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Paris: Le général Morillon au service des sans-abri (271096)
La « guerre juste » de l’ancien chef des troupes de protection de l’ONU
Paris, 27octobre (APIC) Le général Philippe Morillon, anciennement à la
tête de la Force de protection des Nations-Unies en ex-Yougoslavie a commencé à Paris une nouvelle mission. Loin de l’armée, cette fois. Et pour
une cause de plus en plus préoccupante en France et à Paris, les sans-abri. Une « guerre juste », celle-là.
Le général français qui a fait la une des journaux en 1993 lorsque,
bousculant l’inertie des puissances occidentales en Bosnie, il a ordonné à
ses troupes de protéger la population de Srebrenica, s’est en effet engagé
dans une nouvelle mission: aider les sans-abri de Paris.
Aujourd’hui à la retraite, le général Philippe Morillon soutient la démarche d’un groupe installé dans l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, non
loin du Louvre – Ain Karem. Ce groupe recrute des jeunes en quête d’un renouveau spirituel pour aider les sans-abri.
Catholique romain fervent, le général Morillon, interviewé à Paris par
l’Agence oecuménique ENI, où vit actuellement, estime que toutes les années
qu’il a passées dans l’armée lui ont appris beaucoup sur l’amour et sa dure
réalité: « J’ai compris ce qu’était le péché originel. J’ai vu que l’homme a
besoin de solidarité, mais que celle-ci peut s’exprimer dans le mal ».
Le 11 mars 1993, le général Morillon, alors à la tête de la Force de
protection des Nations Unies, entrait dans la ville musulmane de Srebrenica
assiégée et découvrait une population affamée, glacée, désespérée devant
l’indifférence occidentale. « Vous êtes désormais, avait-il annoncé, sous la
protection des Nations-Unies ».
Aujourd’hui, une rue de Srebrenica porte d’ailleurs son nom.
Aussi longtemps qu’il y aura des hommes…
En juillet 1995, la ville est tombée au mains des Serbes. Sur 60’000 habitants que comptait la ville, 8’000 sont morts. « J’ai le sentiment d’avoir
prolongé inutilement le calvaire des habitants de l’enclave mais je pense
sincèrement que leur sacrifice n’aura pas été inutile. La communauté internationale a compris que c’était intolérable que les gens de Srebrenica soient du bétail.
Le concept de « guerre juste » est un thème important pour ce veuf de 61
ans, né au Maroc, formé à l’Ecole de Saint-Cyr et qui a servi dans l’armée
durant la guerre d’Algérie. Dans un livre publié récemment, Paroles de soldat, publié par Balland, il se penche sur la valeur du message chrétien en
temps de guerre.
« Aussi longtemps qu’il y aura des hommes, ils fabriqueront des armes. Il
faut donc des militaires de qualité, des observateurs privilégiés de la
condition humaine, de sa misère comme de sa grandeur, comprenant où réside
la dignité de l’homme ».
Pour le général Morillon, cette dignité réside dans l’effort pour se
« rapprocher de l’image de Dieu ».
Sa nouvelle vocation, parmi les sans-abri, est une progression naturelle, estime-t-il. Dans le cadre du projet d’Ain Karem, une douzaine d’étudiants ou cadres consacreront une année sabbatique à l’étude des Ecritures
et travailleront dans les institutions de bienfaisance pour aider les sansabri.
Chaque mardi, on peut le trouver auprès des sans-abri, lors de la distribution de la soupe populaire à Saint-Germain-l’Auxerrois. « J’ai accepté
de vivre avec eux totalement, d’être celui qui écoute et conseille, et pas
seulement un intendant ».
La vie militaire, fait-il observer, lui a enseigné d’être au coeur des
événements. « Il est beaucoup plus facile de nourrir un amour désincarné
pour les Esquimaux ou les bébés phoques que pour son voisin ».
Mais être au centre d’un conflit lui a aussi appris qu’un voisin peut
facilement devenir un ennemi. « L’homme a ses racines dans le sol et la culture dans lesquels il est élevé. Il a peur d’être dominé, une peur qui le
mène au repli sur lui-même, comme au Rwanda, en Irlande du Nord ou parmi
les Serbes et les Croates », a-t-il conclu. (apic/eni/pr)
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