APIC – Dossier
qui souffrent de séquelles d’avortement
Bernard Litzler, pour l’Agence APIC
Fribourg, 27décembre (APIC) Avorter est toujours un traumatisme, quoi
qu’en disent certains. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de prévenir, mais comment guérir des conséquences d’un avortement? Cinq lettres
pour parler aujourd’hui de la réalité d’une souffrance post-abortive longtemps occultée: AGAPA, pour « Association des groupes d’aide post-avortement », présente en Suisse romande depuis juin 1996.
Janvier 1997 marquera le début du premier groupe thérapeutique d’aide, à
Fribourg. Regard sur l’association à travers ses responsables et témoignage
d’un couple « survivant d’avortement ».
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 50 millions d’avortements chaque année
dans le monde. Cette tragique réalité a conduit les docteurs Philippe Ney,
pédo-psychiatre canadien, et Marie Peeters, pédiatre américaine, à ouvrir
des voies pour un soutien des femmes ayant avorté et des familles témoins
de l’avortement.
La naissance d’AGAPA en Suisse romande
Un médecin fribourgeois, Diane Savoy, a suivi un séminaire du docteur
Ney à l’intention des femmes ayant subi un avortement et des professionnels
de la santé sensibles au syndrome post-avortement. « Bouleversée par les témoignages des personnes qui ont avorté, leur grande souffrance, j’ai jugé
important de faire quelque chose pour les aider », confie-t-elle. Le mouvement « Oui à la vie » avait pour sa part également envie de faire quelque
chose dans le domaine de la souffrance post-avortement.
Après plusieurs mois de travail, l’association AGAPA Suisse romande voit
le jour, en juin 1996. Le médecin fribourgeois devient ainsi la présidente
d’AGAPA-Suisse romande. « ’Oui à la vie’, c’est tout ce qu’on peut faire
avant, et AGAPA c’est tout ce qu’on peut faire après », lâche soeur Danièle
Perrier, secrétaire de l’association. Des antennes cantonales ont été ouvertes à Genève, Neuchâtel, en Valais, dans le Jura bernois et le canton de
Vaud. Condition: avoir suivi un séminaire du Dr Ney.
Les demandes affluent rapidement dans un double sens: des professionnels
désirant se renseigner d’une part, et des personnes directement concernées
par un avortement, d’autre part. Autre structure mise en place, les groupes
thérapeutiques d’accompagnement animés par Soeur Danièle et le Dr Savoy
pour les personnes blessées par l’avortement: une rencontre par semaine
pendant dix-huit semaines. Démarrage en janvier 97 à Fribourg.
La souffrance post-abortive
Pour Soeur Danièle, « la ligne de fond de l’association est de répondre à
la souffrance des gens blessés et de redonner l’espérance d’une guérison
possible ». Des blessures du syndrome post-avortement et du syndrome de
« survivant d’avortement ». Toutes les femmes ayant subi une interruption volontaire de grossesse souffrent-elles du syndrome post-abortif? De 30 à
60% des femmes sont concernées, d’après les études américaines. Certaines
femmes ne sont pas blessées pendant des années ou ne font pas de liens avec
leur avortement.
« Même s’il ne se manifeste pas au départ, le problème de l’avortement
peut surgir dans des moments de crise personnelle ou lors d’une nouvelle
grossesse, lors d’une maladie, d’un deuil ou d’un événement qui remet la
personne en cause », note Diane Savoy. Les jeunes filles qui recourent à
l’avortement comme contraception sont également marquées. « Au départ, elles
se sentent mieux, car cet enfant les dérangeait. Par après les crises sont
grandes », témoigne soeur Danièle.
Non à une nouvelle croisade
Le mouvement AGAPA est-il une nouvelle croisade contre la légalisation
de l’interruption volontaire de grossesse (IVG)? « Non, affirme le docteur
Savoy. La grosse difficulté, c’est de se démarquer de ces positions. Il est
établi maintenant que les séquelles sont importantes. Et le faire savoir
est beaucoup plus efficace que de simplement dire qu’on est contre l’avortement. Personne n’a fait la preuve thérapeutique des bienfaits de l’avortement. Mais la preuve des dégâts est évidente aujourd’hui ».
« Notre enfant aurait 22 ans aujourd’hui »
« Survivants et complices » d’avortement, Michel et Catherine, 44 et 40
ans, ont avorté de leur premier enfant, arrivé trop tôt pour ce jeune couple non marié. Parents de cinq autres enfants âgés de 9 à 19 ans, ils témoignent aujourd’hui de leur travail de deuil et de réconciliation. Double
travail puisqu’ils sont auteurs, mais aussi « survivants d’avortement » dans
leurs familles respectives : l’un et l’autre ont subi la loi du silence sur
l’avortement réalisé par leurs propres parents. Ils parlent de leur cheminement dans la foi et de leur combat pour la vie.
