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Campagne 1996 de Terre des hommes: ces enfants qu’on emprisonne (041296)

« Pas d’enfants en prison »

Lausanne, 4décembre (APIC) A l’heure où le monde se penche sur le scandale

de l’exploitation sexuelle de plus de 2 millions d’enfants. A une époque où

l’on commence à peine à s’interroger sur le « rendement » de 73 millions de

gosses « actifs économiquement » dans les cinq continents, un autre dossier

s’entrouvre: celui des enfants en prison, des gosses de l’ombre.

Sous le titre « Barreaux pour voler une enfance », l’APIC s’était penchée

début septembre sur ce problème en publiant une enquête. « Terre des hommes »

(TdH) confirme aujourd’hui. Même si ce que l’on sait du problème n’est que

la partie visible de l’iceberg, a d’emblée fait remarquer l’organisation,

mercredi lors de sa conférence de presse à Lausanne, pour marquer le début

de sa campagne 1996 placée sous le slogan « Pas d’enfants en prison ».

L’organisation entend se battre aussi sur le terrain des lois: la suppression de la peine de mort et de l’emprisonnement à vie pour les jeunes

de moins de 18 ans; la promulgation dans chaque pays d’un code des mineurs

qui donne la priorité à la réinsertion sur la répression; la protection des

enfants prostitués, qui sont victimes et non coupables; la suppression de

l’incarcération avant 16 ans et la mise sur pied d’alternatives à la détention; la création de juridictions spéciales – Chambres des mineurs – qui

travailleraient en collaboration svec les services sociaux…

S’il est un domaine secret, occulté et ignoré, c’est bien celui de la

répression et de la détention des mineurs. Et pourtant: conditions inhumaines de détention, châtiments corporels, abus sexuels, déchéance physique et

psychologique, tentative de suicide, détention préventive plus longue que

la peine encourue, détentions arbitraires, endoctrinement, mise au secret… sont le lot des enfants derrière les barreaux, confirme TdH.

Sous toutes les lattitudes, et au mépris des engagements pris par la

plupart des Etats signataires de la Convention internationale relative aux

droits de l’enfant, des mineurs croupissent par centaines dans des geôles

malsaines, condamnés à vivre dans un univers dont ils ne ressortent jamais

indemnes, dit encore TdH.

Un stage de perfectionnement sur le chemin du crime

Une enquête entreprise par l’organisation dans une trentaine de pays

étaye les tristes réalités du monde carcéral. De ce monde qui fait éloigner

les gosses d’une théorique éducation. De ce monde qui les plonge de manière

« implacable dans un stage de perfectionnement » sur le chemin du crime.

Victime des multiples formes d’éclatement de la cellule familiale, l’enfant se retrouve livré à lui-même dans ce territoire à hauts risques qu’est

la rue. Là, pour survivre, il se rend forcément coupable de menus larcins

qui le jetteront dans les mailles d’une justice qui ne le ménagera pas,

parce que bon nombre de gouvernements font l’économie d’une justice propre

aux mineurs.

De l’Inde à l’Afrique, de la Colombie au Liban, le constat est le même:

l’absence de chiffres, de transparence, la promiscuité et les enfants des

mères détenues, eux aussi en manque de soleil. Le manque d’hygiène et de

nourriture parfois sinon souvent… Une hypocrisie supplémentaire… face

au flou juridique en la matière affiché par la plupart des pays.

S’il est un domaine où l’on peut véritablement parler de l’enfance sans

défense, anonyme et silencieuse, c’est bien celui du sort réservé aux mineurs en conflit avec la loi. TdH dit s’employer à convaincre les gouvernements qu’ils doivent mettre en place les instruments juridiques et judiciaires qui ouvrent d’autres voies et d’autres perspectives durables de

réintégration des mineurs dans la société. Pas simple, surtout, comme l’affirme l’organisation, lorsque la promotion active des droits universels de

l’enfant se heurte à l’incompréhension, voire à la révolte de l’opinion publique. L’exemple du Rwanda est accablant relève TdH. Lors d’un sondage après le génocide de 1994 -, 80% des villageois ont répondu la mort, à la

question de la peine applicable aux mineurs accusés de complicité de génocide.

En conclusion de son rapport, TdH demande aux gouvernements de prendre

des mesures, sur le plan légal, au niveau de la procédure, des dispositions

administratives et sur les conditions de détention.

Terre des hommes a des programmes spécifiques pour les enfants en prison

dans sept pays: Bénin, Togo, Cameroun, Inde, Liban, Burundi et Népal.

(apic/pr)

ENCADRE

L’expérience de « Terre des hommes » au Liban

Au Liban, Terre des hommes a démarré en septembre 1993 une action dans la

prison centrale de Roumieh, à Beyrouth. L’organisation et le Mouvement social libanais ont alors pris en charge la réhabilitation psychologique et

sociale des mineurs délinquants. « Terre des hommes » est responsable de

l’éducation scolaire, du suivi des dossiers juridiques et des questions sociales, le Mouvement social libanais s’occupant de la formation professionnelle. « Le succès de ce programme, qui fonctionne depuis janvier 1995, est

tel que la majorité des détenus mineurs du pays a depuis été transférée à

Roumieh ». Terre des hommes déplore le manque de moyens pour ouvrir au Liban

d’autres institutions de ce genre. A Bassir, dans le nord du pays, et à Fanir, dans le sud, il existe pourtant deux structures spécifiques pour les

mineurs. Ces derniers ne sont en effet pas placés sous la surveillance de

la police mais des institutions sociale. Une sorte de modèle de ce qui

devrait être fait en faveur de tous les mineurs, relève en conclusion Silvia Michel, de Terre des hommes. (apic/pr)

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