effet  penser à l’avenir  en créant les conditions «pour que l’Eglise, du point de vue matériel, puisse continuer à remplir sa mission efficacement et dans la liberté nécessaire à l’annonce de l’Evangile». Des investissements peuvent être réalisés dans ce cadre avec prudence et compétence. Il s’agit seulement de tenir compte que «des investissements peuvent être perdus et que des profits peuvent être réalisés». (cath.ch/imedia/ah/be)

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