Allemagne et France: examen de santé des prêtres

A la demande des évêques français, une enquête sur la santé des prêtres pointe un état général satisfaisant. Ce travail a été soumis au directeur de l’Institut de sociologie pastorale (SPI) à Saint-Gall, Arnd Bünker, qui évoque les enquêtes similaires réalisées en Allemagne.

Pour Arnd Bünker, directeur du SPI, les enquêtes sur la santé des clercs revêtent une certaine importance pour mesurer le degré de satisfaction des prêtres dans leur ministère. Pourtant, il n’existe pas, en Suisse, d’enquête telle que celle menée en France et dont les résultats ont été publiés le 25 novembre 2020 (voir encadré).

«Peut-être que les diocèses suisses ont mené des enquêtes internes, mais nous n’en avons pas connaissance au SPI, explique Arnd Bünker.

Ce serait intéressant, car les conditions de travail et la satisfaction des prêtres varient d’une région linguistique à l’autre, avec davantage de prêtres venant de l’étranger en Suisse romande et en Suisse italienne. Dans les régions linguistiques où la proportion de prêtres étrangers est plus importante, on pourrait se demander dans quelle mesure la migration joue un rôle à cet égard».

Par contre, indique le responsable du SPI, l’Allemagne a investigué auprès de ses prêtres. Il en ressort que nombre d’entre eux ne se sentent pas bien. Les raisons de ce mal-être? La perte du statut du prêtre, la détérioration de leur image dans le public, auxquels se sont ajoutés les scandales des abus sexuels qui ont terni l’image de l’Eglise.

Le rapport au corps évolue

Par ailleurs, explique Arnd Bünker, les fusions de paroisses en Allemagne ont amené les ecclésiastiques à travailler en équipes. Ce qui peut sembler avantageux en terme de management s’est révélé difficile pour nombre de prêtres, peu habitués à œuvrer ainsi. «Pour beaucoup, la vocation sacerdotale est perçue comme un chemin solitaire, un ‘Alleingang’».

De plus, le travail en équipe renforce ce sentiment de solitude. Car «même si on travaille ensemble pendant la journée, le prêtre se retrouve souvent seul le soir, dans sa cure», précise le directeur du SPI. Et les repas en solitaire, devant la télé, favorisent le surpoids, comme le note également l’enquête française. Et dans les tranches les plus âgées du clergé, le rapport au corps n’est pas très développé, selon Arnd Bünker. Ce rapport se modifie progressivement chez les clercs plus jeunes, souvent plus sportifs que leurs devanciers.

La santé psychique, un défi

Selon l’enquête allemande, la structure psychique des prêtres révèle le côté introverti de la majorité d’entre eux. Ils se perçoivent souvent comme célibataires, en retrait du monde. Le défi, pour les séminaires, est alors de faire évoluer «l’image du garçon qui acceptera d’aller boire une bière, mais qui se retirera vite dans sa chambre».

Cette image doit donc évoluer, estime Arnd Bünker, car une coupure trop importante avec la société qui l’entoure est préjudiciable au ministère sacerdotal. S’il n’est pas «un bâtisseur de ponts», le prêtre peut devenir un ermite solitaire qui peut parfois, dans le pire des cas, sombrer dans la dépression. La question de la forme de vie de ce célibataire par vocation est clairement posée dans les enquêtes sociologiques sur le presbytérat.

Un prêtre peut aussi se demander: «Pourquoi est-ce que je fais ça?». Avec un doute sur la finalité de son action. Car la vie spirituelle d’un ecclésiastique, à côté des célébrations et de la prière des Heures, constitue ainsi un autre défi de la vie sacerdotale. (cath.ch/bl)

La France ausculte ses prêtres
«Mon curé va bien. Il s’occupe de sa santé»: telle est la conclusion du rapport sur la santé des prêtres français, réalisé à l’initiative de la Conférence des évêques. 6313 prêtres âgés de moins de 75 ans ont accepté de participé à l’enquête et 2650 réponses ont été exploitées. 93,3% des clercs se disent en bonne santé. L’enquête, réalisée de février à juin 2020, avait pour objectif de déceler les signaux de mal-être du clergé diocésain. Cette étude était une manière de manifester notre attention aux prêtres.
Beaucoup ont été touchés par cette démarche, explique Mgr Benoît Bertrand, évêque de Mende, président du comité de pilotage du rapport. Toutefois, derrière les chiffres, des points d’attention demeurent: la solitude obscurcit le moral des ecclésiastiques, 2% des répondants présentent des signes sévères d’épuisement professionnel (soit 44 prêtres). Côté charge pondérale, 43% des prêtres sont en surpoids et 20% sont obèses, ce qui les expose à des maladies chroniques. Le rapport à l’alcool pose également question dans certains cas.
Des pistes de prévention des maux pesant sur le clergé ont été prévues: lutte contre la solitude, pôle santé diocésain, médiateur en cas de difficultés avec l’autorité ou les confrères. Mais, insiste Mgr Bertrand, «la santé des prêtres est une question qui concerne l’ensemble du peuple de Dieu, pas seulement les évêques». BL

Voir : Étude sur la santé des prêtres en activité (catholique.fr) et Santé des prêtres en France: que retenir de l’étude 2020? – YouTube

Bernard Litzler

Portail catholique suisse

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