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Mexique:Don Samuel Ruiz Garcia, l’évêque médiateur (291196)
dans le conflit du Chiapas, reçu par Flavio Cotti
La « guerre de basse intensité » se poursuit dans le Nord Chiapas
Berne, 29novembre (APIC) Berne a assuré Don Samuel Ruiz Garcia, l’évêque
médiateur dans le conflit du Chiapas, du soutien de la Suisse en faveur du
processus de paix au Mexique, où les négociations entre les insurgés zapatistes et le gouvernement se sont enlisées. L’ »évêque des Indiens » a été
reçu vendredi à Berne par le conseiller fédéral Flavio Cotti, chef du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) et par l’ambassadeur Armin
Ritz, chef de la Division politique III au DFAE.
Figure marquante de l’Eglise du Mexique et du continent latino-américain, Don Samuel Ruiz Garcia préside depuis deux ans la Commission nationale de médiation (CONAI) entre les insurgés de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et le gouvernement mexicain. Son objectif: atteindre
une paix durable, juste et digne, au Mexique.
Flavio Cotti avait déjà reçu le président de la CONAI au début de l’année. Accompagné du secrétaire exécutif de la CONAI, Miguel Alvarez Gandara,
Don Samuel était également en Suisse pour mettre sur pied une délégation
oecuménique qui visitera son diocèse durant la semaine de Pâques. Une telle
délégation devrait renforcer la position de la « société civile » mexicaine,
dont la capacité de mobilisation est déterminante pour le processus de démocratisation du pays. déstabilisé par une politique néo-libérale imposée.
Aujourd’hui, notent les deux médiateurs mexicains, malgré les progrès
apportés par la négociation de la 1ère « Table ronde », la réconciliation n’a
pas encore commencé; on assiste au contraire à une polarisation croissante.
Chaque semaine des morts causés par les groupes paramilitaires
Mgr Samuel Ruiz, l’évêque de San Cristobal de las Casas, a déclaré vendredi à l’agence APIC que la « guerre de basse intensité » se poursuit dans
le Nord Chiapas. « Chaque semaine, dans la région des Indiens Cho’les, il y
un ou deux morts; on assassine des responsables de l’opposition, des cadres
de la société civile organisée, mais il n’y a pas de véritables affrontements armés ».
Suite aux conflits entre différentes communautés indigènes manipulées
par des grands éleveurs et des potentats locaux du PRI, le parti au pouvoir
au Mexique, de nombreuses maisons ont été détruites par des groupes paramilitaires, causant le déplacement de plus de 5’000 personnes, qui commencent
à retourner dans leurs villages, notamment grâce à l’aide de l’Eglise et de
groupes oecuméniques.
« Camouflage religieux »
Pour l’évêque du Chiapas, le travail de la délégation oecuménique européenne qui se rendra au Chiapas l’an prochain sera extrêmement important
pour montrer que les affrontements fratricides entre les communautés indigènes sont d’ordre politique et non religieux. « Le groupe paramilitaire
’Paz y Justicia’, fondé l’an dernier par des gens liés au PRI, est manipulé
par les corps de sécurité, et l’on tente de faire passer les attaques pour
des conflits religieux dans le but de camoufler les vraies oppositions, qui
sont politiques ».
Le pouvoir cherche à accréditer cette idée, parce qu’on retrouve des
protestants du côté des groupes paramilitaires et que les personnes visées,
souvent membres du parti d’opposition PRD, mais assimilées dans un même
amalgame aux sympathisants zapatistes, sont catholiques.
Les attentats commis en toute impunité par « Paz y Justicia », un groupe
soutenu en sous-main voire ouvertement par l’armée et le pouvoir, visent à
diviser la population indigène et à générer une situation d’instabilité. Le
but est de réintroduire l’armée dans certaines zones, en faisant passer la
prise de contrôle de ces régions pour une action pacificatrice.
Très engagé comme président de la CONAI dans les négociations entre les
insurgés zapatistes de l’EZLN et le gouvernement, Don Samuel estime urgent
de relancer le processus de réconciliation. La paix, insiste-t-il – qui
n’est pas que la cessation des combats au Chiapas, d’autres foyers de lutte
armée étant apparus, notamment dans l’Etat de Guerrero – est une tâche
d’ampleur nationale, liée à la démocratisation, au développement, à la lutte pour la justice et les droits de l’homme dans tout le Mexique. (apic/be)
Encadré
Bien avant que l’insurrection du Chiapas en janvier 1994 ne le fasse connaître au niveau mondial – des campagnes internationales ont milité pour sa
candidature au Prix Nobel de la paix – l’évêque de San Cristobal de las Casas avait acquis une réputation de prophète. Nommé évêque par le pape Jean
XXIII en 1959, Don Samuel avait à l’époque à peine 35 ans. Formé dans le
carcan traditionnel – il obtint ses diplômes en théologie et en Ecriture
sainte à l’Université grégorienne et à l’Institut biblique pontifical à Rome, rien ne le prédestinait à devenir l’ »évêque des Indiens » du Chiapas.
Sauf la rencontre – à cheval, sur les chemins de la montagne – avec la réalité de la misère qui marque son diocèse, en majorité peuplé d’indigènes
descendant des Mayas.
Agé aujourd’hui de 72 ans, « Tatic Samuel » (grand-père Samuel, comme
l’appellent affectueusement les Indiens du Chiapas), a depuis longtemps une
aura de prophète parmi les laissés-pour-compte du « développement » mexicain.
Dans les années 60, Don Samuel ne tergiverse pas pour appliquer les enseignements du Concile Vatican II, ce qui lui permet de dépasser son
premier « indigénisme paternaliste » où l’Indien était l’objet de l’action
pastorale.
L’évêque de San Cristobal de las Casas participe dès lors à l’émergence
d’une nouvelle conscience épiscopale latino-américaine qui s’exprimera à
l’occasion de la grande rencontre de Medellin. Très vite, il construit des
bases pastorales et théologiques solides à partir de la revalorisation des
cultures autochtones d’origine « maya ». Une conversion face à la réalité de
la misère de la majorité indigène marginalisée, confrontée au bastion des
propriétaires terriens, marchands de bois et planteurs de café. (apic/be)
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