En 2020, le pape François a fait le ménage et les comptes

Le Motu proprio publié le 28 décembre est la dernière pièce en date d’une grande opération de réforme économique et financière qui a occupé le pape François pendant toute l’année 2020. «La crise est une occasion idéale pour réformer l’Église», déclarait-il à la Curie le 21 décembre, qui, pris dans la tempête du coronavirus, en a opportunément profité pour colmater quelques trous dans la barque vaticane.

À la fin de l’année 2019, le scandale de l’immeuble de Londres, une affaire financière encore en cours d’élucidation, avait profondément discrédité le Saint-Siège. De nombreux hauts responsables de la sphère économique du Saint-Siège avaient été mis à la porte. Pire, l’engagement indirect du Denier de Saint-Pierre – et donc des dons des fidèles – dans l’opération suspecte mettait en péril la crédibilité de l’institution centrale de l’Église catholique, souvent jugée peu transparente et trop archaïque dans sa gestion des questions économiques et financières.

Presque un an plus tard, le 28 décembre 2020, le pape publie un Motu proprio (décision prise par le pape de sa propre initiative) qui apporte une touche de plus à une grande entreprise de rénovation des structures économiques et financières du Saint-Siège. Le pape François, conscient du chemin accompli, décrit l’opération comme un «point fondamental de la réforme de la Curie».

Les étapes préparatoires de la réforme

Les grandes manœuvres ont commencé en avril dernier, peu après le début de la crise sanitaire, par la nomination d’un banquier et économiste italien, Giuseppe Schlitzer, comme nouveau directeur de l’Autorité d’Information financière (AIF). L’AIF, institution de vigilance financière du Vatican, avait été marquée à l’automne 2019 par le départ soudain de son précédent chef, le Fribourgeois René Brülhart, compromis dans l’affaire de Londres.

Une affaire loin d’être résolue: le 1er mai, le pape suspendait «par mesure de précaution» cinq employés impliqués dans l’affaire financière, afin de permettre à la justice du Vatican de faire progresser son enquête. Cette dernière connaît d’ailleurs ses premières avancées significatives en juin avec notamment l’arrestation du courtier Gianluigi Torzi.

De plus, à la mi-mai, le pape François avait fermé neuf holdings basées en Suisse qui géraient le portefeuille financier du Saint-Siège, notamment de nombreux biens immobiliers. Le 20 mai, il transférait le contrôle du Centre de traitement des données de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA) au Secrétariat pour l’économie, première mise en lumière du rôle de surveillance que le pontife va confier progressivement au Père jésuite Juan Antonio Guerrero, nommé à la fin de l’année 2019. Mais il s’agit surtout du premier acte du plan de réforme économique et financière du plus petit d’État du monde.

Centralisation et transparence

Le 1er juin, le pape François promulgue une nouvelle loi qui s’attaque à l’épineuse question des marchés publics au sein de la Curie et de l’État du Vatican. Toutes les procédures sont centralisées au sein de l’ANSA. Désormais, un appel d’offre se doit d’être transparent, ouvert à la concurrence, et soumis à un cahier des charges limitant drastiquement les risques de blanchiment d’argent ou de conflit d’intérêts.

Le 18 août, le président du Gouvernorat du Vatican, le cardinal Giuseppe Bertello, publie une ordonnance obligeant les organisations du Saint-Siège à reporter tous les mouvement financiers de capitaux suspects à l’AIF, le gendarme financier du Vatican. L’institution a officialisé cette nouvelle fonction en décembre lorsque le pape François a décidé de renommer l’AIF «Autorité de surveillance et d’information financières» (ASIF).

En septembre, coup de tonnerre, le cardinal Angelo Becciu, ancien substitut nommé en 2019 à la tête de la Congrégation pour les causes des saints, est limogé par le pape François sans aucune explication officielle. Sa présence à la tête de la très puissante Première section au début de l’affaire de Londres, ainsi que de nombreuses révélations de la presse italienne, laisse beaucoup d’analystes spéculer sur la potentielle incompétence ou malhonnêteté qui pourrait lui avoir été reproché par le pape dans cette affaire, sans qu’aucune preuve n’apparaisse pour autant. Une enquête, menée par la justice vaticane, est actuellement en cours.

La fin du règne sans partage de la Première section

Le 8 octobre, le pape François recevait les experts de Moneyval – l’institution anti-blanchiment d’argent de l’Union européenne – et leur assurait de sa volonté de nettoyer les finances du Saint-Siège. L’entité européenne venait de réaliser un important audit pendant la moitié du mois de septembre, dont les résultats doivent être publiés en avril 2021.

Trois jours auparavant, le Vatican avait précédé sa parole par des actes en instituant une commission des affaires réservées, en charge du fonds pour les affaires sensibles de la Secrétairerie d’État. En encadrant par un «conseil de sages» la caisse noire de l’administration centrale du Saint-Siège, le pontife ouvrait la porte au transfert des autres fonds, beaucoup plus importants, que la Première section de l’entité gérait jusqu’alors.

La démarche, initiée à la fin du mois d’août, est officialisée le 5 novembre par la création d’une nouvelle commission temporaire qui doit accompagner le transfert des fonds et prérogatives de la Première section de la Secrétairerie d’État – dont le Denier de Saint-Pierre – vers l’APSA (pour la gestion) et le Secrétariat pour l’économie (pour le contrôle). Chose faite le 28 décembre lorsque le pape par un Motu proprio sépare donc officiellement les fonctions de surveillance et d’administration des finances du Saint-Siège, et assure désormais une transparence générale sur la gestion des dons.

Un réforme bienvenue pour les caisses du Saint-Siège

En 2020, le Vatican accuse un déficit de 60 millions d’euros, somme considérable pour un État qui vit essentiellement de ses rentes et ses dons. Ce d’autant plus que la situation devrait être nettement aggravée, selon tous les responsables des institutions économiques du Saint-Siège, par la crise financière – notamment concernant les fonds de pension – qui menace le monde entier.

Le Saint-Siège dépend de plus des contributions des diocèses qui eux-mêmes devraient avoir une grande difficulté à faire face à la chute drastique des revenus des quêtes et du Denier de Saint-Pierre pendant toute l’année et en particulier pendant les périodes de confinement.

Un seul point positif pour les caisses pontificales: le pape, en 2020, n’a pas quitté l’Italie. Il ne s’est pas rendu, comme c’était prévu à l’origine, au Timor Oriental, en Indonésie, à Malte ou encore dans les Balkans. C’est de l’argent économisé mais surtout du temps libéré, et, semble-t-il, un temps employé par le pontife à mettre en ordre les comptes du Saint-Siège et à faire le ménage dans son État du Vatican. (cath.ch/imedia/cd/rz)

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