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Suisse: Création de la loterie «Environnement et Développement»: (011096)
feu vert pour PPP, l’oeuvre d’entraide protestante
Le lancement d’une nouvelle loterie nationale
ne fait pas l’unanimité chez les protestants
Lausanne, 1eroctobre (APIC) Pain pour le Prochain (PPP), le service d’entraide protestant, a reçu le feu vert pour se mêler aux cinq organisations
suisses actives dans le domaine de la protection de la nature et aux quatre
autres oeuvres de développement regroupées au sein de la Communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide, qui envisagent de créer une loterie
nationale. Les recettes de la «Loterie Environnement et Développement» permettraient aux organisateurs du futur jeu de hasard de trouver de nouveaux
moyens pour financer leurs projets.
Pain pour le Prochain (PPP), l’oeuvre de développement soutenue par les
Eglises réformées de Suisse, vient en effet de recevoir le feu vert pour
siéger dans l’association organisatrice de la nouvelle loterie. Cette participation suscite toutefois des réactions négatives dans certains milieux
protestants opposés par tradition aux jeux de hasard.
La fondation officielle de la nouvelle association porteuse du projet
«Loterie Environnement et Développement» est prévue début janvier. Mais de
nombreux obstacles devront encore être levés avant que la loterie des organisations écologistes et des oeuvres suisses d’entraide et de développement
ne soit lancée. Dans un premier temps, il s’agit pour les initiateurs du
projet d’obtenir l’autorisation des cantons, la législation en matière de
loterie étant cantonale. Autre obstacle et pas des moindres: le projet de
la future association se heurte au monopole des opérateurs de loterie. A
l’heure actuelle, ils sont trois à se partager le territoire helvétique: la
Loterie romande dans les cantons de Suisse romande, la SEVA à Berne et la
ILL en Suisse alémanique.
Les cinq organisations de défense de l’environnement (Fédération suisse
des Amis de la nature, Ligue suisse pour la protection de la nature, Société suisse pour la protection de la nature, Société suisse pour la protection de l’environnement, WWF Suisse) et les cinq organisations membres de
la Communauté de travail des oeuvres d’entraide (Swissaid, Helvetas, Action
de Carême, Caritas et Pain pour le Prochain) ont pris pour modèle une loterie qui fonctionne avec succès en Hollande depuis plus de cinq ans. Les
initiateurs du projet suisse espèrent dégager un chiffre d’affaires annuel
de l’ordre de 100 millions de francs, dont 30 millions de bénéfice seraient
affectés à des projets de développement et d’environnement.
50% du chiffre d’affaires serait redistribué, sous forme de prix, aux
joueurs et 20% affecté aux frais de fonctionnement. Cette loterie, qui se
veut différente de celles existantes, prévoit de privilégier de nombreux
gagnants plutot que de laisser à un petit nombre la possibilité d’empocher
le gros lot. Des prix en nature pourraient également être proposés, tels
que la visite d’un projet de développement à l’étranger ou un séjour dans
une cabane appartenant à une association de défense de la nature.
Réticences protestantes
La semaine dernière, le Conseil suisse «Terre Nouvelle», comité directeur récemment créé pour chapeauter les oeuvres protestantes d’entraide et
de développement, a autorisé Pain pour le Prochain à devenir membre fondateur de l’association de la future Loterie Environnement et Développement.
Cette décision n’a cependant pas fait l’unanimité au sein de l’organe directeur. Ainsi des représentants de petites et moyennes oeuvres, membres du
Conseil suisse des missions évangéliques (CSME) et bénéficiaires des appels
de fonds de PPP, ont fait valoir leur opposition. Selon eux, la fin ne justifie pas tous les moyens. «Est-ce vraiment le rôle des Eglises, des missions, d’encourager la passion du jeu, la recherche du profit immédiat – et
d’en tirer bénéfice?», peut-on lire dans un mémorandum reflétant la position des oeuvres et missions consultées.
Le mandat de PPP, consistant à rechercher des fonds à l’extérieur de son
marché habituel ne doit pas se faire à n’importe quel prix et pas au prix
de son âme, estiment les membres interrogés. Ceux-ci craignent qu’en adhérant à l’association, «PPP ne perde à la fois son image, sa réputation et
sa crédibilité». Les opposants au projet «craignent aussi que le moyen ’facile de la loterie ne concurrence sérieusement les campagnes dans les Eglises». La plupart se sont même déclarés prets à recevoir moins d’argent de
la part de PPP, si l’oeuvre protestante devait renoncer à participer au
projet.
Ethiquement correct
A la demande de PPP, le professeur Hans-Balz Peter de l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Eglises protestante de Suisse (FEPS) a mené une réflexion sur la question du financement de projets d’aide au développement et à l’environnement par le biais d’une loterie. Dans ses conclusions, le professeur Hans-Balz Peter estime qu’une loterie peut être considérée comme «un instrument financier éthiquement légitime». Si elle est
«quasiment neutre» du point de vue éthique, une loterie mise sur pied par
des organisations de développement ou de défense de l’environnement ne constitue pas pour autant un outil permettant une meilleure information ni une
meilleure sensibilisation du public. «Le lien entre la fin et les moyens
n’aura pas d’effet motivant pour les joueurs, sauf si on arrive à attirer
d’autres personnes pour lesquelles les objectifs de l’oeuvre serviront à
dépasser la prévention contre les jeux de hasard», précise le professeur
Peter.
Bénéficiaires suisses
Interrogé par le Service de presse protestant à Lausanne (SPP), Philippe
Maillard, directeur de la Loterie romande à Lausanne, ne voit pas d’un bon
oeil l’arrivée d’un nouvel opérateur de loterie sur le marché suisse. «A
trop échauffer le secteur des jeux, on risque de voir le public s’en détourner. On court aussi le risque d’une interdiction généralisée. Tous les
150 ans environ, on passe d’une phase de libéralisation totale des loteries
à une interdiction généralisée», explique Ph. Maillard. Le gâteau à se partager n’est pas extensible à volonté, estime par ailleurs le directeur de
la Loterie romande. Si traditionnellement, les joueurs se recrutent dans
les couches modestes de la population, on assiste, la crise s’installant, à
un glissement vers d’autres catégories, ainsi qu’en atteste l’augmentation
du chiffre d’affaires de la Loterie romande.
«Les joueurs sont des personnes insérées; dès que l’on est chômeur on
joue moins», précise Philippe Maillard. «Le monopole se justifie parce
qu’il est d’intéret public», estime-t-il. Les bénéfices réalisés par la Loterie romande sont redistribués à des institutions d’utilité publique. Mais
seuls des bénéficiaires oeuvrant en Suisse dans le domaine social ou culturel peuvent prétendre à la manne. Leur liste est établie par des organismes
indépendants des opérateurs. (apic/spp/pr)
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