Sordide histoire d’abus sexuels dans un foyer du diocèse de Spire

Un scandale secoue depuis une semaine le diocèse de Speyer (Spire), dans le Land de Rhénanie-Palatinat : dans les années 1960-1970, un ancien vicaire général et official de ce diocèse allemand a commis des abus sexuels dans un foyer pour enfants dirigé par les sœurs de Niederbronn.

Les religieuses, accusées de complicité, se défendent mais se déclarent solidaires des victimes.

Le 10 décembre 2020, Mgr Karl-Heinz Wiesemann, évêque de Spire, a rendu publiques, dans le journal de l’Eglise «Der Pilger», de graves allégations d’abus contre le prélat Rudolf Motzenbäcker, ancien vicaire général du diocèse, décédé en 1998.

Des accusations crédibles

Mgr Wiesemann considère que les accusations portées contre ce prêtre sont crédibles. Les déclarations de la victime ont été corroborées par une expertise psychologique et une expertise psychiatrique. L’ecclésiastique aurait gravement abusé de plusieurs enfants entre 1963 et 1975. L’une des victimes, âgée aujourd’hui de 63 ans, a pu obtenir cette année une indemnisation de 15’000 euros dans le cadre de la procédure menée par le Tribunal social de Darmstadt.

Le diocèse de Spire estime également que la victime a subi de graves abus dans son enfance, lorsqu’elle était sous la garde du foyer pour enfants d’une fondation diocésaine. Le diocèse lui a versé des prestations en reconnaissance de sa souffrance et a pris en charge ses frais de thérapie.

Un foyer pour enfants dépendant du diocèse

Le prélat abuseur a vécu de 1963 à 1972 dans le foyer pour enfants qui était à l’époque sous le parrainage de la fondation de la paroisse de la cathédrale à Spire. Les sœurs de Niederbronn, ou Sœurs du Très Saint Sauveur, ont été actives dans cette maison de 1852 à 1995.

Outre l’accusation d’abus multiple commis par Rudolf Motzenbäcker, la victime a porté diverses accusations contre les sœurs en général, également citées dans un jugement de la Cour sociale de Darmstadt prononcé en juin 2020. En raison des abus subis, la victime a reçu une indemnité.

Un prélat félon

Le plus sordide, selon les déclarations de la victime, qui ont été jugées crédibles, est que Rudolf Motzenbäcker avait également organisé des réunions au cours desquelles des viols collectifs avaient eu lieu. La victime a vécu dans un foyer pour enfants dirigé par les sœurs de Niederbronn de 1963 à 1972. Il a déclaré au tribunal que des religieuses avaient fourni des enfants du foyer à des abuseurs en échange d’argent. La Cour sociale a considéré que l’ensemble de ses déclarations étaient crédibles.

Mais dans une prise de position publiée à Nuremberg, Sœur Barbara Geissinger, supérieure provinciale des Sœurs du Très Saint Sauveur, une congrégation fondée en 1849 par l’Alsacienne Elisabeth Eppinger (Niederbronn 1814-1867) émet des réserves concernant certaines des allégations que la victime a émis dans le cadre de la procédure judiciaire et qui sont répercutées actuellement.

Les Sœurs du Très Saint Sauveur questionnent

Sœur Geissinger, depuis avril 2020 seulement à la tête de la congrégation, a tout d’abord exprimé «sa gratitude pour l’ouverture montrée par les victimes d’abus. « Nous avons besoin de leur soutien courageux pour résoudre ces cas afin de pouvoir faire la meilleure prévention possible». Elle affirme vouloir ne rien enjoliver.

Si elle relève que la victime a subi «des expériences douloureuses d’abus», la religieuse déclare cependant que pour certains détails, « nous ne disposons d’aucune preuve à ce sujet et ceux-ci n’ont pu être confirmés ni par un entretien avec les sœurs ni par le ministère public ».

Des allégations non confirmées

Lors de conversations avec un témoin contemporain encore en vie, ces allégations n’ont pas pu être confirmées. Il s’agit, par exemple, de rapports concernant des réunions sexuelles avec la participation de prêtres, de dignitaires et d’hommes politiques, de viols collectifs et de prostitution présumée d’enfants par des sœurs, ainsi que de la découverte d’un enfant du foyer assassiné et de sa disparition ultérieure, souligne la supérieure provinciale.

Concernant la disparition présumée d’un enfant du foyer, assure la provinciale, le Ministère public aurait certainement ouvert une enquête immédiate dans le cas d’un décès qui pourrait être lié à un meurtre. Et de remarquer que « nous sommes maintenant limités dans notre recherche d’éclaircissements sur des incidents survenus il y a plus de 50 ans, notamment parce que les dossiers du foyer d’enfants ne sont pas chez nous ».

Les dossiers de l’époque sont au diocèse

Sœur Geissinger suppose que seul le diocèse de Spire peut encore avoir des dossiers de cette époque, puisque la fondation de la paroisse de la cathédrale de Spire lui appartient. C’est elle qui était responsable du foyer pour enfants à l’époque. « Il est pour nous incompréhensible que les actes les plus cruels allégués et leurs conséquences n’aient pas été remarqués et dénoncés par les sœurs, par les employés du foyer ou par le personnel enseignant des écoles que les enfants fréquentaient ».

Ainsi, note-t-elle, l’école ou le bureau d’aide sociale à la jeunesse auraient également dû remarquer les abus, et encore davantage l’absence d’un enfant. Sœur Barbara Geissinger a encore annoncé la mise en place d’une commission indépendante et assuré que sa congrégation coopérerait pleinement avec le diocèse de Spire dans le cadre de cette affaire. 

De nouvelles dépositions

Depuis la publication de l’interview de Mgr Wiesemann dans le journal «Der Pilger», trois nouvelles personnes se sont présentées aux commissaires indépendants enquêtant sur les abus dans le diocèse. Il s’agit de personnes qui ne font pas elles-mêmes partie des victimes, mais qui ont été proches des événements survenus dans le foyer pour enfants de l’Engelsgasse à Spire. Elles sont susceptibles de fournir des informations complémentaires. (cath/be)

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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