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Rome: Le pape ouvre le Sommet mondial de l’alimentation (131196)

Pour que cesse l’insupportable contraste entre la misère et la richesse

Rome, 13novembre (APIC) Le pape Jean Paul II a inauguré mercredi à Rome le

Sommet mondial de l’alimentation de la FAO, mis sur pied du 13 au 17 novembre par l’ONU. Premier orateur de ce Sommet, le pape, devant quelque 200

représentants de gouvernements, a abordé le thème de la malnutrition dans

son ensemble, qualifiant d’insupportable le contraste entre la misère et la

richesse.

Lors de l’audience du mercredi, le pape a d’emblée mis le doigt sur

l’une des priorités du moment, parmi tant d’autres: les Grand Lacs, où, at-il dit, aucun prétexte ne peut justifier un nouveau retard de l’aide humanitaire.

«Aucune incertitude, aucun prétexte, aucun calcul ne pourront jamais

justifier un nouveau retard de l’assistance humanitaire», a en effet déclaré Jean-Paul II aux pèlerins du mercredi, en lançant un nouvel appel en faveur des réfugiés rwandais et burundais et des populations zaïroises du Kivu, «victimes de la logique inhumaine des conflits interethnique».

Ce drame, a confié le pape, est constamment présent à son esprit: «Comment peut-on rester indifférent à des personnes qui sont dans une situation

extrême alors qu’elles pourraient bénéficier de vivres et de médicaments,

de première nécessité, amassés en grande quantité à peu de distance?»

Curieusement, Jean-Paul II n’a pas choisi, pour lancer cet appel, la

tribune de la FAO où il a inauguré en début de matinée le Sommet Mondial de

l’Alimentation, mais la tribune de la salle Paul VI, au Vatican.

Les affamés et les autres…

Au siège de la FAO, Jean-Paul II a choisi d’aborder devant deux cents

représentants de gouvernements le problème de la malnutrition dans son ensemble, thème du sommet. Il a été le premier à prendre la parole, pendant

30 minutes, suivi du Président italien Scalfaro.

Le pape a immédiatement qualifié d’»insupportable» le «contraste entre

la pauvreté et la richesse». Il a confirmé les encouragements de l’Eglise

pour une telle réunion afin qu’il n’y ait plus, côte à côte, des personnes

affamées et d’autres qui vivent dans l’opulence.

Les solutions techniques ne sont pas de son ressort, a admis le pape,

l’Eglise se doit cependant de rappeler l’urgence de changer les mentalités

et les habitudes concernant les modes de vie et les rapports aux ressources

et aux biens, ainsi que d’éduquer à l’attention au prochain et à ses besoins légitimes. Mais rien ne changera, a-t-il souligné, si les responsables des nations ne mettent pas en oeuvre des politiques économiques et

alimentaires fondées non seulement sur le profit mais aussi sur le partage

solidaire.

Surpopulation: un sophisme

Jean-Paul II a insisté aussitôt sur un autre aspect: la démographie. «Il

faut, a-t-il répété, sortir du sophisme qui consiste à affirmer qu’être

nombreux, c’est se condamner à être pauvres».

Dans l’esprit de Jean-Paul II, il convient plutôt de s’attaquer à des

causes directes de «l’insécurité alimentaire», comme les conflits de toutes

sortes qui ravagent les pays; le poids parfois étouffant de la dette internationale; les réfugiés qui sont contraints de quitter leur terre, ainsi

que les populations victimes d’embargos imposés sans discernement suffisant, a-t-il énuméré.

Pour une éthique de la solidarité Jean-Paul II a alors proposé que des

choix soient opérés d’urgence dans «les sommes employées pour l’armement ou

les dépenses superflues habituellement pratiquées dans les pays les plus

développées», afin de dégager des moyens pour «garantir dans la plupart des

pays la sécurité alimentaire, facteur de paix». Cette sécurité, selon le

pape, ne consiste pas à amasser d’importantes réserves alimentaires, mais

surtout à donner à chacun et à chaque famille la possibilité de disposer à

tout moment d’une nourriture suffisante.

Enfin, Jean-Paul II a voulu dire aux chefs d’Etats que les mesures techniques pour résoudre le problème de la faim ont un effet limité sans un

souffle plus grand: «Tout cela serait certainement insuffisant si ne venaient s’y ajouter des efforts au service de l’éducation des personnes à la

justice, à la solidarité et à l’amour de tout homme, qui est un frère.

(…) La sécurité alimentaire sera le fruit de décisions inspirées par une

éthique de la solidarité et non seulement le résultat d’opérations d’entraide».

En dernier lieu, le pape a réitéré la proposition contenue dans sa lettre «Tertio millenio adveniente» (A l’aube du troisième millénaire), à savoir une réduction importante, voire un effacement total de la dette internationale qui pèse sur le destin de nombreuses pays.

Le pape prie pour Cuba

En marge de l’intervention, les observateurs se demandent si Fidel Castro, qui figure sur la liste des personnalités attendues au Sommet de la

FAO, sera reçu par Jean-Paul II. Au Vatican, on continue d’affirmer que la

FAO n’a pas encore confirmé la présence du «Leader Maximo» et qu’aucune demande d’audience de sa part n’a été formulée.

En attendant, le pape a salué à l’audience générale un groupe d’une

soixantaine de pèlerins cubains venus de Miami en Floride. Ils étaient porteurs d’une pièce de tissu – un drap de lit – représentant une Vierge surmontée des mots «Paix, Amour, Liberté et Démocratie» et encadrée par des

inscriptions, à même le drap, de 96 prisonniers politiques cubains dont le

groupe exhibait des photos avec une grande dignité, ainsi que des drapeaux

cubains. A une représentante de ce groupe, Diana Santana, qui lui a offert

la pièce de tissu, le pape a dit: «Je prie chaque jour pour Cuba». (apicimed/pr)

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