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Moscou:L’Eglise orthodoxe sur la sellette (091296)

à la suite de révélations dans la presse russe

Les activités commerciales lucratives de l’Eglise dans le collimateur

Moscou, 9décembre (APIC) De hauts responsables de l’Eglise orthodoxe russe

seraient impliqués dans des activités commerciales lucratives, comme l’importation de tabac et d’alcool, selon certains journaux russes. Suite à ces

«révélations», l’image de l’Eglise russe a beaucoup souffert, rapporte lundi l’agence oecuménique ENI à Genève.

Depuis la chute du communisme, la croissance spectaculaire de l’Eglise a

coïncidé avec le rapide développement de l’économie privée en Russie.

L’Eglise s’est lancée dans diverses activités commerciales pour couvrir les

coûts de sa reconstruction et de son développement.

L’eau «sacrée» de Kostroma

Certaines entreprises de l’Eglise, telles que l’hôtel Danilovski de Moscou et l’usine de Sofrino (située en dehors de la capitale) qui produit des

cierges, des icônes, des vêtements sacerdotaux et des bijoux, sont bien

connues du public. Il faut citer également la production de l’eau minérale

en bouteilles la plus vendue en Russie, «Source sacrée», eau qui provient

de Kostroma, ville située sur la haute Volga. Chaque bouteille porte le

sceau officiel de l’évêque local.

Parmi les autres grandes entreprises liées à l’Eglise, on trouve l’exportateur de pétrole MES, dont 40 % appartiennent au Patriarcat de Moscou,

bien que cela ne soit pas de notoriété publique. Durant l’année dernière

seulement, cette société a contrôlé entre 6 et 8 % du total des exportations de pétrole de la Russie. Selon le journal «Moscow Times», le chiffre

d’affaires de MES pour 1996 est estimé à deux milliards de dollars EU.

Importation de tabac sur une grande échelle

Mais d’autres activités commerciales de l’Eglise orthodoxe russe ont

récemment donné lieu à des attaques virulentes de la presse. L’hebdomadaire

«Moskovskiye Novosti» a rapporté que l’Eglise et, plus précisément, son

Département de relations extérieures, dirigé par l’un des dignitaires les

plus influents du Patriarcat de Moscou, le métropolite Kirill, importerait

depuis longtemps du tabac sur une grande échelle.

Depuis 1994, date à laquelle le gouvernement a accordé au Patriarcat de

Moscou le droit d’importer des milliers de tonnes de tabac – hors taxes dans le cadre de l’aide humanitaire, 10’000 tonnes de cigarettes ont été

importées par l’Eglise. Selon les estimations, cela signifie que l’Eglise a

importé quelque huit milliards de cigarettes, soit 10 % du total des importations de tabac de la Russie. Et parce que ces cigarettes ont été importées hors taxes, le gouvernement a subi une perte de 40 millions de dollars

EU.

Du vin et des cigarettes dans le cadre de l’aide humanitaire

Un autre journal, «Novaya Gazeta», a affirmé que l’usine d’icônes et de

vêtements sacerdotaux de Sofrino importait des millions de bouteilles de

vin, hors taxes également. Ces bouteilles ont été officiellement classées

comme vin d’Eglise importé dans le cadre de l’aide humanitaire. Le

vice-président de la Commission gouvernementale des douanes a été renvoyé

pour avoir enfreint la loi suite à l’affaire du vin de Sofrino et une

enquête criminelle impliquant le directeur de l’usine, Yevgeni Parkhayev,

est en cours.

A l’origine, les avantages fiscaux constituaient pour le gouvernement un

moyen de subventionner indirectement la restauration des églises détruites

par l’Etat soviétique sans puiser directement dans le budget russe.

«L’Etat considère que c’est à lui d’indemniser l’Eglise pour les dommages qu’elle a subis sous le gouvernement précédent. Et bien qu’il n’y ait

aucune loi en ce domaine, en théorie, cette directive s’applique», a déclaré au «Moscow Times» un fonctionnaire du gouvernement, dont le nom n’a pas

été révélé.