« J’ai rencontré Catherine, ma future femme, à l’âge de 20 ans; elle en
avait 17, témoigne Michel. Deux ans plus tard, nous avons pu emménager dans
un petit studio. Elle est tombée enceinte de façon imprévue, remettant en
cause la fin de ses études d’infirmière. Je gagnais ma vie, chichement,
mais c’était jouable. Nos mères n’ont pas imaginé qu’on puisse garder cet
enfant: leur avis était catégorique. Catherine devait terminer ses études ».
Sous la pression de sa mère, Catherine a finalement décidé d’avorter.
« Lâche et irresponsable »
« C’était en 1974, poursuit Michel… Cet enfant aurait 22 ans
aujourd’hui. J’ai accepté la décision de Catherine. Je l’ai même
accompagnée chez les deux médecins qui devaient donner un avis conforme. Or
j’étais mal venu de l’accompagner : un des médecins a même refusé de me
rencontrer. Je croyais assumer mes responsabilités et je me sentais gênant,
rejeté. Mais personne n’a plaidé pour cet enfant, sauf une amie. Si j’avais
dit une seule parole en sa faveur, il serait vivant aujourd’hui. Il m’a
fallu des années pour comprendre que j’avais été lâche et irresponsable ».
Comment s’est fait cette prise de conscience? « Il y a eu plusieurs
étapes. Nous nous sommes mariés peu de temps après et notre premier enfant
est né. Il y a eu une complication à l’accouchement, car le placenta est
resté collé à l’utérus. Une intervention chirurgicale assez lourde avec
narcose, pertes de sang, a été nécessaire pour décoller le placenta. On a
commencé à se dire que cet avortement n’était pas aussi anodin que cela. La
deuxième naissance a été une répétition du problème ».
« Dieu accorde son pardon »
« Pour la troisième naissance, grâce à l’ultrason on a constaté que la
situation s’était encore aggravée. Le médecin a annoncé qu’il fallait enlever la matrice. Peu de temps après notre mariage, nous avions fait une prise de conscience chrétienne et rencontré des témoins engagés dans la foi.
Nous avons prié et le placenta de notre troisième, Emilie, est venu naturellement, contrairement à l’avis médical. Pour nous, ce fut un clin d’oeil
du Ciel: Dieu nous accordait le pardon que nous lui avions demandé ».
« Quand ai-je réellement commencé à regretter l’avortement? Après avoir
vu le film ’Le cri silencieux’, j’ai craqué. J’ai arrêté ma voiture au bord
de la route et j’ai pleuré, confessant à Dieu que j’étais complice de meurtre de mon propre enfant. J’ai mis plusieurs années pour passer de la fuite
de mes responsabilités à la reconnaissance de ma complicité ».
« J’ai cru que Dieu pouvait me pardonner, mais je ne me suis pas pardonné
aussi facilement (…). Une personne ayant vécu la même démarche nous a
dit: ’Le pardon, c’est une chose, mais êtes-vous entré dans le deuil de votre enfant?’. Nous avons pu rejoindre le premier séminaire donné en Suisse
par Philippe Ney et Marie Peeters. J’ai dit à ma mère, l’an passé, à quel
point j’étais travaillé par notre avortement. Et j’ai découvert ce que je
pressentais, à savoir que ma mère avait aussi avorté ».
Catherine a appris récemment que ses parents avaient avorté d’un enfant
hors mariage. « C’est sur son lit de mort que mon père l’avait avoué, quelques années auparavant, à ma belle-soeur: il n’avait pas osé le confier à
ses enfants. Et comme pour nous, sous la pression de parents dit-chrétiens:
’Pas d’enfants avant le mariage’.
Quel rôle ce double « héritage » a-t-il joué dans le parcours de deuil et
de réconciliation du couple ? Michel: « Nous avions les éléments pour comprendre que nous étions, tous les deux, des ’survivants d’avortement’. Durant le séminaire, nous voulions assumer la responsabilité de la mort de
notre enfant et sortir de la culpabilité par rapport à cet avortement. Or
nous nous sommes trouvés en face de la douleur ressentie pour l’absence de
nos frères et soeurs : ce fut une révélation totale et bouleversante sur la
profondeur de nos blessures. Nous avons compris pourquoi nous avions été
aussi lâches. Ce fut un soulagement énorme de réaliser que j’étais pénalisé
pour défendre ma vie, car on passe beaucoup d’énergie à justifier son existence. Les survivants d’avortement ont des problématiques complexes.Ils
sont pénalisés pour jouir de la vie et défendre celle des autres ».
