Evangile de dimanche: investir et risquer!

«Investir»: on croirait lire le slogan d’une grande banque suisse et pourtant c’est bien écrit dans l’Evangile des talents de ce dimanche. «Risquer» sans peur: ce pourrait être le slogan de petits malins en quête de profit, c’est pourtant est aussi supposé par les paroles du Seigneur au serviteur mauvais et paresseux.

Primitivement, le terme de «talent» désigne une monnaie de l’Antiquité, ici confiée par le Maître à chacun de ses serviteurs. Dans une lecture moralisante, le terme est passé dans notre langage familier pour désigner les «talents», les capacités de chacun qu’il lui faut développer. Essayons pourtant de ne pas congédier le Christ de la parabole: il en est la clé.

Le temps que nous vivons, le temps de l’Eglise, est éclairé par cette histoire. L’homme parti en voyage représente le Christ. Il donne ses biens à gérer à ses serviteurs. Non pas à chacun la même somme, mais à chacun selon ses capacités. On a déjà là un double éclairage: la confiance du Seigneur d’une part, et le réalisme de notre situation de l’autre. Chacun de nous est unique, chacun de nous est égal en dignité devant Dieu mais nous ne sommes pas égaux, ni la reproduction à l’identique d’un même modèle stéréotypé. Et heureusement.

«La relation du premier et du second serviteur au Maître était ajustée. Chacun s’est montré digne de la confiance faite, que la somme ait été de cinq ou de deux talents.»

L’un est plus doué pour la philosophie et un autre pour la course à pied (parfois les deux…), l’un est plus intellectuel et un autre plus manuel, l’un est physicien et l’autre musicien etc. Mais tout cela, nous sommes appelés à le vivre sous le regard d’un Dieu qui nous fait confiance et nous permet de gérer notre vie, à la lumière de l’Evangile du Christ. D’ici là quelle va être notre attitude? Voilà la question et elle est grave.

Un élément supplémentaire et décisif intervient à la fin de la parabole: au retour du Maître, «longtemps après», chacun doit rendre des comptes. La récompense est immense pour celui qui a bien géré les cinq ou les deux talents. «Très bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton seigneur». La relation du premier et du second serviteur au Maître était ajustée. Chacun s’est montré digne de la confiance faite, que la somme ait été de cinq ou de deux talents. En revanche, la relation du troisième est profondément inadéquate: il a eu peur, n’a rien investi, n’a rien risqué. Le jugement est sans appel et aussi disproportionné que pour les deux premiers. Au lieu de la joie éternelle, l’expulsion dans les ténèbres.

Se recevoir des mains de Dieu, tels que nous sommes, aimés et rachetés, devrait nous rendre libres et confiants dans la gestion de notre vie, qu’elle pèse cinq, deux ou un talent…

La peur paralysante devant un Dieu dur et intraitable ne devrait pas faire partie du programme. «Il n’y a pas de crainte dans l’amour» écrit aussi S. Jean. Alors, courage et confiance!

Jean-Michel Poffet | Vendredi 13 novembre 2020


Mt 25,14-30

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    « C’est comme un homme qui partait en voyage :
il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
    À l’un il remit une somme de cinq talents,
à un autre deux talents,
au troisième un seul talent,
à chacun selon ses capacités.
Puis il partit.

Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents
s’en alla pour les faire valoir
et en gagna cinq autres.
    De même, celui qui avait reçu deux talents
en gagna deux autres.
    Mais celui qui n’en avait reçu qu’un
alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.

    Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint
et il leur demanda des comptes.
    Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha,
présenta cinq autres talents
et dit :
›Seigneur,
tu m’as confié cinq talents ;
voilà, j’en ai gagné cinq autres.’
    Son maître lui déclara :
›Très bien, serviteur bon et fidèle,
tu as été fidèle pour peu de choses,
je t’en confierai beaucoup ;
entre dans la joie de ton seigneur.’
    Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi
et dit :
›Seigneur, tu m’as confié deux talents ;
voilà, j’en ai gagné deux autres.’
    Son maître lui déclara :
›Très bien, serviteur bon et fidèle,
tu as été fidèle pour peu de choses,
je t’en confierai beaucoup ;
entre dans la joie de ton seigneur.’

    Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi
et dit :
›Seigneur,
je savais que tu es un homme dur :
tu moissonnes là où tu n’as pas semé,
tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
    J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre.
Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
    Son maître lui répliqua :
›Serviteur mauvais et paresseux,
tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé,
que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
    Alors, il fallait placer mon argent à la banque ;
et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
    Enlevez-lui donc son talent
et donnez-le à celui qui en a dix.
    À celui qui a, on donnera encore,
et il sera dans l’abondance ;
mais celui qui n’a rien
se verra enlever même ce qu’il a.
    Quant à ce serviteur bon à rien,
jetez-le dans les ténèbres extérieures ;
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

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