Intervention du patriarche Alexis II

Le patriarche Alexis II, primat de l’Eglise orthodoxe russe, a voulu se

distancier de cette polémique. En septembre, il a écrit au premier ministre

Viktor Tchernomyrdine pour demander que la Commission des douanes arrête de

dédouaner le tabac et l’alcool adressés au Patriarcat de Moscou en les

classant comme aide humanitaire.

Or le président Boris Eltsine avait déjà signé un décret supprimant le

tabac et l’alcool de la liste des produits répondant aux conditions requises pour être acceptés comme aide humanitaire. Le 11 octobre, en réponse

aux allégations parues dans la presse, le Département des relations

extérieures de l’Eglise a publié une déclaration dans laquelle il démentait

avoir jamais été impliqué dans des «activités commerciales liées à

l’alcool, au tabac ou à tout autre produit soumis à une taxe».

Cependant, la déclaration reconnaît qu’une partie de l’aide humanitaire

n’était pas utilisée directement par des organisations d’Eglise mais était

vendue pour en retirer un bénéfice. «Dans ce cas-là, avec l’accord du gouvernement, les produits concernés étaient remis à des organisations commerciales laïques … Une partie des bénéfices perçus était ajoutée au budget

général de l’Eglise, et une autre était consacrée à des projets de restauration d’églises et de monastères, au rétablissement de la vie religieuse

en général et à des activités caritatives.»

Guerre déclarée aux «privilèges»

Après la réélection du président Eltsine l’été dernier, la perception

des impôts est devenue la grande priorité de la politique économique plus

stricte de son gouvernement. Le personnel des finances du gouvernement

d’Eltsine a déclaré la guerre aux «privilèges», en particulier aux

exonérations d’impôts accordées aux activités d’import-export.

La première victime de cette nouvelle politique a été le Fonds national

pour le sport qui était le plus gros importateur d’alcool et de tabac. La

deuxième organisation visée a été l’Association des anciens combattants

d’Afghanistan, une des plus importantes organisations de bienfaisance qui

aurait, prétend-on, des liens avec la mafia russe. Le mois dernier, plusieurs leaders de cette association ont été tués lors un attentat à la bombe

dans un cimetière de Moscou où ils commémoraient la mort de leur ancien

chef, assassiné par un tueur à gages il y a deux ans.

La troisième organisation à perdre ses privilèges a été l’Eglise

orthodoxe russe. Le Département de relations extérieures de l’Eglise avait

en fait retransmis le statut spécial hors taxes dont l’Eglise bénéficiait à

des sociétés commerciales en échange d’une part de leurs bénéfices.

Le métropolite Kirill à la une des journaux

Le scandale a été une surprise totale pour la plupart des employés du

Patriarcat de Moscou interviewés par la presse russe. D’après une source du

Département des relations extérieures, seul un petit nombre de personnes

était au courant des transactions de cigarettes et de vin. A la suite de

cette polémique, le nom du métropolite Kirill, personnalité en vue dans son

pays, et très actif au sein du mouvement oecuménique international, a fait

plusieurs fois la une des journaux.

Certains observateurs ont prédit que le métropolite se verrait dans

l’obligation de démissionner et que le département des relations extérieures serait dissous, en raison de l’ampleur médiatique du scandale. Cela

devrait réjouir, ajoutent-ils, ceux qui, au sein de l’Eglise, sont opposés

à l’oecuménisme. Toutefois, même si des tensions semblent exister entre le

patriarche Alexis et le métropolite Kirill, la démission de ce dernier semble peu probable.

Selon la presse russe, le métropolite Kirill a refusé de présenter un

rapport sur la question à la Commission d’Etat sur l’aide humanitaire. «Il

faut que l’Eglise soit financièrement indépendante; c’est l’une des conditions de sa véritable liberté», a-t-il déclaré à la «Nezavisimaya Gazeta».

«Et pas seulement vis-à-vis de l’Etat. Il faut qu’elle soit indépendante

vis-à-vis des puissants (personnes et institutions) de ce monde, et la

puissance en ce monde est aujourd’hui déterminée (…) par l’épaisseur de

son portefeuille. Il ne faut pas que l’Eglise devienne dépendante de banques et de structures commerciales. Il faut qu’elle mette au point un système d’autofinancement … Mais dans les conditions actuelles, cela comporte de gros risques», a conclu le métropolite Kirill. (apic/eni/be)

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