Le travail de deuil
Comment avez-vous pu passer du deuil de vos frères ou soeurs au deuil de
votre enfant? Michel: « Dans le deuil, il y a d’abord la dénégation: ce
n’était qu’un amas de cellules, un bout de tissus… Ensuite on se dit
qu’il est vraiment mort. Et là, il y a la colère et le ’pourquoi?’. J’ai
découvert à quel point j’étais fâché contre mes parents. Puis il y a la pitié de soi: comment vais-je pouvoir vivre, sans lui, tout ce temps perdu?
Finalement il y a le deuil ».
Catherine: « Après le premier séminaire de janvier, j’ai profondément
’plongé’ dans la douleur au point de dire que je n’aurais jamais dû le faire. Désespérée, vivant un deuil qui a beaucoup inquiété Michel à certains
moments. Puis j’ai émergé car le travail de deuil a pu se faire. Ce furent
six mois très durs, mais aujourd’hui j’en suis transformée ».
Comment avez-vous pu vous réconcilier avec votre enfant absent? Catherine: « Notre premier séminaire a porté sur une problématique morbide, car
nous étions focalisés sur les frères ou soeurs manquants. Ce fut comme une
’ré-humanisation’. Le second séminaire était plus centré sur le deuil de
notre propre enfant mais le poids de la culpabilité était parti. Nous lui
avons donné un prénom et étrangement, nous nous sommes trouvés synchrones,
Michel et moi, pour Sylvain-Philippe ».
« En face de nous, nous avons cinq survivants. J’ai écrit à ma fille aînée pour lui annoncer qu’elle était la seconde dans la lignée. Elle nous a
immédiatement répondu: ’J’ai toujours su que je n’étais pas l’aînée’… On
commence à parler de Sylvain en famille. La perception est pourtant différente entre les enfants vu les écarts d’âge. La délivrance a commencé avec
la naissance de la troisième, Emilie, qui a un rayonnement que les deux
premières n’ont pas. Nos deux aînées sont des ’survivantes d’avortement’
caractérisées ».
Vous osez témoigner librement de votre cheminement aujourd’hui? Catherine: « La première semaine de séminaire, j’allais surtout pour aider mes
enfants, pénalisés, et comprendre la problématique des survivants. Je n’ai
pas aimé mes enfants comme j’aurais pu et ce constat est paniquant pour une
mère. Après cette nouvelle semaine, j’ai l’impression de vivre un nouveau
départ. Après un gros travail de deuil, je vis comme une réconciliation:
des choses magnifiques se vivent en famille. J’ai même entrepris une démarche auprès de ma mère. J’attends une réconciliation. Mais c’est une attente
paisible… (apic/bl/be)
Encadré
AGAPA Suisse romande
AGAPA (Association des groupes d’aide post-avortement) est un mouvement aconfessionnel d’inspiration chrétienne. Elle rassemble des personnes à
l’écoute des problèmes des femmes ayant avorté ou subi dans leur enfance
des sévices. Elle est également ouverte à tous les « survivants d’avortement ». Une association similaire est en projet en Suisse alémanique. AGAPA
est également présente en France et dans 12 pays européens. Ces associations sont rattachées à une instance supra-nationale dont le siège se trouve à Victoria, au Canada. Contact: AGAPA Suisse romande, Av. Jean-Paul II
9, 1752 Villars-sur-Glâne. Tél. 026/424.02.22. (apic/bl/be)
Encadré
Sont considérés par AGAPA comme « survivants d’avortement » la femme qui a
avorté, le conjoint, les parents, les frères et soeurs d’un enfant avorté
ou ceux qui ont survécu à un avortement manqué. Toutes ces personnes, estime AGAPA, souffrent d’un syndrome post-avortement ou syndrome de survivant
d’avortement.
Le syndrome post-avortement, relève AGAPA, consiste en des troubles
d’ordre physique, psychique ou social affectant directement les femmes
ayant subi une interruption volontaire de grossesse. Ces symptomes sont de
natures diverses. Les plus connus sont physiques: problèmes de matrice,
stérilité, naissances prématurées. Sur le plan psycho-somatique, on note
les insomnies, maux de tête, cauchemars, dépressions, etc.
La thérapie du Dr Ney comporte trois phases : une phase de ’ré-humanisation’; une phase de deuil; une phase de réconciliation. (apic/bl/be)
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