Irlande du Nord: les Eglises appellent à l'apaisement

Dans une lettre adressée aux dirigeants des deux Irlande, du Royaume-Uni et de l’Union Européenne, le 13 avril 2021, les responsables religieux irlandais ont appelé au dialogue, afin de faire cesser les violences qui secouent l’Irlande du Nord depuis le début du mois.

Après dix jours de violences, les responsables chrétiens de toute l’Irlande ont publié une lettre ouverte mardi 13 avril. Catholiques, anglicans, presbytériens et méthodistes s’adressent à tous les acteurs politiques, rapporte sur son site le quotidien La Croix.

Ils enjoignent les premiers ministres britannique et irlandais Boris Johnson et Micheál Martin ainsi que les dirigeants européens Ursula von der Leyen et Charles Michel à travailler ensemble pour œuvrer à la fin des tensions. Celles-ci trouvent en partie leur source dans les modalités d’application de l’accord sur le Brexit.

Le spectre des Troubles

«Les représentants des Églises travaillant sur le terrain dans les communautés affectées nous ont fait part de leur frustration de voir une nouvelle génération de jeunes risquer leur vie», s’inquiètent les religieux dans leur lettre.

Depuis plus d’une semaine, des épisodes de violences ont éclaté en Irlande du Nord, notamment à Londonderry et à Belfast où des véhicules ont été incendiés, faisant craindre un retour des «Troubles», auxquels l’accord du Vendredi Saint de 1998* avait mis fin. Le 12 avril, les autorités nord-irlandaises dénombraient 90 policiers blessés. Des adolescents, dont certains n’ont que treize ans, ont été majoritairement impliqués dans les violences.

«Certains ne se salissent jamais les mains»

Mgr Donal McKeown a vécu trente ans de conflit en Irlande du Nord; il est aujourd’hui évêque de Derry, et dit éprouver à la fois de la tristesse et de la compassion, soulignant que ce sont toujours les zones les plus pauvres qui souffrent. Il pose aussi la question de savoir à qui profitent ces gens qui se déchaînent dans les rues. «Il y en a toujours d’autres qui ne se salissent jamais les mains… en utilisant des jeunes de 12, 14 et 16 ans pour crier et hurler afin que le gouvernement de Londres ou de Dublin reçoive un message», déplore-t-il. «Il y aura la paix dans certains endroits si les puissants et les forts veulent qu’il y ait la paix», ajoute-t-il.

Des violences aux racines multiples

Intitulée «Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu», la lettre est signée entre autres par l’archevêque catholique et primat de toute l’Irlande Eamon Martin et le primat anglican John McDowell.

Les prélats irlandais pointent le caractère «prévisible» des événements. Le Brexit a en effet pour conséquence le rétablissement d’une frontière commerciale entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. C’est l’une des causes des tensions entre républicains et unionistes. «Nous avions auparavant plaidé pour la préservation des relations» entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni, ajoutent-ils.

Un appel à la coopération

Les responsables religieux ont admis leurs responsabilités dans les événements actuels. «Nous devons regarder en face la difficile question de qui paie le prix de nos échecs», confessent-ils dans leur courrier. «Du bon travail a été sapé alors que les tensions s’emballent et la confiance dégringole», regrettent-ils, ajoutant qu’il leur est «terrifiant d’être témoins de l’intensité des violences.»

Pour mettre fin à ces violences, les religieux préconisent le dialogue entre toutes les parties, y compris l’Union Européenne, «seul moyen pour que [ces problèmes] soient gérés de manière constructive». «Nous sommes prêts à prendre notre part dans la résolution des causes aux racines de la violence et à travailler pour que chaque communauté puisse profiter des bénéfices de la paix à l’avenir», indiquent-ils également.

Dans un esprit de rassemblement, les différentes Églises chrétiennes ont tenu un office œcuménique, le 9 avril, et ont marché dans les quartiers de Belfast où se sont déroulées plusieurs scènes de troubles les jours précédents. (cath.ch/lcx/vatnews/bh)

*L’accord du Vendredi Saint
Le 10 avril 1998, la signature de l’accord du Vendredi Saint – ou Accord de Belfast – a marqué le début d’une nouvelle ère de coexistence pacifique en Irlande du Nord, après trente ans de violence connue sous le nom de «Troubles».
L’accord avait été approuvé à l’unanimité par les électeurs de l’île d’Irlande lors de deux référendums, un mois seulement après sa signature, et a ouvert la voie au système actuel de gouvernement décentralisé de l’Irlande du Nord.
Il a également conduit à la création d’un certain nombre d’institutions entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande et entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni.
Les violences durant le conflit nord-irlandais ont coûté la vie à plus de 3’500 personnes. BH

Bernard Hallet

Portail catholique suisse

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