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apic/Colloque Zundel/ Neuchâtel/ oecuménisme

Neuchâtel: Maurice Zundel fêté en terre romande (260197)

Le théologien neuchâtelois réhabilité

séduit protestants et catholiques

Neuchâtel, 26janvier (APIC) Le colloque «Maurice Zundel» a ouvert ses portes vendredi à Neuchâtel dans un climat fortement oecuménique. La Faculté

de théologie de l’Université de Neuchâtel, en collaboration avec celle de

l’Université de Fribourg, s’est en effet officiellement investie dans l’organisation de cette fervente manifestation. Un colloque. «insolite et paradoxal», selon l’expression du pasteur Gottfried Hammann, qui a accueilli

les nombreux amis du théologien catholique centenaire, né à Neuchâtel le 21

janvier 1897.

«Oui, je pèse mes mots: Ce colloque est insolite et paradoxal». Le

pasteur Hammann, professeur d’histoire ecclésiastique à la Faculté de théologie de Neuchâtel a précisé tout de suite le pourquoi des adjectifs choisis: «Tout dans la vie de l’abbé est discrétion et effacement. Il a toujours été l’homme du deuxième rang. Il a enfin reçu des blessures terribles

de sa propre Eglise. N’a-t-il pas dit – parole difficile à comprendre pour

un protestant -»Il vaut mieux être broyé par l’Eglise que hors de l’Eglise». Et voilà aujourdhui notre abbé Zundel fêté affectueusement et officiellement par deux Facultés de théologie! Autre raison de se réjouir pour

le professeur Hammann: «l’oecuménisme de Zundel détestait les options fondamentales catholiques et protestantes qui se battaient entre elles. Il aimait le débat, mais pas la polémique stérile».

La vision de l’homme de Maurice Zundel

Les organisateurs, pour la première matinée du colloque, avaient invité

un prêtre et un pasteur pour présenter la vision de l’homme chez Maurice

Zundel.

Le premier, l’abbé Gilbert Vincent, prêtre à Pully, familier de longue

date du théologien, a présenté, dans une analyse philosophique dense, les

figures dialectiques successives de sa conception de l’homme. Partant de

l’homme biologique et de sa pensée naissante jusqu’à la notion vitale et

exhaltante de la personne humaine, Gilbert Vincent a évoqué aussi avec ferveur les «instants étoilés» de Zundel, moments et signes de fulgurences et

d’amour devant une oeuvre culturelle ou devant la persévérante foi d’une

humble femme de Paris qui convertira son fils, sans qu’elle ne lui ai jamais parlé de Dieu.

Le conférencier a aussi clarifié deux périodes de la vie de Zundel. Celle de son vicariat à Genève, difficile et pleine de malaise, voire de honte. Une véritable crise de conscience, car il ne peut accepter les preuves

philosophiques de l’existence du Dieu – une idole!- qu’il essaye de faire

passer à ses cours de catéchisme. L’abbé Zundel pressent déjà pourtant que

l’on rencontre le Dieu vivant – qui attend silencieusement notre réponse au fond de chacun de nous.

Autre période, celle de sa trentième année, plus gratifiante, où Maurice

Zundel découvre François d’Assise en profondeur et qui lui fait mieux comprendre l’excessive pauvreté divine, source d’amour, car la «joie de Dieu,

c’est la joie de se donner».

L’avis d’un théologien réformé

Pierre Bühler, professeur de théologie systématique à l’Université de

Neuchâtel, montre d’abord, en tant que protestant, les véritables consonnances qu’il rencontre avec la vision de l’homme de Zundel. Le fait qu’il

ait aussi reçu une éducation d’une grand-mère protestante et son passage à

l’école laïque ( et non à l’école catholique!) y sont-ils pour quelque chose? Plus profondément, sa critique de la théologie scolastique n’a-t-elle

pas des points communs avec celle de Lüther? L’importance pour Zundel de

l’expérience humaine dans sa reflexion théologique et mystique ne rejointelle pas non plus certaines attitudes semblables des réformateurs? Oui, je

trouve en Zundel, affirme Pierre Bühler, des accents et des tonalités proches de nos sources théologioques, comme celle de la thèse de la pauvreté

de Dieu qui projète une action concrète confrontée aux problèmes sociaux et

économiques. Et je retrouve dans la théologie de la croix de Lüther, l’engagement christologique de la liberté défendue par Zundel.

Le professeur Bühler n’est pas un inconditionnel de la pensée du théologien centenaire. Il avoue cependant n’avoir pas lu toute son oeuvre et

qu’il est prêt à être contredit et interpellé. Il trouve en Zundel quelques

profondes dissonnances, entre autres, le risque chez Zundel d’un dualisme

mystique trop pessimiste envers l’homme biologique du début. Il a peur que

l’intuition primordiale de Zundel «qui voit l’homme véritable devant nous»,

puisse conduire à la conclusion que cet homme véritable n’est pas encore

né». Tout cela peut atteindre ce que nous pensons traditionnellement de la

création et du péché originel. Vaste débat entre théologiens tout fait de

nuances.

Dans la discussion, présidée par Mgr Pierre Mamie, ancien évêque du diocèse, l’abbé Vincent et Pierre Bühler ont répondu aux précisions et critiques de l’auditoire. Tous les fidèles «zundéliens» sont là, heureux de se

retrouver si nombreux autour de ce prêtre qui les a séduits par sa recherche passionnée de la personne humaine. Un chercheur ouvert au monde moderne, qui faisait pourtant peur à la hiérarchie catholique de l’époque. Cet

ami théologien intrépide, voire ce confident, est enfin pleinement fêté et

réhabilité en terre romande. D’autres conférences et débats, vendredi et

samedi, comme la messe télévisée de dimanche, ont permis de poursuivre cet

hommage reconnaissant envers Maurice Zundel, un prêtre désormais «reconnu»

en Suisse et dans le monde. (apic/ba)

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