raison affective affirme-t-il, dans une courte biographie, intitulee «Don
et mystere» presentee le 15 novembre a Rome, et a paraitre le 21 novembre
en francais (co-edition : Bayard-Cerf-Mame-Tequi), mais c’est parce que
Karol Wojtyla se destinait a une carriere theatrale que la seconde guerre
mondiale est venue interrompre.
?Ce livre de 110 pages, accompagne de representation polonaise d’aquarelle
a l’encre noire du peintre polonais Stanislaw Sobolewski, est destine a
tous les pretres mais aussi «a tout le peuple de Dieu», comme Mgr
Crescenzio Sepe, de la Congregation pour le Clerge, l’a affirme en le
presentant a la presse.
?Mgr Sepe ajoute que Jean-Paul II a d’abord refuse d’ecrire ce livre, ne
voulant pas se laisser aller a une autobiographie. Mais, devant
l’insistance de ses services, qui avait beaucoup apprecie le temoignage
personnel et orale du pape sur son experience de pretre, donne le 27
octobre 1995, lors de l’anniversaire du decret conciliaire «Presbyterorum
ordinis», Jean-Paul II s’est finalement laisse convaincre.
?Le pape espere que l’histoire de son experience, puisse etre utile et
puisse confirmer l’experience d’autres pretres. Dans ce livre, le pape
s’adresse ainsi a tous les pretres qui «vivent une periode de difficulte,
ou de crise de leur vocation.» «Je voudrais» ajoute-t-il, que «mon
temoignage personnel puisse vous aider et vous inviter a la fidelite.» Mgr
Sepe ajoute : «Je suis sur, qúavec ce livre, beaucoup de jeunes pourront
connaitre l’appel de Dieu.»
?L’ouvrage se divise en dix chapitres, articules en deux parties : la
premiere est le recit autobiographique de sa jeunesse jusqúa l’appel de sa
vocation. La seconde partie est plutot une meditation sur l’identite du
pretre dans le monde d’aujourd’hui. Jean-Paul II, selon Mgr Sepe, l’a ecrit
entre juillet et septembre 1996 dans sa langue natale, le polonais.
??Ainsi, dans la premiere partie, le pape raconte son experience «la plus
intime» et, en particulier, le fait que sa vocation ait un peu tarde. Il
explique : «Certains auront sans doute suppose, que si un jeune marque par
des inclinations religieuses aussi claires, n’entrait pas au seminaire,
c’est parce que d’autres amours, ou predilections, etaient en jeu. De fait,
j’avais a l’ecole beaucoup de collegues. Engage comme je l’etais dans le
groupe de theatre scolaire, j’avais des possibilites variees de rencontres
avec des garcons et des filles. Toutefois, le probleme n’etait pas celui
la. Pendant cette periode, j’etais surtout pris par la passion de la
litterature, en particulier dramatique et pour le theatre.»
?Dans ce recit, Jean-Paul II choisit de «s’abandonner avec liberte au fil
des souvenirs, sans intention documentaire». Il ne cache d’ailleurs pas ses
emotions. Par exemple, celle de surprendre son pere, veuf, en priere
pendant la nuit. Ou encore, le souvenir, presque physique qui a marque
«toute son existence sacerdotale» : la prostration le jour de l’ordination.
On apprend egalement que son habitude de baiser le sol quand il arrive dans
un pays, lui vient de l’exemple de Saint Jean-Marie Vianney, geste qúil
avait accompli quand il est arrive dans sa premiere paroisse, a Niegowic.
?Le pape raconte egalement ses souvenirs d’ouvrier dans les mines de la
societe Solvay, ou il s’etait engage pour «eviter la deportation en travail
obligatoire en Allemagne». Il se souvient de la mort accidentelle, sous ses
yeux, d’un ouvrier. Une experience «non pas de pretre ouvrier, mais de
seminariste ouvrier» qui lui a donne une grande proximite avec le monde
ouvrier : «J’ai su ce que fatigue physique voulait dire (…). J’ai connu
l’ambiance de ce milieu, les familles, les centres d’interets, la valeur
humaine et la dignite» des ouvriers.
?Puis, tres vite arrive la terreur de la guerre. Un ami seminariste
clandestin qúil voit souvent a la messe du matin, disparait, enleve par la
Gestapo. Une periode «d’apocalypse» dont le jeune Wojtyla sort indemne mais
avec la conscience d’avoir ete preserve «par la Providence» et dont il tire
egalement «une dette» vis-a-vis des milliers de victimes qui se sont
sacrifiees «sur le grand autel de l’histoire et qui ont contribue a la
realisation de ma vocation sacerdotale.»
?Une vocation sacerdotale dont l’histoire est «surtout connue de Dieu».
Jean-Paul II reconnait toutefois que les evenements dramatiques de la
guerre l’ont «eloigne progressivement de ses projets precedents», a savoir
le theatre. «Dans le meme temps, une lumiere se manifestait de plus en plus
: le Seigneur voulait que je devienne pretre. Je l’ai percu un jour avec
une grande clarte.»
