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APIC-Interview
Mgr Olivier de Berranger, nouvel évêque de Saint-Denis (181096)
A la tête d’un diocèse ouvrier et « arc-en ciel »
Propos recueillis par Jean-Claude Noyé, pour l’APIC
Paris, 18octobre (APIC) Le Père Olivier de Berranger, ordonné évêque de
Saint-Denis, samedi, se retrouve à la tête d’un diocèse de la région parisienne où cohabitent plus de 70 nationalités. Prêtre « Fidei Domum » en Corée
durant 17 ans, il a l’habitude de se frotter à des langues, cultures et religions diverses. Rencontre.
Comment accueillez-vous cette nomination?
Avec joie, car je suis moi-même originaire d’Ile-de-France et parce que
ce diocèse a une forte tradition ouvrière. De plus beaucoup de nationalités
y cohabitent. Il y a près de 50’000 Portugais et autant d’Antillais. Beaucoup de Maliens, de Maghrébins et de Vietnamiens. En recevant samedi la
consécration épiscopale, c’est vraiment une grâce d’achever le sacrement de
l’Ordre catholique à cette tâche. Je me sens encore plus au service de
l’Eglise et du peuple de Dieu.
Que ferez-vous au niveau pastoral pour toutes ces communautés étrangères?
« Etrangères »? Je n’aime pas ce terme. La devise que j’ai choisie pour
mon épiscopat dit expressément: « Vous n’êtes plus des étrangers, mais des
frères ». Il s’agit d’une référence à la réalité culturelle du monde moderne. La tentation du repli sur soi est une régression. C’est pour cela que
j’ai parlé d’un diocèse « arc-en-ciel ». De la même façon que Nelson Mandela,
présentant son pays, l’Afrique du Sud, parle d’une réalité « arc-en ciel ».
Je respecte les autres religions et suis disposé à rencontrer leurs représentants. Plus gobalement, je veux me mettre au service de la paix, interpellé par le texte de saint Matthieu: « Heureux les artisans de paix, car
ils seront appelés fils de Dieu ».
Le dialogue interreligieux, n’est-ce pas pas parfois une tarte à la
crème?
Cela ne doit pas être une mode en effet, mais un engagement modeste et
tenace. A l’image de mon prédécesseur à la tête du diocèse de Saint-Denis,
le Père Guy Deroubaix. Il a agi dans ce sens, mais dans la discrétion. Particulièrement au secrétariat des relations avec l’islam (SRI). Je veux
m’inspirer de lui, d’autant plus que l’on vient de célébrer le dixième anniversaire de la rencontre d’Assise où tous les chefs des grandes religions
se sont réunis pour prier ensemble pour la paix. Cette rencontre, pour moi
est un appel.
L’Action catholique – ACO, JOC, ACE, – est très présente dans votre
diocèse: Quelles relations comptez-vous avoir avec les militants de ces
mouvements?
En Corée, j’ai beaucoup travaillé en paroisse populaire et au service
d’un laïcat en monde ouvrier. Lors de mon dernier séjour dans ce pays, en
septembre dernier, j’ai été accueilli par un jeune cheminot coréen qui a
créé un syndicat. Son action syndicale l’a d’ailleurs mené en prison. Il
sera présent samedi à Saint-Denis, lors de mon ordination épiscopale. Je
suis donc à l’aise avec l’action catholique, mais je n’en ferai pas une
priorité chronologique. Je veux découvrir et connaître tout mon peuple là
oû il vit, là où il se rassemble.
Garderez-vous un lien avec la mission?
La coopération missionnaire, c’est pour moi avant tout la coopération
des Eglises entre elles pour l’évangélisation. On ne peut être enfermé sur
soi-même. On a besoin du stimulant des autres Eglises. En Corée, j’ai ainsi
assisté aux festivités liées au 150 ème anniversaire du martyre de Kim Tae
Gon, premier prêtre coréen. Il y avait 120’000 personnes venues pour la
plupart à pied. Une mobilisation extraordinaire.
Quel est votre bilan de responsable de la Coopération missionnaire?
C’est un peu comme une symphonie inachevée. Deux ans et demi, c’est bien
court. Mon successeur aura beaucoup de travail pour changer l’image de la
coopération missionnaire, restée, selon moi, archaïque, à l’aune de son appelation « Oeuvres pontificales Missionnaires » (OPM). Nous sommes encore
perçus trop exclusivement comme un organisme dont la seule tâche serait
d’organiser une grande quête annuelle lors de la semaine missionnaire mondiale. Cette image rétrécie ne me convient pas. La coopération missionnaire, c’est bien plus: Une dimension constitutive de la vie de l’Eglise. Une
dimension qui passe par les références constantes aux autres peuples.
(apic/jcn/ba)
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