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apic/Zaire / génocide

Zaïre: véritable génocide en cours dans l’Est du pays (270297)

Réfugiés hutus massacrés par milliers, selon un officiel belge

Bruxelles, 27février(APIC) Un véritable génocide se déroule actuellement

dans l’Est du Zaïre estime le secrétaire d’Etat à la Coopération au développement de Belgique Reginald Moreels. Si le mot génocide se définit comme

la mise à mort intentionnelle de l’»autre» parce qu’il est autre, il s’applique parfaitement. Les victimes que l’»on» veut assimiler aux génocidaires de 1994 au Rwanda, sont le plus souvent des femmes et des enfants, insiste le responsable belge s’appuyant sur divers témoignages et rapport de

première main.

Un témoin occidental affirme, dans un rapport remis notamment au Conseil

de sécurité des Nations unies et à Amnesty international, que les rebelles

tutsis ont perpétré de nombreuses tueries. Habitué de la région, ce témoin

fournit des informations sur l’emplacement de nombreux charniers.

Le document souligne la «volonté systématique des rebelles tutsis d’en

finir avec les réfugiés hutus». «Plusieurs centaines de milliers de réfugiés sont déjà morts, massacrés pour la plupart, ou victimes de la faim,

d’épuisement ou de maladie». Ce témoin a revisité les camps, qu’il connaissait bien, après la fuite des réfugiés. Guidé par des rescapés, il a constaté l’existence de multiples charniers. Il rapporte également les récits

d’un grand nombre de réfugiés dénonçant les massacres commis par les «rebelles».

500’000 réfugiés manquent à l’appel

«La majorité des réfugiés rwandais au Zaïre ne sont pas rentrés au Rwanda: 450’000 au maximum ont pu regagner leur pays sur un total de 1,1 million», «653’000 réfugiés rwandais se trouvent toujours au Zaïre». Considérant que 200’000 à 250’000 d’entre eux ont atteint les camps de Tingi-Tingi, Shabunda et Amisi – avant que ces deux derniers aient été de nouveau

abandonnés -, le rapport s’interroge sur le sort «d’au moins 400’000 réfugiés qui manquent à l’appel», soulignant qu’il ne prend pas en compte «les

117’000 réfugiés burundais» dont on ne sait pas non plus ce qu’ils sont devenus.

En se référant aux déclarations du HCR et des autorités de Kigali, qui

affirmaient que tous les réfugiés rwandais étaient rentrés chez eux, le document souligne que cette «bataille des chiffres est stratégique» dans la

mesure où «elle vise à empêcher toute intervention étrangère en faveur des

réfugiés restants et à attirer sur le Rwanda le maximum d’aide en faveur de

la reconstruction».

S’il ne s’agissait que de combats entre des rebelles zaïrois et l’armée

gouvernementale, «les réfugiés rwandais n’auraient pas plus de raison, de

fuir que les populations locales. Mais les réfugiés hutus rwandais fuient

les massacres dont ils font l’objet de la part des rebelles tutsis», dit le

texte, car «ils constituent un objectif militaire». La dialectique des «rebelles» consiste à dire que les réfugiés qui ne sont pas rentrés sont tous

des «génocidaires». «Alors que le HCR estime en général que 7% des réfugiés

seulement ont participé aux tueries de 1994″ qui ont fait plus de 500’000

victimes, Tutsis et Hutus opposés au régime du président Habyarimana. «Des

charniers nombreux témoignent de la volonté systématique d’en finir avec

les réfugiés». «Ces charniers sont partout, toujours cachés et très difficiles d’accès. Il est dangereux d’être surpris par des rebelles dans ces

zones: c’est l’exécution immédiate». (apic/com/md/mp)

Encadré

Extraits du rapport:

«J’ai vu au-dessus de Mugunga, à une heure trente de marche, trois charniers de 10, 12 et 30 corps. Il s’agit d’hommes, de femmes, parfois leur

bébé dans le dos, d’enfants, de vieillards. Tous ont une balle dans la tête, y compris les nourrissons.»

«A Kibumba, j’ai vu au fond du camp, sur la frontière rwandaise, des

’stères’ de squelettes, dans trois emplacements de cinquante a cent corps.»

«Le 26 novembre, dans la forêt au-dessus de Sake, sur le sentier venant

de Kahindo, j’ai trouvé un homme mourant, sur une civière de fortune. Il

avait de profondes blessures au crâne. Je lui ai demandé qui lui avait fait

cela: ’Ce sont les Grands Hommes’, m’a-t-il répondu. Sa femme et ses enfants ont été tués quelques jours auparavant par les rebelles qui voulaient

les empêcher d’atteindre le camp de Mugunga. Ses frères trop affaiblis pour

le porter l’avaient abandonné. Plus haut, j’ai trouvé les restes d’un camp.

Une femme enceinte y repose, une balle dans la tête. Elle n’a pas pu fuir.

Des corps jonchent le sentier qui descend de Kahindo et Katale.»

«Le 24 décembre, deux jeunes Hutus zaïrois du village de R. sont enlevés

et torturés. Ils reviennent deux jours plus tard, devenus de force les guides d’un groupe d’une centaine de rebelles tutsis qu’ils conduisent vers

trois petits camps dans la forêt ou ’ils les ont tous tués’, me dit l’un

d’eux. Il s’agit de trois camps d’une centaine de personnes chacun.»

«Beaucoup de réfugiés de Katale sont encore cachés dans le parc des Virunga, bloqués par des opérations militaires. Une de ces opérations a eu

lieu le 30 décembre 1996. Deux cent cinquante rebelles ont été déposés dans

l’ancien camp pour en faire le ’nettoyage’.»

Le 17 décembre 1996, lors de la réunion hebdomadaire des Organisations

non gouvernementales, EUB, l’association locale chargée de collecter les

cadavres sur les grands axes (Goma-Sake, Goma-Rutshuru) annonce qu’elle a

déjà ramassé 6’537 cadavres, dont 2’743 pour la seule ville de Goma. EUB

n’a pas pour mission de chercher les corps dans la brousse.»

«Au camp de Katale, quand on entre au niveau de la rivière sur la gauche, après 30 minutes de marche vers l’ouest, j’ai vu des charniers. Un

premier contenait les corps de deux cents personnes tuées à l’arme automatique. Un deuxième, un peu plus loin, recelait 300 personnes, certaines enroulées dans des ’sheetings’ (bâches de plastique), suivi de deux autres de

même importance. Notre guide, un réfugié, nous assure que deux autres charniers sont à proximité, et des charniers plus importants, contenant des

milliers de corps, se trouvent à plusieurs heures de marche dans la forêt.»

«Sur la plaine de lave, derrière les camps de Katale et de Kahindo, vers

l’ouest, on voit des milliers de squelettes.»

«Le 20 décembre 1996, m’adressant à un très haut responsable du HCR-Goma, je lui reproche de ne rien faire pour dénoncer cette situation. Il me

répond: ’Nous savons très bien que les réfugiés sont assassinés par dizaines de milliers dans la forêt; que pouvons-nous faire? Nous ne sommes pas

une armée.» (apic/com/mp)

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