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Rome: 30e Journée mondiale de la paix (171296)

Jean-Paul II: pas de paix sans pardon sincère

Rome, 17décembre (APIC) Pour Jean Paul II, aucun processus de paix ne

pourra être véritablement engagé sans une attitude de pardon sincère. Tel

est le message principal du pape aux croyants et à toute personne de bonne

volonté pour la 30e Journée mondiale de la Paix le 1er janvier prochain.

Thème de cette 30 Journée: «Offre le pardon et reçois la paix». Un leitmotiv qui revient sans cesse sous la plume de Jean Paul II: «Beaucoup de

lumières se sont allumées sur la route des hommes au plan social, culturel,

économique, scientifique, technologique, mais de sérieuses zones d’ombres

subsistent, surtout sur le terrain de la moralité et de la solidarité»,

constate d’abord le pape. Il invite dès lors chacun à un pèlerinage de

paix, en dépit des difficultés parfois très grandes que sont l’appartenance

ethnique, la langue, la culture, la croyance religieuse.

Sans le pardon, écrit le pape, les blessures continueront à saigner,

alimentant dans les générations qui se succèdent une rancoeur interminable,

source de vengeance et cause de ruines toujours nouvelles. Ce pardon semble

contraire à la logique humaine, mais si l’Eglise ose proclamer ce qui, humainement parlant, pourrait sembler une folie, c’est précisément à cause de

sa confiance inébranlable en l’amour infini de Dieu».

Le mépris croissant de la vie humaine

Jean Paul II revient sur les contradictions du monde moderne, où des

progrès spectaculaires vont de pair avec le matérialisme et le mépris

croissant pour la vie humaine: Nombreux sont ceux qui règlent leur vie en

fonction des seules lois du profit, du prestige, du pouvoir. Tandis que

ceux-là sont confinés dans leur solitude intérieure, d’autres continuent à

être victimes de discrimination pour motif de race, de nationalité ou de

sexe, tandis que la pauvreté rejette des masses entières en marge de la société ou même les conduit à l’anéantissement.

Par ailleurs, la guerre est devenue pour trop de personnes la dure réalité de la vie quotidienne. La peine de tant de personnes en appelle à la

conscience de tous, et tous sont impliqués dans cette révision de vie à laquelle Dieu nous invite.

L’histoire porte un lourd fardeau de violences et de conflits, dont les

effets continuent d’alimenter les peurs, les soupçons, les haines et les

fractures. Le pape invite alors les croyants à une purification de la mémoire, afin que les maux d’hier ne se reproduisent plus. «Il ne s’agit pas

d’oublier ce qui est arrivé, note-t-il, mais d’en faire une relecture avec

des sentiments nouveaux. Apprendre aussi , par les expériences subies, que

seul l’amour construit tandis que la haine engendre dévastations et ruines.

«A la vengeance mortifère, il faut substituer la nouvelle libération du

pardon».

Apprendre à lire l’histoire des autres peuples sans esprit partisan

Il s’agira d’apprendre à lire l’histoire des autres peuples, en évitant

des jugements sommaires et partisans, pour découvrir que les erreurs ne

sont jamais d’un seul côté, et que la présentation de l’histoire a parfois

été déformée, voire manipulée, au prix de conséquences tragiques. Une «relecture correcte» de l’histoire, en faisant mieux comprendre et apprécier

les différences sociales, culturelles et religieuses, est le premier pas

vers la réconciliation, car le respect des diversités est une condition nécessaire pour d’authentiques relations entre les individus et les collectivités. «Vouloir abolir les diversités, avertit le pape, peut donner naissance à une paix apparente, mais cela crée une situation précaire qui, en

fait, prélude à de nouvelles explosions de violence.»

Le pardon exige la vérité et la justice

A supposer que les guerres résolvent les problèmes qui les ont provoquées, elles le font en laissant derrière elles des victimes et des

destructions qui pèsent sur les négociations de paix qui les suivent. C’est

pourquoi à une «culture de la guerre» doit se substituer une «culture de la

paix». Si les religions peuvent y apporter une contribution importante, les

gouvernements et la communauté internationale ont la tâche essentielle de

mettre en place des structures solides. Le pape pense à l’ONU, dont il souhaite un renforcement, ainsi qu’aux organisations continentales, régionales

et locales.

Mais la paix durable n’est pas seulement un question de structures et de

mécanismes: Elle s’appuie avant tout sur un style de convivialité humaine

marquée par l’accueil réciproque et capable de pardon sincère.

Demander pardon et pardonner est une voie profondément digne de l’homme;

c’est même parfois la voie unique pour sortir de situations marquées par

des haines anciennes et violentes.

Dans sa forme la plus haute, le pardon est un acte d’amour gratuit. Mais

précisément parce qu’il est acte d’amour, il a ses exigences intrinsèques,

dont la première est le respect de la vérité, souligne Jean-Paul II. C’est

pourquoi loin d’exclure la recherche de la vérité, le pardon l’exige. C’est

pour répondre à cette exigence que, dans diverses parties du monde, des

conflits entre groupes ethniques ou nationaux ont donné lieu à des procédures permettant d’établir la vérité, «premier pas vers la réconciliation».

Un processus dans lequel la plus grande prudence est requise, pour ne pas

accentuer les oppositions et rendre la réconciliation encore plus ardue. Le

pape approuve ici les gouvernants qui décrètent d’un commun accord l’amnistie pour ceux qui ont publiquement reconnu les méfaits commis durant une

période de troubles.

L’inaliénable dignité de celui qui a commis le mal

Un autre présupposé essentiel du pardon et de la réconciliation est la

justice, qui a sa référence ultime dans la loi de Dieu et dans son dessein

d’amour et de miséricorde pour l’humanité. Le pape explique: «Entendue ainsi, la justice ne se limite pas à établir ce qui est correct entre les parties en conflit; elle vise surtout à renouer des relations authentiques

avec Dieu, avec soi-même, avec les autres. Il ne reste donc aucune contradiction entre pardon et justice. En effet, le pardon n’élimine pas ni ne

diminue l’exigence de la réparation, qui est le propre de la justice, mais

elle cherche à réintégrer les personnes et les groupes dans la société, ou

bien les Etats dans le concert des nations. Aucune punition ne peut altérer

l’inaliénable dignité de celui qui a commis le mal. La porte qui ouvre sur

le repentir et la réhabilitation doit rester toujours ouverte.

Le pape s’adresse enfin dans son message à tous les croyants, en particulier aux membres de l’Eglise catholique, pour leur rappeler que parmi les

formes de contre-témoignage et de scandale, il faut signaler tout particulièrement celles qui blessent l’unité des chrétiens. Oeuvrer à la réconciliation des chrétiens, leur dit-il, «ne manquera pas d’exercer une influence bénéfique sur les processus de pacification en cours dans plusieurs parties du monde». C’est pourquoi le pape les invite à accompagner dans la

prière la seconde assemblée oecuménique que les Eglises d’Europe tiendront

à Graz en juin 1997 sur «La réconciliation, don de Dieu et source d’une vie

nouvelle». (apic/imed/ba)

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