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Hongrie: Les Eglises s’inquiètent du déclin des valeurs morales

Varsovie, 19janvier (APIC) Après la publication des chiffres qui confirment une baisse dramatique du taux de natalité et un déclin de la vie familiale en Hongrie, les responsables des grandes Eglises de ce pays se sont

engagés à faire du renouveau moral et social une priorité oecuménique.

« Les statistiques montrent que notre situation est la pire de tout le

20e siècle, qui a lui-même été la période la plus sombre d’une histoire

commencée il y a 1’000 ans », a déploré l’évêque Lorant Hegedus, de l’Eglise

réformée de Hongrie. « Toutes les communautés religieuses – calvinistes, luthériennes, catholiques-romaines, juives – doivent exiger des réponses authentiques, pour que dans le monde troublé d’aujourd’hui nous puissons aller à nouveau à la rencontre de Dieu. »

L’évêque s’exprimait ainsi après que le Bureau central des statistiques

hongrois eut annoncé une baisse de 5% du taux de natalité pour 1996

(107’000 naissances), ce qui en fait le plus bas de ce siècle. Avec 145’000

décès chaque année, la Hongrie a le plus fort taux de mortalité d’Europe,

et une espérance de vie de 64,8 ans, la même qu’il y a un siècle.

La population hongroise (10’174 millions) a baissé de 4% par rapport à

1977, et devrait encore baisser de 10% au cours des vingt prochaines

années. Dans son rapport, le Bureau des statistiques indique que 21% des

enfants nés en 1996 sont nés hors mariage; or ils étaient 10% il y a dix

ans, ce qui confirme une tendance aux relations non maritales, similaire à

celle des pays occidentaux.

Hiver démographique

L’évêque Hegedus a précisé au correspondant de l’agence de presse

oecuménique ENI que la baisse de la population a commencé sous le régime

communiste de Janos Kadar, au pouvoir de 1956 à 1988, dont l’ »effet destructeur sur la morale » a causé plus de tort à la Hongrie que le régime

stalinien d’après-guerre de Matyas Rakosi.

La transition vers l’économie de marché, conjuguée aux « politiques

effarantes et négatives » de l’actuel gouvernement socialiste, a créé encore

des conditions plus dures que sous le communisme, a ajouté l’évêque.

« Nous attendions de l’Ouest qu’il nous transmette de hautes valeurs

morales, mais au lieu de cela, nous avons eu le libertinage et le

nihilisme. Ceux-ci ont engendré une deuxième forme d’athéisme, qu’il faut

ajouter à l’influence encore grande du marxisme-léninisme ». « Aujourd’hui,

nous plaçons notre espérance dans un christianisme post-athée car de plus

en plus de citoyens – qui ne peuvent croire en Dieu eux-mêmes – ne veulent

pourtant pas que leurs enfants héritent de ce vide spirituel. »

L’Eglise catholique dénonce les tensions sociales

Pour Laszlo Lukacs, porte-parole de l’Eglise catholique-romaine, les

statistiques « confirment le diagnostic » rendu dans une lettre pastorale publiée à l’issue d’une réunion de la Conférence épiscopale en août dernier.

La lettre pastorale soulignait aussi la mauvaise gestion des institutions

publiques et la corruption des élites économiques et politiques du pays.

La lettre de 72 pages déplorait les tensions sociales engendrées par un

taux de chômage de 10%, et le fossé croissant entre les riches et les pauvres qui, selon les évêques, était déjà plus grand qu’en Europe occidentale.

Pour l’épiscopat, la multiplication soudaine du nombre des avortements environ 75’000 en une année – et une baisse de 23 % de la valeur réelle des

retraites en cinq ans, sont les « conséquences néfastes » de la politique

gouvernementale.

Avec 3,5 millions de Hongrois vivant aujourd’hui en dessous du seuil de

pauvreté – ils étaient un million durant les années 80 – soulignait la lettre, 45% des moins de 19 ans viennent de familles vivant dans des situations de pauvreté.

« Bien que la lettre ait été rédigée par des évêques catholiques, nous

espérons nous rapprocher d’autres Eglises et amorcer une nouvelle phase de

coopération entre l’Eglise et la société », a déclaré L. Lukacs. « Cette initiative a été perçue favorablement par les citoyens pratiquants et non

pratiquants qui y voient la première vraie démarche visant, après six ans,

à donner un rôle à l’Eglise dans la situation sociale actuelle. »

Reconnaissant que l’effet conjugué de l’endoctrinement marxiste et de la

pensée capitaliste libérale avait apporté à la Hongrie « un double athéisme », il a ajouté que cette tendance à la sécularisation était antérieure à

1989.

Deux tiers des Hongrois sont enregistrés comme catholiques dans le

recensement de 1993, 21,9% se déclarent membres de l’Eglise réformée et

d’autres Eglises protestantes. (apic/eni/mp)

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