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Zaïre: Les évêques déplorent une vraie catastrophe humaine et écologique
Message à un peuple « trop longtemps oublié » (140297)
Kinshasa, 14février(APIC) « La situation du Zaïre est une vraie catastrophe humaine et écologique. Le spectre de la mort violente ou a petit feu
gagne malheureusement toujours plus de terrain », déplorent les évêques catholiques zaïrois dans un message au peuple du pays. Ce document intitulé
« Bienheureux les artisans de paix. Les événements actuels et l’avenir du
Zaïre » tente néanmoins de redonner confiance à un peuple « trop longtemps
oublié ».
Dans ce texte, rédigé à l’occasion de la dernière session de son comité
permanent, tenue à Kinshasa du 27 janvier au 1er février, la conférence
épiscopale se dit interpellée par la souffrance du peuple en un « tournant
décisif pour l’avenir du pays ». Alors que la Conférence Nationale Souveraine (CNS) a clôturé ses assises depuis bientôt cinq ans, « ses décisions semblent de plus en plus oubliées dans une grande partie de la société zaïroise ».
La CNS avait élaboré « le projet d’un Etat de droit » basé sur le respect
des droits fondamentaux de tout citoyen et sur l’unité du pays. « Malheureusement, cette volonté de changement est bafouée, et très peu d’actes préventifs ont été posés pour éviter les catastrophes », déplorent les évêques,
pour qui « le peuple zaïrois devrait refuser d’entrer dans une optique de
changement qui lui est imposée contre ses attentes ».
Tandis que « le spectre de la mort violente ou à petit feu gagne malheureusement toujours plus de terrain », cette souffrance du peuple « a pris aujourd’hui une nouvelle tournure », constatent les évêques, avec les scènes
horribles de la guerre, les pillages et « la destruction apparemment programmée » des infrastructures économiques, des maisons, du bétail, les rançonnements, qui « mettent à mal et détruisent tout ce qui tient encore lieu
de structures d’ordre et de capacités d’organisation », la ruine, l’endettement, les divisions des familles… « Bref, c’est une catastrophe humaine et
écologique. »
Quel salut ?
Les évêques s’inquiètent du fonctionnement des institutions de la République: « Dans ces conditions de violence, le peuple zaïrois ne va- t-il pas
succomber à la tentation de chercher le salut, la libération n’importe où ?
Pour se maintenir au pouvoir, des membres de ces Institutions de transition
utilisent des manoeuvres démagogiques, notamment le mensonge, la ruse, la
corruption, la tricherie, refusant de se soumettre au suffrage universel et
de reconnaître la souveraineté du peuple dans la délégation du pouvoir. »
Autre motif d’inquiétude: la situation monétaire. Suite à une inflation
vertigineuse, les banques ont perdu la confiance du peuple, le bureaux de
change pullulent dans les villes, les comptoirs et les magasins de grossistes immobilisent l’argent liquide, le peuple « a perçu l’émission des nouvelles coupures comme une punition qu’on lui inflige encore une fois ».
Une Eglise-peuple de Dieu
Après avoir dit leur ferme volonté de s’opposer à tout attentat contre
l’unité du pays, « même si des experts externes auraient pensé à une balkanisation », les évêques réaffirment que le rôle de l’Eglise, auquel elle ne
renoncera pas, est d’oeuvrer à la paix. Une Eglise « particulièrement ciblée » dans les événements de la guerre et des violences actuelles, note
l’épiscopat, qui pense aux agents de l’évangélisation – prêtres, religieux,
religieuses et évêques – qui en ont été les victimes, aux profanations des
lieux et objets de culte, à la destruction des infrastructures des paroisses, qui « privent les populations de l’intérieur des seules structures sociales qui fonctionnaient encore ».
Les évêques ne renonceront pas: « Loin de nous, pasteurs catholiques,
l’idée de nous décourager ! » Mais devant le profond désarroi des agents
pastoraux, prêtres, religieux (-ses) et laïcs, « aussi bien étrangers que
zaïrois », ils veulent leur redire que tous sont « appelés à s’atteler à la
mission pacificatrice du monde et des hommes, spécialement quand sévit la
haine fratricide ». Dans ce contexte, ils insistent sur la réalisation de
l’ »Eglise-Famille de Dieu » demandée par le synode pour l’Afrique.
« Gardienne des valeurs chrétiennes depuis deux millénaires, ajoutent les
évêques, l’Eglise cherche à aider le peuple et les responsables du Zaïre à
retrouver le sens des valeurs morales, intellectuelles et spirituelles, à
bâtir une société avec une éthique dans le domaine social, politique,
économique, culturel, etc. Elle demeure ce feu, cette lampe allumée au
milieu du village. Elle favorise l’esprit d’un dialogue constructif, milite
pour une éducation publique et politique du peuple, et développe le sens de
la solidarité nationale. Aussi insistons-nous pour que soit édifiée une
Eglise-peuple de Dieu prise en charge par ses propres fidèles (…). Cela
s’appliquera par une pastorale de développement, de promotion de la justice
et de la paix, de l’apostolat des laïcs et un nouvel examen de la
solidarité internationale. » (apic/cip/mp)
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