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Brésil: XIe Conférence « Mission et Evangélisation » (031296)

Les participants demandent pardon pour la traite des Noirs

Théo Buss, envoyé spécial pour l’Agence APIC

Salvador de Bahia, 3décembre (APIC) Ce n’est pas par hasard que le Conseil

oecuménique des Eglises (COE) a choisi la ville brésilienne de Salvador de

Bahia pour la XIe Conférence mondiale « Mission et Evangélisation » qui a

rassemblé quelque 600 personnes du 24 novembre au 3 décembre. Salvador de

Bahia fut en effet la ville où transitaient les esclaves noirs arrachés à

leur terre africaine. Le culte de repentance sur les lieux-mêmes où

débarquèrent les esclaves a été un des points fort de la rencontre.

Au delà de la commémoration historique, ce culte symbolisait

l’engagement des Eglises membres du COE contre toute forme de racisme et de

discrimination. Le COE a joué en effet un rôle important pour mettre fin au

régime de l’apartheid en Afrique du Sud et en Namibie. La liturgie célébrée

à Salvador était d’ailleurs inspirée du rite de réconciliation de la

Conférence des Eglises d’Afrique du Sud.

Après avoir embarqué les esclaves à l’île de Gorée, au large du Sénégal,

les navires débarquaient les survivants à Salvador de Bahia. 40% des Noirs

embarqués étaient déjà morts dans la traversée, de faim, de soif, de maladies, de mauvais traitements.

Sur les lieux mêmes où les esclaves étaient marqués au fer rouge

Le bâtiment où s’est déroulé le culte de repentance s’appelle Solar do

Uniao. C’est le lieu-même où les esclaves étaient marqués au fer rouge. Les

délégués Européens et Nord-Américains ont demandé pardon pour le péché de

leurs ancêtres, responsables de la traite des Noirs. Les Africains, et

c’est assez nouveau, ont reconnu que certains de leurs ancêtres partageaient cette responsabilité. « Nous nous sommes dégradés en vendant nos frères

et soeurs comme marchandise. C’est parce que nous n’avons jamais eu le courage de la reconnaître et de nous repentir que nous continuons à le faire

aujourd’hui. D’où la situation scandaleuse de l’Afrique », a déclaré Aaron

Tolen, du Cameroun et l’un des présidents du COE.

« L’eau de cet océan porta les esclaves de l’Afrique au Brésil; la mer

recueillit leurs larmes », a rappelé Kwame Labi, prêtre orthodoxe du Ghana,

aux participants au début du service, en les invitant à « go ter l’eau salée

ou à en mouiller votre visage pour laisser sécher le sel. Souvenez-vous de

la sueur des travaux forcés et de la souffrance. »

Rarement les « negro spirituals » n’ont vibré avec autant d’intensité que

sur ce quai où dès 1550 débarquèrent les premiers esclaves africains. Beaucoup de délégués n’ont pu s’empêcher de pleurer sur les milions de morts de

l’esclavage.

On estime entre 6 et 12 millions, le nombre de Noirs arrachés à leur

terre pour travailler en Amérique. Au Brésil, où l’esclavage ne fut aboli

qu’en 1888, les Noirs travaillèrent essentiellement dans les plantations de

cannes à sucre. Avec l’approbation de la couronne du Portugal, qui se

faisait grassement payer par les producteurs de sucre et les marchands

d’esclaves.

Le lieu choisi pour le culte de repentance, Solar de Uniao, porte le nom

de l’un d’eux Pedro Uniao de Castello Blanco, propriétaire des bâtiments au

XVIIe siècle. Les leaders de la lutte pour la libération de l’esclavage se

réunirent aussi à cet endroit, en particulier lors de rébellions comme la

« conspiration des Alfaiates », la « révolte des mauvais Noirs » et celle de la

« Sabinada », toutes sauvagement réprimées par le pouvoir colonial.

A l’exception de quelques missionnaires isolés, l’Eglise de l’époque fut

le bras auxiliaire du régime colonial esclavagiste. Lorsque les esclaves

arrivaient au Solar de Uniao, un prêtre baptisait de façon collective le

bateau. En 1992, sur l’île de Gorée, le pape Jean Paul II a demandé officiellement pardon pour le « commerce honteux » des esclaves.

Les descendants des esclaves africains représentent aujourd’hui le 60%

de la population de Salvador et un quart des Brésiliens. (apic/theo

Buss/mp)

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