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Guatemala: L’Eglise ne veut pas d’une amnistie générale (301296)

« Une mesure catastrophique »

Guatemala-Cité, 30décembre (APIC) Malgré les accords de paix signés

dimanche au Guatemala, après 36 ans de guerre civile, une amnistie générale

serait catastrophique, estime l’Eglise catholique du pays. Un appel à une

« alliance contre l’impunité » , contresigné par le Prix Nobel de la paix,

Rigorberta Menchu, a été lancé.

La loi votée par le parlement juste avant Noël, ne précise pas assez

clairement le sort des auteurs de massacres et de crimes de guerre, estiment les milieux de défense des droits de l’homme. En 36 ans de guerre au

Guatemala, 175’000 personnes ont été tuées, 45’000 ont disparu, un million

ont été déportées. Dans la plupart des cas, les victimes ont été des civils

et les auteurs des soldats de l’armée.

Ainsi le cas de « Dos RR ». En décembre 1982, cette localité a été totalement rayée de la carte. Il y a un an, des fouilles ont permis de retrouver

une fosse commune contenant 162 cadavres dont ceux de 67 enfants jetés vivant dans un puits. Les militaires avaient accusé les villageois d’avoir

caché des rebelles. Le chef de l’Etat d’alors, le général Rios Montt, est

aujourd’hui responsable d’un parti d’opposition de droite et dirigeant

d’une secte évangélique.

Pas de pardon sans conditions

Le peuple ne peut pas pardonner sans conditions, relève le directeur du

Bureau des droits de l’homme de l’archidiocèse de Guatemala-Cité, Ronald

Ochaeta. Une amnistie générale serait dans ce sens catastrophique. Pour

lutter contre l’oubli, l’Eglise a mis sur pied une « alliance contre

l’impunité ». Elle a lancé en outre un programme intitulé: « Recuperacion de

la Memoria Historica » afin de tirer un bilan des années de terreur. Le travail consiste à receuillir le témoignage des personnes touchées, victimes

de la torture, veuves ou orphelins. La plupart du temps, ces gens peuvent

parler pour la première fois librement de leur expérience. Pour eux beaucoup trop souvent, sous l’influence de la propagande militaire et de certaines sectes, la mort était considérée comme une punition divine. Dans de

nombreux cas, les victimes survivantes ont été contraintes de se transformer en auxiliaires de l’armée.

Pour les milieux d’Eglise, les accords de paix ont cependant des aspects

décisifs pour l’avenir du pays. Les soldats sont rentrés dans leurs casernes et l’armée devrait voir ses effectifs réduits d’un tiers l’an prochain.

De plus, le Guatemala est défini et reconnu comme un Etat pluri-culturel,

ce est capital pour les indigènes qui forment 60% de la population guatemaltèque.

Le problème de la réforme agraire, une des causes principales de la

guerre civile, n’est cependant pas réglé puisque 2,6% de la population possèdent les deux tiers des terres arables. Le Guatemala connaît en outre des

taux de chômage et de criminalité extraordinairement élevés. Quelque 400

personnes ont été victimes de la violence au mois de décembre. On comprend

mieux dans ce contexte que la joie face aux accords de paix reste teintée

d’un grand scepticisme. (apic/kna/mp)

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