?Il raconte ensuite ses premiers pas a Rome, la vision de Pie XII sur la
chaise a porteur et la dramatique existence de l’Eglise polonaise, marquee
par deux totalitarismes, «le regime naziste» et la «dictature communiste» :
«J’ai pu les connaitre pour ainsi dire de l’interieur. Il est donc facile
de comprendre ma sensibilite pour la dignite de toute personne humaine, et
pour le respect de ses droits, a commencer par le droit a la vie».
?La seconde partie de l’ouvrage est une meditation plus theologique et
spirituelle, sur l’identite du pretre. On apprend, par exemple, que tres
jeune, Karol Wojtyla, a eu une grande devotion mariale et qúil porte le
scapulaire de la Vierge du Carmel, depuis l’age de 10 ans. Mais, il raconte
qúun jour, il pensa peut-etre trop accorder de place a ce culte marial, par
rapport a celui du Christ : «Je mis en discussion mon culte, pour Marie, en
pensant que ce culte, trop developpe, finirait par compromettre la
suprematie du culte du au Christ». Mais ce doute fut rapidement dissipe par
la lecture de Saint Louis Marie Grignon de Montfort, qui mit fin a cette
contradiction.
?Jean-Paul II, s’etend enfin longuement sur la place centrale de
l’Eucharistie dans sa vocation et dans sa vie de pretre, sans doute «la
motivation la plus profonde de la vocation sacerdotale». Il ajoute un peu
plus loin : «Celebrer l’Eucharistie, est la fonction la plus sublime et la
plus sacree de tout pretre. Et pour moi, des les premieres annees de
sacerdoce, la celebration de l’Eucharistie a ete non seulement le devoir le
plus sacre,, mais surtout le plus profond de l’ame.»
?Dans cette ligne, le pape estime que «le monde reclame aujourd’hui de
saints pretres» avec cette phrase qui resume parfaitement l’ensemble des
passages consacres a l’identite du pretre : «Aujourd’hui, une ne priorite
indubitable est constituee par l’attention preferentielle pour les pauvres,
pour les exclus et pour les immigres. Pour eux, le pretre doit vraiment
etre un pere. Les moyens materiels sont certes indispensables, comme ceux
qui sont offerts par la technologie moderne. Toutefois, le secret reside
toujours dans la saintete du pretre qui s’exprime par la priere et par la
meditation, par l’esprit de sacrifice, et par l’ardeur missionnaire. Quand
je repense a mes annees de service pastoral, comme pretre, comme eveque, je
suis de plus en plus convaincu que cela est vrai et fondamental».
(Encadre possible)?A Rome, le pape se souvient en particulier de son
passage au College Belge qúil remercie chaudement " Je ne peux pas conclure
ces considerations sans exprimer un salut cordial de remerciements a tous
ceux du College Belge de Rome, aux superieurs et aux compagnons de cette
epoque (…) dont le Recteur, P. Maximilien De Furtsenberg, devenu ensuite
cardinal. Comment ne pas me souvenir que durant le conclave, en 1978, le
Cardinal De Furstenberg, me glissa cette phrase significative : «Dominus
adest et vocat te?». C’etait comme un mysterieux complement du travail de
formation qúil avait accompli en faveur de mon sacerdoce comme Recteur du
College Belge».
?Le pape se souvient egalement de son passage en Belgique ou il passait «la
plus grande partie» de ses vacances d’ete. En septembre, il avait la charge
de la «mission catholique polonaise», parmi les mineurs pres de Charleroi.
«Ce fut une experience tres fructueuse» ecrit le pape. Je visitai pour la
premiere fois une mine de charbon et j’ai pu voir de pres le lourd travail
des mineurs. Je visitais les familles des emigres polonais, je parlais avec
eux, je rencontrais des jeunes et les enfants, toujours bien accueilli,
avec bienveillance et cordialite, comme quand je travaillais a Solvay».
?Jean-Paul II revient encore une fois sur ce que le college Belge a pu lui
apporte : «Mon sacerdoce,et ma formation theologique et pastorale s’est
inscrite des le debut dans l’experience romaine. Les deux annees d’etudes,
terminees en 1948, par le doctorat, furent des annees ou j’ai «appris Rome»
de facon intense. Le College Belge contribua a enraciner mon sacerdoce,
jour apres jour, dans l’experience de la capitale du Christianisme. Il me
donna l’occasion d’entrer en contact avec certaines formes de l’avant
guarde de l’apostolat, qui en cette periode, se developpaient dans
l’Eglise. Je pense en particulier a la rencontre avec le Pere Jozef
Cardjin, createur de la JOC et futur cardinal, qui venait regulierement au
College pour nous rencontrer, pretres et etudiants, et pour parler de cette
experience humaine particuliere qúest le travail physique» Fin possible
encadre
S
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/si-la-vocation-sacerdotale-de-jean-paul-ii-a-tarde-ce-n-est-pas-pour-une/