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APIC – Eclairage
Zaïre: La dernière lettre de l’archevêque assassiné de Bukavu (121196)
Appel à la résistance
Bukavu/Bruxelles, 10novembre (APIC) Deux jours avant son assassinat, le 29
octobre dernier, Mgr Christophe Mzee Munzihirwa Mwene Ngabo, archevêque de
Bukavu, à l’est du Zaïre, écrivait à ses diocésains une dernière lettre
pour les inciter à la résistance. Il désignait clairement l’»ennemi», à savoir les nouveaux maîtres de cette région du Kivu. Divers observateurs attribuent à ces derniers l’exécution de l’archevêque de Bukavu.
Trois jours avant sa mort, le 26 octobre dernier, l’archevêque qui était
aussi modérateur du Mouvement pour la Défense du Kivu, avait signé à Bukavu
un appel «pour la paix», demandant aux gouvernements rwandais et burundais
de «régler leurs problèmes internes chez eux et de ne pas les exporter» au
Zaïre, et aux réfugiés tutsis du Rwanda de «ne pas cracher dans le puits où
ils ont bu».
Le texte que nous publions ci-dessous in extenso a aujourd’hui valeur de
témoignage. Il prend encore plus de poids à la suite de l’assassinat vendredi de trois religieux maristes espagnols à Bugobe, dans la région de Bukavu.
Restez fermes dans la charité
Bien chers, restez fermes dans vos paroisses. Ne vous laissez pas intoxiquer par les radios étrangères, qui sont à la solde des lobbies qui soutiennent le gouvernement du Rwanda. C’est par elles que l’armée du FPR organise l’intoxication de la population pour créer la panique.
Ne vous laissez pas non plus intoxiquer par les militaires qui n’ont pas
été sur le terrain et qui n’ont pas vu l’ennemi. Ceux qui ont été sur le
terrain ont des récits plus réconfortants. Ils ont courageusement défendu
la nation et ils ont besoin d’être reconnus pour leur bravoure. Ils méritent d’être encouragés en ces moments difficiles, par notre calme et notre
sérénité.
Par contre il y a d’autres militaires qui ont fui les combats; ils sont
de ceux qui sont venus juste pour piller et non pas pour défendre la patrie. Ceux-là racontent des histoires invraisemblables pour créer la panique chez les gens qui, une fois partis, pourraient leur offrir une belle
occasion pour voler et piller à l’aise.
Que nos journalistes saisissent cette occasion pour nous offrir – à nous
qui sommes ici ainsi qu’au monde entier – des nouvelles plus objectives et
qui – selon leur déontologie – donneront au peuple de savoir la vérité des
faits. Cela évitera de succomber à des paniques injustifiées que veulent
semer l’armée du FPR d’une part, et ceux qui ont fui les combats d’autre
part. Je rappelle à ce genre de militaires qui ne sont forts que devant des
civils sans armes qu’ils doivent cesser de nous vexer. Qu’ils aillent au
front. C’est la que l’on remarque le vrai soldat.
Restons donc chez nous et encourageons nos vaillants militaires à ne pas
abandonner la ville de Bukavu et le pays aux mains de l’ennemi. Soyons unis
pour sauver la nation.
Comme en 1964, les militaires lâches fuyaient les mulelistes en disant
qu’ils étaient invincibles et invulnérables. Ces genres d’épopées sont belles et bonnes pour la littérature des Zaïrois. Il est en outre dommage
d’entendre qu’au lieu de faire appel aux soldats professionnels, on recourt
à de jeunes délinquants et aventuriers que l’on recrute pour aller se faire
tuer. Nous souhaiterions qu’un recrutement sérieux se fasse et qu’on n’envoie pas nous enfants à la boucherie. Que ces nouvelles recrues suivent
d’abord un entraînement sérieux qui pourrait faire d’eux des professionnels
de la paix.
En 1964, quand le gouvernement provincial prit les armes aux côtés du
colonel Mulamba et des vaillants soldats, Kabare, Ngweshe et Lunganagi
avaient déjà alerté la population pour ne pas permettre aux rebelles de pénétrer chez eux. Cette partie de notre histoire devra nous servir d’exemple. Ne laissons pas l’ennemi pénétrer chez nous. Ne lui laissons pas un
libre accès en fuyant notre ville. Et ne prêtons pas l’oreille à tous ceux
qui de loin débitent des mensonges pour semer la panique et la zizanie.
Tout en vaquant à nos occupations quotidiennes, éveillons-nous à savoir
à tout instant qui est la personne que nous rencontrons et qui nous semble
suspecte. Informons les militaires et ceux qui en ont la responsabilité
pour qu’ils les écoutent et qu’ils sachent tirer au clair ce que nous soupçonnons.
Nous les chrétiens, sachons que notre plus grande arme c’est la charité
envers tout homme, et la prière au Christ en passant par Notre-Dame du
Rosaire. Et que la Vierge Marie, la reine de la paix et notre mère
intercède pour nous.
Mzee Munzihirwa Mwene Ngabo sj, archevêque de Bukavu
Source:ANB-BIA, Bruxelles
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